Gloire aux technos, sauveuses du monde !

Rédigé le 28 mars 2018 par | Bill Bonner, Politique et vie quotidienne Imprimer

Le secteur des technologies absorbe beaucoup d’attention et beaucoup de capitaux. Mais où sont les progrès économiques ?

Gloire aux technos !

Les marchés boursiers ont joliment rebondi. Les partisans du « acheter durant les creux » ont gagné quelques points.

L’avenir peut attendre ; le grand krach ne nous a pas encore croqués – il reste à venir.

L’autorité de l’ignorance totale

Parallèlement, Bloomberg rapportait hier que Facebook a du mal :

« Facebook Inc. va boucler son pire mois depuis 2013 après qu’un rapport d’analyste a averti d’un recul temporaire de la publicité et que la FTC a confirmé être en train d’enquêter sur les pratiques de confidentialité du réseau social.

L’action a chuté de 1,4% à 157,14 $ à 14h35 lundi à New York, à l’inverse de la tendance positive plus générale des marchés. Auparavant, les actions ont perdu jusqu’à 6,5%, effaçant environ 100 milliards de dollars de valeur boursière au cours de ces 10 derniers jours ».

Quelle est la valeur réelle de Facebook ? De Snapchat ? De Twitter ?

Nous n’avons jamais utilisé aucun d’entre eux. Et nous ne regardons pas la télé. Nous parlons donc avec une autorité appropriée au média en question – c’est-à-dire avec une totale ignorance.

Nous ne pouvons pas nous empêcher de le remarquer : chaque matin, quelques jeunes attendent devant notre bureau, au ranch. Ils utilisent notre connexion internet pour garder le contact avec leurs amis. Ici, ils utilisent WhatsApp…

Quelle est la valeur réelle de ces choses ?

Plus de gens passent plus de temps à communiquer via ces « réseaux sociaux » et autres moyens électroniques que jamais auparavant dans l’histoire de la planète.

Certains jeunes semblent y passer toute la journée. Qu’ont-ils à se dire ? Qu’y a-t-il de si important sur leurs minuscules écrans qu’ils en négligent le panorama de la vie réelle qui les entoure ?

Techno révolution

La valeur des cinq plus grosses technos américaines se monte à 4 000 milliards de dollars environ.

C’est beaucoup d’argent ; même avec une marge modeste de 5%, cela implique un dividende d’environ 1 000 $ par an pour chaque adulte aux Etats-Unis.

Mais où se trouve cette valeur ?

Nous n’avons pas la prétention de juger les désirs et les points de vue de nos collègues humains.

Les choses n’ont de valeur que celle que nous leur attribuons… en choisissant comment dépenser notre temps et notre argent.

Facebook et les autres médias électroniques ont absorbé de gigantesques quantités de temps et d’argent. Est-ce que cela en vaut la peine ?

Nous avons déjà vu que la révolution technologique menée par internet n’avait pas concrétisé les avantages économiques promis.

Le taux de croissance n’a pas grimpé ; au contraire, il a baissé. Nous ne sommes pas infiniment plus riches. Selon de nombreux critères, nous sommes même plus pauvres.

Alors à quoi a servi la révolution techno ?

Après avoir mobilisé de telles quantités d’épargne réelle… d’épargne factice (de l’argent créé par la Fed)… et environ 500 milliards d’heures de travail par an (selon notre estimation)… qu’avons-nous obtenu en retour ?

Martin Hutchinson :

« Les retours effroyablement bas sur les investissements en capital-risque, qui se sont concentrés dans ce secteur, sont en eux-mêmes l’indication qu’une bonne partie de ces investissements ont été malavisés… Etant donné les rendements médiocres ou pire qu’ils ont rapporté, il ne peut y avoir de doute sur le fait que les secteurs du private equity et du capital-risque ont été épouvantablement sur-capitalisés ces deux dernières décennies, avec bien trop d’argent disponible pour leur propre bien.

Si l’on regarde de plus près Facebook et les réseaux sociaux en général, on peut discerner le mécanisme qui a absorbé l’argent des investisseurs – dans le vide. L’argent du capital-risque et du private equity a été utilisé pour attirer des utilisateurs vers les réseaux sociaux, mais ces utilisateurs ont un coût d’acquisition élevé et ne génèrent de loin pas les revenus nécessaires pour compenser ce coût. »

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Du pain et des jeux

Le rendement réel de cette technologie pourrait être pire encore que ce que disent les chiffres.

Hier, Elizabeth a rendu visite à une famille qui vit sur les terres du ranch. Ils habitent une maison d’adobe, avec des sols en terre battue et un toit en pisé. L’eau vient d’un robinet à l’extérieur. Ils cuisinent sur un feu ouvert, la fumée emplissant la pièce.

« J’ai parlé avec Fermina », nous a expliqué Elizabeth. « Les enfants regardaient la télé. Elle les a appelés pour qu’ils viennent dire bonjour, et ils sont venus… mais ils sont très vite repartis vers la télé. Ils ne voulaient rien rater. »

La grande réussite du gouvernement, dans cette vallée éloignée, a été d’y apporter les deux dernières choses dont les gens ont besoin : des allocations et la télévision.

Les allocations les encouragent à ne rien faire ; la télé leur donne un moyen de passer le temps.

Mais revenons-en aux Etats-Unis. Ces 30 dernières années, la Fed a fourni de l’argent gratuit – des milliers de milliards de dollars –, et des taux d’intérêt ultra-bas qui rendaient l’accès à cet argent encore plus facile.

Dette de consommation, dette des entreprises, dette du gouvernement – toutes sont à des sommets record, avec un total de 230 000 milliards de dollars de dette dans le monde entier.

Alors que la Fed fournissait le pain, Facebook, Twitter, Netflix et bien d’autres fournissaient les jeux.

Ces 20 dernières années, ces entreprises ont empli le Colisée de jeux… de commérages oisifs et autres gaspillages de notre temps. Les gens publient des photos de leur chat et des descriptions de leurs dîners. Ils guettent la moindre parole du président des Etats-Unis.

Financées par l’argent bon marché de la Fed, ces entreprises contrôlent désormais notre actif le plus précieux – notre attention.

Nous marchons tous tête baissée, collés à notre téléphone portable et multi-usages (souvent, dans un ascenseur, personne ne lève le nez).

Son GPS nous indique où aller. Ses actualités et ses opinions (soigneusement filtrés pour éviter les « fake news« ) nous disent quoi penser. Ses réseaux sociaux nous donnent un substitut de vie réelle.

Oh, Nouvelle Technologie… Salvator Mundi

Nous te donnons notre temps. Notre argent. Et nos enfants.

Omnes gentes. Alléluia.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Gloire aux technos, sauveuses du monde !”

  1. Laudate omnes gentes… laudate Dominum. Psaume 117(116 pour les grecs) mis en musique mult fois par William Byrd,Michel-Richard de Lalande ou Mozart en période classique attribué à l’office de vêpres du lundi!! 😉

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