Gagner sans se battre

Rédigé le 1 janvier 1970 par | Article Imprimer

La semaine dernière, j’ai déjeuné à Londres avec un grand, bien que relativement jeune, responsable chinois. Tout cela m’a fortement rappelé mes visites de

la Maison-Blanche il y a de cela 20, voire même 30 ou 40 ans. On aurait dit l’un des conseillers de

la Maison-Blanche du temps de Kennedy, Nixon, ou même Carter : avenant, poli, très bien informé, raisonnable, et capable de répondre en toute confiance à n’importe quelle question de politique nationale. Il est l’un des responsables chinois les ‘plus brillants et les plus capables.’

 

 

L’image qu’il m’a dépeinte de la politique chinoise ressemblait elle aussi à celle de

la Maison-Blanche il y a bien longtemps. Elle combine intérêt personnel — but que poursuit tout gouvernement, tout en reconnaissant le fait que les autres nations ont leurs propres intérêts — et la volonté d’essayer de reconstituer le puzzle des intérêts nationaux. Notre homme aurait même pu être un étudiant de Dean Rusk.

 

 

Nous avons abordé le thème de la prolifération nucléaire, lequel inquiète l’actuelle Maison-Blanche.

La Chine a été accusée d’aider d’autres nations, comme le Pakistan, à élaborer des programmes nucléaires ; il convient donc de traiter avec la plus grande prudence les protestations chinoises. Et pourtant, dans les sources officielles, il n’est question que de raison et d’assurance.

 

 

J’ai soulevé la question du voisin maudit de

la Chine,

la Corée du Nord. Il a répondu que la politique chinoise visait la dénucléarisation de

la Corée, tant du Nord que du Sud.

La Chine ne voulait pas d’un voisin armé du nucléaire, mais a reconnu que si

la Corée du Nord en était dotée, cela constituerait une menace potentielle pour les autres pays d’Asie, tels que

la Corée du Sud ou le Japon.

 

 

La Chine a pensé que le meilleur moyen de dénucléariser

la Corée reposait sur une politique de négociation et de pression diplomatique. Elle a adopté la même attitude vis-à-vis de l’Iran.

La Chine ne veut pas que l’Iran devienne une puissance nucléaire et imagine tout à fait les problèmes que cela pourrait causer. Pourtant, elle pense que la négociation est encore le meilleur moyen de l’en empêcher. A cet égard, la politique chinoise est très similaire à celle de

la Grande-Bretagne ou de l’Union européenne.

 

 

J’en vois déjà certains à Washington qui vont fortement se réjouir de cet aspect de la politique chinoise. Pas moi. Personnellement, je pense que

la Chine a besoin de 20 ans supplémentaires de développement économique harmonieux, avec pour principaux partenaires économiques, les Etats-Unis et le Japon. Je pense que c’est là toute la base de la politique chinoise.

 

 

En moyenne,

la Chine a affiché un taux de croissance économique de 9,5% ces 25 dernières années, ce qui a permis à l’industrie chinoise d’absorber près de 20 millions de nouveaux emplois par an. Les Etats-Unis représentent le principal marché de

la Chine, et alimentent une bonne partie des usines chinoises. La monnaie chinoise, le renminbi, est indexée au dollar.

La Chine a largement bénéficié de la technologie américaine. Comme il fallait s’y attendre, le gouvernement chinois — qui est nettement plus Chinois que communiste — ne veut pas tout chambouler.

La Chine attache une importance de premier ordre au bon déroulement de ses relations avec les Etats-Unis.

 

 

Sur Sky Television, que je regarde souvent, on peut voir CCTV, un service d’actualités 24h/24, en chinois / anglais. Rassurant, il est un peu vieux-jeu, comme l’était

la BBC dans les années 1960 : poli envers tout le monde et étrangement impartial.

 

 

Notre jeune fonctionnaire chinois et CCTV racontent tous deux la même histoire.

La Chine est en voie de devenir une grande puissance, mais demeure en phase de développement prudent. Les Américains qui traitent

la Chine d’égal à égal seront, d’après moi, récompensés. En tous cas, une chose est sûre : les Chinois sont aussi sensés que les Occidentaux, si ce n’est plus, tout comme l’étaient les jeunes assistants de

la Maison-Blanche sous Kennedy.

 

 

 

 

 

 

 

 

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