L’étonnant plaidoyer pour l’étalon-or d’Alan Greenspan

Rédigé le 7 mars 2017 par | Banques Centrales, Ferghane Azihari, Liberalisme Imprimer

Alan Greenspan, l’ex-Président de la Banque centrale américaine, désormais retraité, prône le retour à l’étalon-or.

Alan Greenspan a donné en février une interview au magazine Gold Investor.

A la question de savoir s’il prévoit un regain d’intérêt pour l’or face aux poussées inflationnistes à venir, Greenspan répond qu’il conçoit l’or comme « la première monnaie mondiale ». Il rappelle que l’or est l’une des rares monnaies qui ne nécessitent pas de tiers de confiance pour être acceptée de tous, et ceci depuis très longtemps.

« L’étalon-or était à son apogée vers la fin du 19ème siècle et au début du 20ème, une époque de prospérité mondiale extraordinaire, caractérisée par une croissance musclée de la productivité et très peu d’inflation », poursuit-il en commentant le rôle de l’or dans le système international.

« Seulement aujourd’hui, il y a une idée répandue selon laquelle l’étalon-or du 19ème siècle n’a pas fonctionné. Je pense que c’est comme enfiler des chaussures qui ne sont pas à votre taille tout en accusant ces chaussures d’être inconfortables. Ce n’est pas l’étalon-or qui a échoué. Ce sont les politiques publiques […]. Aujourd’hui, retourner à l’étalon-or serait vu comme un acte de désespoir. Mais dans un régime d’étalon-or, nous ne nous serions jamais retrouvés dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. […] Nous n’aurions jamais atteint ce niveau extrême d’endettement, car l’étalon-or est un moyen de s’assurer que les politiques budgétaires ne dérivent jamais. »

Ces propos peuvent paraître étonnant de la part de celui qui nous a tout droit conduit vers la crise des crédits subprime par sa politique de taux d’intérêt et qui avait balayé d’un revers de main l’hypothèse d’un retour à l’étalon-or lorsqu’il dirigeait la Réserve fédérale. Il arguait notamment en 2005 qu’un tel retour serait inutile dans la mesure où les politiques monétaires s’attachaient déjà à reproduire un environnement similaire à celui qui prévaudrait dans un système d’étalon-or. Il s’agissait à l’époque d’un argument tout à fait douteux dans la mesure où aucun esprit humain ne peut savoir à quoi un tel environnement pourrait ressembler.

Mais à y regarder de plus près, ce revirement, s’il paraît incohérent, constitue ni plus ni moins qu’un retour aux idées que Greenspan défendait bien avant sa carrière de banquier central. En 1966, il publiait un papier dans une revue nommée The Objectivist , alors co-dirigée par la philosophe et romancière Ayn Rand. L’article s’intitulait « L’or et la liberté économique ». Greenspan soutenait à l’époque que l’étalon-or était la seule protection viable contre les tentations inflationnistes des gouvernements, tout en étant indispensable à la bonne régulation du système bancaire.

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Qu’est-il arrivé à Alan Greenspan pour qu’il se décide à abandonner ces idées saines pour pactiser avec le diable en rejoignant le camp des faux-monnayeurs ? La réponse à cette question se trouve peut-être dans le nouvel ouvrage du journaliste Sebastian Mallaby. Ce dernier a récemment publié une biographie d’Alan Greenspan intitulée The Man Who Knew [NDLR : L’homme qui savait]. L’ouvrage fait quelque 796 pages et a été acclamé par la critique (il a été récompensé par le Business Book of the Year Award 2016 décerné par le Financial Times et le cabinet de conseil McKinsey).

De quoi offrir aux plus curieux la possibilité d’en savoir plus sur un personnage qui laissera incontestablement sa marque dans l’histoire moderne… pour le meilleur et surtout pour le pire.

 

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Ferghane Azihari
Ferghane Azihari
Coordinateur pour Students for Liberty

Ferghane Azihari est journaliste et analyste indépendant spécialisé dans les politiques publiques. Membre du réseau European students for Liberty et Young Voices, il collabore régulièrement avec divers médias et think tanks libéraux français et américains pour promouvoir une culture favorable à l’économie du marché. Ses centres d’intérêt portent plus précisément sur les politiques publiques européennes et nationales qui touchent au commerce et à la concurrence.

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