Les forces du modèle allemand

Rédigé le 8 mai 2012 par | Article Imprimer

▪ J’entends souvent parler du « modèle économique allemand » assis sur l’offre, la production, l’investissement et les exportations… Des réformes de Schröder et des lois Hartz qui ont mis ce modèle en orbite… Mais très rares sont ceux qui connaissent l’origine de ce modèle de croissance. Or pour comprendre bien des positions allemandes aujourd’hui, il nous faut comprendre d’où il vient.

▪ La création du deutschemark se fera dans la douleur
Après la guerre de 39-45, l’Allemagne est détruite, ruinée, à genoux, humiliée et occupée. Mais elle a un homme extraordinaire à sa tête : Ludwig Erhard. Et sa première mesure, extrêmement courageuse, sera de créer une nouvelle monnaie, le deutschemark.

Le reichsmark a vu sa masse monétaire flamber et l’inflation fait rage. Changer de monnaie est un moyen de repartir sur des bases saines ET de faire table rase du passé (dans tous les sens du terme).

La création du deutschemark se fait dans la douleur. Socialement, c’est un carnage. Les Allemands voient la valeur de leurs économies divisée par 10 du jour au lendemain. Ne s’en sortiront que ceux qui ont des biens physiques : du vrai, du dur, du solide… pas du papier. Ceux qui ont des biens meubles (immobilier, outils industriel et de production). Et encore…

▪ Les Allemands ont donc connu deux traumatismes monétaires majeurs
– Weimar et son hyperinflation.
– La création du deutschemark et sa spoliation à grande échelle.

Par deux fois, ils ont tout perdu à cause de la monnaie papier. Là sont les racines de l’irréductible orthodoxie monétaire des Allemands. Pour eux, manipulation de la monnaie papier = inflation = spoliation.

Voilà pourquoi la stabilité monétaire devient le coeur du système allemand ; avec la création de la Bundesbank totalement indépendante du politique qui a pour vocation de préserver la valeur de la monnaie. Mais poursuivons…

▪ Faute de consommateurs, misons sur l’entrepreneur…
A ce stade, Erhard ne pouvait PAS s’appuyer sur les consommateurs, littéralement trucidés. Il ne pouvait s’appuyer que sur les entrepreneurs et leurs outils de production pour reconstruire le pays.

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Là sont les racines du modèle économique allemand : faute de consommateurs, misons sur l’entrepreneur. Voilà comment l’Allemagne met au coeur de son business model l’entreprise, l’investissement, la monnaie et une politique de l’offre.

▪ Une monnaie forte avant tout
La stabilité monétaire a permis de créer un terrain favorable à l’épanouissement des entreprises, et à l’investissement long terme. Pourtant, un mark fort est un « désavantage compétitif » pour l’entreprise exportatrice, me direz-vous. Regardez ce qui se passe au Japon ou en Suisse en ce moment même…

Les Allemands assument ce choix : les entreprises iront donc chercher ailleurs les éléments de productivité nécessaires à leur compétitivité, mise à mal par une monnaie forte (qualité des produits, image de marque, activités niches à fort pricing power et valeur ajoutée…). Ces fameux éléments qui nous manquent tant et dont on parle tant en France.

▪ Des termes qui en disent long…
N’avez-vous jamais entendu parler de « social-démocratie » et d' »économie sociale de marché » pour qualifier l’Allemagne et son économie ? Culturellement (j’insiste sur ce terme), la société allemande est structurée autour de deux piliers :

– le droit de propriété et la liberté. La liberté de créer, d’entreprendre, de choisir, de consommer…
– et l’exigence de l’intérêt collectif, la volonté de faire progresser la communauté. Exigence qui remonte fort loin : n’oubliez pas que c’est Bismarck qui est à l’origine de la sécurité sociale. Des 1893 il instaure une assurance maladie et vieillesse obligatoire pour les faibles revenus, financée par des cotisations sociales.

▪ Des libertés ET des responsabilités ; des droits ET des devoirs
Ainsi, les droits très individualistes dont bénéficient les entreprises sont puissamment contrebalancés par des devoirs d’oeuvrer pour le bien de la communauté. C’est d’ailleurs gravé dans la Constitution.

L’entreprise allemande doit partager les fruits de sa réussite avec sa communauté, en l’occurrence ses salariés. Finalement, n’est-ce pas ce que fait VW lorsque l’entreprise reverse sous forme de primes à ses salariés 10% de ses bénéfices ? Ou Porsche, qui vient de verser une prime de 7 500 euros par salarié ?

L’entreprise est donc considérée comme un outil privé de création de richesses, qui a des responsabilités sociales et collectives assumées. En soutenant l’entreprise, on enrichit la communauté. CQFD…

C’est ça le modèle allemand. Et ce modèle est ‘intelligent ». L’entreprise est perçue comme une entité économique ET sociale à part entière (contrairement à la France ou elle est perçue comme un lieu de confrontation).

▪ Deux éléments de soutien à ce modèle
L’instauration de la cogestion, au travers de laquelle les salariés sont associés de près à la gouvernance des entreprises, en atteste. Dans les ETI et grandes entreprises, ils détiennent le tiers des sièges du conseil de surveillance.

Les salariés ainsi associés à l’entreprise comprennent mieux les enjeux et les contraintes de leur entreprise ; ce qui rend plus faciles les concessions nécessaires en cas de choc exogènes (en 2008 les salariés se sont serré la ceinture… toujours à charge de revanche dès meilleure fortune).

Autre élément puissant qui rend le modèle intelligent : le dialogue social est extrêmement puissant et équilibré dans les entreprises, apolitique et assis sur le consensus. Cogestion et syndicats puissants et consensuels sont au coeur des entreprises un contre-pouvoir efficace pour rappeler aux entrepreneurs que l’intérêt collectif ne doit jamais être oublié.

▪ Les exportations sont à l’Allemagne ce que les dépenses publiques sont à la France
A savoir un vecteur de croissance du PIB. Très vite, dès l’après-guerre, l’Allemagne restaure son industrie et repart à la conquête des marchés internationaux, dégage une balance commerciale excédentaire source de richesses pour le pays. Ce modèle productif et exportateur est donc bien une constante.

N’oubliez pas non plus que le côté exportateur des Allemands est une vraie spécificité. Pas seulement parce que les Allemands sont polyglottes… Rappelez-vous de la Weltpolitik sous Guillaume II, et de la devise de Bismarck : « le marchand doit précéder le soldat ».

▪ Le modèle allemand affiche une santé insolente. Mais pour combien de temps ?
Sa population vieillit et décroît. Les seniors épargnent plus qu’ils ne consomment. Ses partenaires européens endettés entrent en crise…

Alors ses entreprises vont chercher la croissance chez les émergents, qui apprécient le made in Germany etont besoin de machines-outils pour faire leurs « Trente Glorieuses ». Pour l’instant, ça marche… mais la question suivante devient alors : quelle est la prochaine étape ?

Comment construire une Europe forte et intégrée ? Une vraie puissance capable de protéger ses habitants et entreprises, tout en rivalisant en tous points avec ses concurrents : Etats-Unis, Japon, Asie, Amérique latine et Chine ?

Là, je viens de perdre 50% de mes lecteurs d’un coup… et c’est une toute autre histoire.

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Isabelle Mouilleseaux
Isabelle Mouilleseaux

Isabelle Mouilleseaux travaille aux Publications Agora. Passionnée depuis toujours par les marchés financiers, elle investit notamment dans les mines et sur le marché options US et connaît bien le marché des matières premières, ayant longtemps rédigé l’Edito Matières Premières.

Vous trouverez ses articles dans les e-letters Libre d’Agir, Agora Formation et Provoquez votre réussite.

Un commentaire pour “Les forces du modèle allemand”

  1. […] voilà… les Allemands sont allergiques à la planche à billets (deux carnages sociaux à cause d’elle ; gravés à vie dans les gènes des Allemands) et les statuts de la BCE ne l’autorisent pas à payer pour les […]

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