L’or, ce spectre qui hante le système monétaire

Rédigé le 5 mai 2016 par | Article, Or & Matières Premières Imprimer

Depuis un siècle, les élites s’emploient à éradiquer l’or monétaire, aussi bien sur le plan physique qu’idéologique.

Cela a débuté en 1914, avec l’entrée du Royaume-Uni dans la Première Guerre mondiale. La Banque d’Angleterre a souhaité suspendre la convertibilité des billets de banque en or. Keynes a sagement déconseillé aux banques de le faire. Si l’or était limité, le crédit, lui, était élastique.

En maintenant cette convertibilité, le Royaume-Uni pouvait maintenir son crédit et financer l’effort de guerre. C’est ce qu’il s’est produit. La banque JP Morgan a accordé des crédits colossaux au Royaume-Uni et aucun à l’Allemagne. Ce financement a été crucial pour le Royaume-Uni, et a soutenu le pays jusqu’à ce que les Etats-Unis renoncent à leur neutralité et fassent pencher la balance des forces militaire en défaveur de l’Allemagne.

Bien qu’officiellement la livre sterling soit convertible en or, la Banque d’Angleterre a réussi à en décourager la conversion effective.

Les souverains or (gold sovereigns) ont été retirés de la circulation et transformés en barres d’or de 400 onces. Ce type de barres a restreint la détention d’or aux personnes fortunées et confiné ce dernier aux chambres fortes. Aux Etats-Unis, on a également assisté à une disparition similaire de l’or en tant que monnaie en circulation.

Des dates marquantes

En 1933, le président américain Franklin Roosevelt a pris un décret présidentiel prohibant la détention d’or. Légalement, Roosevelt s’est appuyé sur le Trading with Enemy Act (« Loi sur le commerce avec l’ennemi », littéralement) de 1917 pour passer ce décret. Considérant que les Etats-Unis n’étaient pas en guerre en 1933, on suppose que l’ennemi en question était le peuple américain.

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En 1971, le président Richard Nixon a mis fin à la possibilité de convertir des dollars en or dont bénéficiait les partenaires commerciaux des Etats-Unis. Selon Nixon, cette fermeture du guichet de l’or devait être temporaire. Quarante-cinq ans plus tard, ce guichet demeure fermé.

En 1973, les pays du G7 et le FMI ont démonétisé l’or. Les membres du FMI n’étaient plus tenus de détenir des réserves d’or. Désormais, l’or n’était plus qu’une matière première parmi tant d’autres. Selon l’élite monétaire, l’or était mort et enterré.

Pourtant, comme le fantôme de Banquo dans Macbeth, la pièce de Shakespeare, l’or s’accroche à son siège, à la table du système monétaire. Les Etats-Unis détiennent 8 133 tonnes d’or. Les membres de la Zone euro et la BCE en détiennent 10 788 tonnes. La Chine a indiqué qu’elle en détenait 1 788 tonnes, mais ses réserves seraient plus proches des 4 000 tonnes, si l’on se base sur des données fiables émanant de Hong Kong et du secteur minier chinois.

La Russie détient 1 447 tonnes et en achète 200 par an. Le Mexique, le Kazakhstan et le Vietnam, entre autres, ont augmenté leurs réserves d’or, dernièrement. (Dommage que le Royaume-Uni ait vendu plus de la moitié de ses réserves d’or en bradant les prix, entre 1999 et 2002).

Les banques centrales, après s’être comportées pendant des dizaines d’années en vendeurs nets (elles vendaient plus d’or qu’elles n’en achetaient) sont devenues en 2010 des acheteurs nets : elles achètent désormais plus d’or qu’elles n’en vendent. La foire d’empoigne autour de l’or s’est amorcée.

Qu’est-ce qui motive ce nouvel engouement pour l’or ?

Dans certains cas, les banques centrales se constituent une protection contre l’inflation du dollar. La Chine possède des réserves représentant 3 200 milliards de dollars, dont plus de la moitié libellées en dollars : essentiellement en bons du Trésor américain.

Le billet vert n’a pas de plus grand ami que la Chine car la richesse de cette dernière s’exprime en dollars. Malgré tout, l’inflation menace. La Chine ne peut se débarrasser de ses bons du trésor ; le marché des obligations du trésor est profond, mais pas à ce point.

Si les ventes de bons du trésor réalisées par la Chine venaient à menacer les intérêts américains, le président des Etats-Unis pourrait geler les comptes chinois en passant un seul coup de téléphone.

Les Chinois le savent bien. Ils sont coincés avec leurs dollars. Ils craignent à juste titre que les Etats-Unis usent de l’inflation pour se sortir de leur dette colossale de 19 000 milliards de dollars.

Pour la Chine, la solution est donc d’acheter de l’or. En cas d’inflation du dollar, les bons du trésor détenus par la Chine seront dévalués, mais les cours de l’or en dollar flamberont. Une importante réserve d’or constitue une diversification prudente. Quant à la Russie, ses motifs sont géopolitiques. L’or représente l’arme type du 21ème siècle, en matière de guerre financière.

Les Etats-Unis contrôlent les systèmes de paiement en dollars et, avec l’aide de leurs alliés européens, peuvent exclure certains adversaires du système de paiement international Swift. L’or est immunisé contre de telles attaques. L’or physique, sous votre garde, ne peut être ni piraté, ni « gommé », ni gelé. Les mouvements d’or offrent à la Russie une solution simple afin de régler ses comptes sans aucune interférence des Etats-Unis.

Faites ce que les autorités font, pas ce qu’elles disent

Les pays achètent également de l’or en anticipant un effondrement du système monétaire international. Le système s’est déjà effondré à trois reprises au cours du siècle dernier. A chaque fois, les principales puissances financières se sont réunies pour établir de nouvelles règles.

Cela s’est produit à Gêne en 1922, à Bretton Woods en 1944 et à la Smithsonian Institution en 1971. Le système monétaire international dispose d’une durée de vie d’environ 30 ans.

Or il s’est écoulé 30 ans, depuis l’Accord du Louvre (évolution de l’Accord du Smithsonian). Cela ne signifie pas que le système monétaire va s’effondrer demain, mais personne ne devrait être surpris si cela se produisait. La prochaine fois que les puissances financières se réuniront pour réformer le système, personne ne voudra de ce « privilège exorbitant » du dollar.

Le yuan chinois et le rouble russe ne sont pas de véritables devises de réserve. La monnaie mondiale du FMI, les droits de tirage spéciaux (DTS), ainsi que l’or, représentent les seules références réalistes, dans la perspective d’un nouveau système.

Certains détracteurs affirment qu’il n’y a pas assez d’or pour soutenir le système financier. C’est absurde. Il y a toujours assez d’or, c’est simplement une question de cours.

En se basant sur les masses monétaires M1 de la Chine, de la Zone euro et des Etats-Unis, adossées à 40% à l’or, le cours implicite non déflationniste de l’or est de 10 000 $ l’once.

Moyennant ce cours, un système monétaire stable, adossé à l’or serait soutenable. S’agissant des élites monétaires, observez ce qu’elles font et non ce qu’elles déclarent.

Alors que les élites dénigrent l’or dès qu’elles en ont l’occasion, elles en achètent et l’amassent, se préparant à ce jour où ce sera l’or qui déterminera la place de chacun autour de la table des réformes du système.

Il est plus que temps de revendiquer votre place en allouant un compartiment de votre portefeuille à l’or physique.

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Jim Rickards
Jim Rickards
Rédacteur en chef de Strategic Intelligence

James G. Rickards est le rédacteur en chef d’Intelligence Stratégique, la toute nouvelle lettre d’information lancée par Agora Financial aux Etats-Unis. Avocat, économiste et banquier d’investissement avec 35 ans d’expérience sur les marchés financiers de Wall Street, Jim est également l’auteur de Currency Wars et de The Death of Money, deux ouvrages devenus best-sellers du New York Times. Enfin, Jim est également chef économiste pour le fonds d’investissement West Shore Group.

Il est également rédacteur en Chef de Trades Confidentiels et Alerte Guerre des Devises.

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