Comment faire fortune dans le Marigot

Rédigé le 20 septembre 2018 par | Deep State Imprimer

La porosité entre la politique et l’argent est multiple. L’une aspire l’autre et inversement, tandis que la population du marigot négocie ses contrats gagnant-perdant.

Aujourd’hui, nous nous penchons sur le Marigot.

Fangeux, boueux, visqueux — le Marigot couvre les rives du Potomac et s’étend au-delà.

Il abrite le gouvernement, bien entendu, mais pas seulement…

L’industrie de la « défense », par exemple, se trouve sur le bord du grand fleuve du côté de la Virginie.

Le gigantesque complexe de la santé, de l’éducation et de l’aide sociale a son centre de l’autre côté, dans les banlieues du Maryland…

L’industrie financière a elle aussi son propre marigot, situé dans la zone inondable de Manhattan.

Le foyer du Deep State

C’est dans le Marigot que s’écrivent les lois (comme les 2 000 pages et plus d’Obamacare… ou les 1 000 pages et quelques des récentes baisses d’impôts). Et c’est là que les deals se font (qu’est-ce qui sera soumis aux nouvelles taxes douanières du Donald ? Qu’est-ce qui y échappera ?)

Le Marigot est un cake où se dissimulent de riches fruits confits.

Il abrite également le Deep State, cette confédération informelle d’intérêts particuliers, d’initiés et de compères qui contrôle le gouvernement.

C’est ce même Marigot qui projette son ombre obscure sur l’avenir des Etats-Unis, de leur économie et leur empire.

La dette fédérale augmente deux à trois fois plus vite que les revenus ; d’ici 2028, selon des projections raisonnables, la dette nationale américaine atteindra les 40 000 milliards de dollars.

En partant d’un taux à 4%, cela signifierait 1 600 milliards de dollars d’intérêts par an — soit environ la moitié des recettes fiscales de cette année.

Evidemment, cela ne peut pas arriver. Les Etats-Unis iront en enfer ou à la faillite — peut-être les deux — bien avant.

Ce désastre serait facile à éviter : il suffirait de réduire les dépenses.

Mais la faction armée/sécurité/surveillance du marigot du Deep State empêche toute coupe dans son budget. La faction santé/éducation/aides sociales fait de même pour son propre budget.

Et devinez d’où viennent la plupart des nouveaux candidats au Congrès…

D’entreprises honnêtes ou de nobles professions ?

Non… les candidats les plus nombreux au Congrès, aspirant à toute la gloire du Marigot, sont des enseignants et d’ex-militaires.

Ils n’ont jamais satisfait un seul client… mais représentent désormais les deux principales branches du Deep State.

Le rôle d’un gouvernement

Nous nous penchons sur le Marigot parce que nous sommes actuellement dans l’une de ces situations (rares, heureusement) où l’on ne peut pas éviter la politique. Bientôt, il se pourrait que votre sélection d’actions n’ait plus d’importance… pas plus que la hausse du prix de votre maison. Le système entier pourrait exploser. [NDLR : Protégez-vous avant que cela n’arrive — il est encore temps… pour l’instant. Cliquez ici pour en savoir plus.]

Mais comment le Marigot est-il né ?

Bien entendu, il y a toujours eu des taches d’humidité près du Capitole. C’est ce à quoi sert un gouvernement : voler le public pour récompenser les élites.

Mais jamais encore le Marigot n’avait eu une telle influence qu’il pouvait outrepasser les ordres du président ou bloquer toute réforme… forçant le pays à entrer, en toute connaissance de cause, dans une crise désastreuse.

Cette semaine, nous allons observer le passé… puis l’avenir. Mais d’abord, jetons un œil cynique sur ce qui se passe en ce moment même.

Gail Collins dans le The New York Times :

« Prenez le cas de l’ancien représentant du Congrès Billy Tauzin, président du Comité US de l’énergie et du commerce au début des années 2000. Il a travaillé très dur pour que Medicare s’applique aux médicaments sur ordonnance (on dit merci à Billy). Il a aussi travaillé très dur pour s’assurer que le gouvernement ne puisse pas utiliser son énorme pouvoir de négociation pour faire baisser les prix des médicaments — comme le font la plupart des pays sensés (pourquoi, Billy ?). Ensuite, après avoir annoncé sa retraite en 2004, Tauzin a été nommé à la tête du lobby des fabricants de médicaments, PhRMA, pour un salaire annuel de deux millions de dollars ».

 Mme Collins ne parlait d’une bestiole du Marigot que pour en critiquer une autre : Jon Kyl, choisi comme sénateur intérimaire en remplacement d’une créature récemment disparue, John McCain.

Guide du Marigot

2013. Kyl a quitté le Sénat US en 2013. Qu’a-t-il fait depuis ? Naturellement, il a suivi le courant du Marigot… échouant dans l’une des plus grandes firmes juridiques de Washington — Covington & Burling.

Le site internet de l’entreprise explique son rôle :

« Il conseille les entreprises sur les politiques nationales et internationales qui influent sur les sociétés US et multinationales, et assiste nos clients sur des questions de fiscalité, santé, défense, sécurité nationale et propriété intellectuelle, entre autres ».

 Mme Collins nous apporte plus de précisions :

« Il est ensuite devenu lobbyiste pour le Conseil américain de la politique automobile et pour Anheuser-Busch, H&R Block, JW Aluminum, Wal-Mart Stores et d’autres encore, trop nombreux pour être mentionnés ».

Et qui est Louis Freeh ? Son nom est apparu après qu’on a découvert qu’il avait payé Rudolph Giuliani pour aider un riche Américain à se sortir d’accusations de corruption en Roumanie. Là encore, nous consultons le site internet de sa société :

« Freeh Group International Solutions, LLC (‘FGIS’) est une société internationale de gestion du risque dans les domaines de la conformité, de la sécurité, des recherches et des audits. FGIS a été fondée par Louis J. Freeh, ancien directeur du Bureau fédéral d’investigation (FBI) et ex-juge fédéral ».

 Cette fois-ci, nous allons nous-même clarifier : Freeh est une bestiole du Marigot — un fixeur.

Freeh a raccroché ses gants siglés FBI en 2001. Depuis, il s’est enrichi en aidant d’autres membres du Deep State à se frayer un chemin dans le Marigot.

Le journaliste Mike Lofgren, dans le Washington Monthly, nous donne plus de détails :

« Freeh était également avocat de Prevezon, une entreprise russe de blanchiment d’argent impliquée dans l’enquête de Robert Mueller sur l’interférence russe dans les élections de 2016. Prevezon est également représentée par Natalia Veselnitskaya, une avocate russe célèbre pour sa participation à la fameuse réunion de juin 2016, dans la Trump Tower, entre des agents russes et Paul Manafort, Donald Trump Jr. et Jared Kushner pour discuter d’informations prétendument compromettantes sur Hillary Clinton ».

 Combien gagne-t-on avec ce genre de boulot ? Bien plus qu’avec une simple pension d’agent retraité. Lofgren continue :

« On peut supposer que Freeh a été bien indemnisé. En mai 2017, il aurait versé 9,38 M$ pour une maison de Palm Beach avec vue sur l’océan ».

 Des fruits bien mûrs pendent à tous les arbres du Marigot. Nous verrons demain comment ils ont poussé là…

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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2 commentaires pour “Comment faire fortune dans le Marigot”

  1. Bill, vous dites: « La porosité entre la politique et l’argent est multiple. L’une aspire l’autre et inversement, tandis que la population du marigot négocie ses contrats gagnant-perdant. »

    En parlant de porosité, parlons de la pétrochimie et la formule qui a aussi sa valeur économique et philosophique pour résumer la situation économique, sociétale, environnementale, anthropologique et psychologique pour ne pas dire psychiatrique actuelle:

    « Le plastique respire, mais l’homme transpire. » Entre les deux aucune porosité possible; le Deep State est condamné à s’étouffer tout seul. 🙂

  2. Bill, vous dites: « La porosité entre la politique et l’argent est multiple. L’une aspire l’autre et inversement, tandis que la population du marigot négocie ses contrats gagnant-perdant. »

    En parlant de porosité, parlons de la pétrochimie et la formule qui a aussi sa valeur économique et philosophique pour résumer la situation économique, sociétale, environnementale, anthropologique et psychologique pour ne pas dire psychiatrique actuelle:

    « Le plastique respire, mais l’homme transpire. » Entre les deux aucune porosité possible; le Deep State est condamné à s’étouffer tout seul. 🙂

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