Dépenses militaires… Difficile d’arrêter un empire

Rédigé le 23 mars 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Hier, le Dow a légèrement reculé.

Il demeure cependant proche de son plus haut historique de 21 000 points. Et selon de nombreuses évaluations, les actions américaines n’ont jamais été aussi chères.

Parallèlement, le sentiment haussier, au sein des conseils en investissement est à un plus haut sur 30 ans.

La confiance des consommateurs n’a jamais été aussi élevée depuis 16 ans.

Et le dernier sondage Gallup indique que la cote de popularité du président Trump a chuté à 37%.

Nous sommes surpris qu’elle soit si élevée.

Mais continuons sur notre lancée. Nous souhaitons que nos fidèles lecteurs et ceux qui nous rejoignent soient sur la même longueur d’onde. Nous rappelons donc tout ce que nous avons appris jusqu’à présent.

Alors allons-y…

Le problème n°1 dont personne ne parle

Selon nous, le problème n°1 de l’Amérique – ce qui a fait élire M. Trump – réside dans la profonde injustice du système financier.

Les classes moyennes doivent travailler dur pour gagner de l’argent. Quant aux riches, ils s’enrichissent sans lever le petit doigt.

Le travailleur lambda n’a pas eu d’augmentation en 40 ans, si l’on tient compte de l’inflation. Par rapport à 1975, il faut qu’il travaille un plus grand nombre d’heures pour subvenir à ses besoins de bases : nourriture, transport et soins médicaux.

L’Etat dit que « l’emploi progresse ». Mais ce sont de fausses informations. Pratiquement tous les emplois créés depuis 2009 se situent dans le secteur des services, peu rémunérateur.

Le citoyen moyen vivant au fin fonds du pays se sent floué. Mais par qui ?

Difficile de s’énerver contre le véritable malfaiteur : le système financier ? Le dollar falsifié ?

Bof… Comment ça marche, déjà ?

Alors il se tourne vers des ennemis bien commodes : les Mexicains, les Chinois, les gauchistes, le président Obama ou les musulmans.

Mais voilà…

Les initiés, les instruits, les rejetons de l’Establishment, les bestioles de marigot du Deep State… l’élite de la Côte qui sirote du chardonnay et des espressos… les professeurs d’université… les avocats… les lecteurs du New Yorker… qui ont intégré Wall Street ou la Silicon Valley… et placardent des autocollants « I’m With Her ! » [NDR : slogan en faveur d’Hillary Clinton] sur leurs voitures d’importation : tous ces gens ont empoché la quasi-totalité de l’augmentation des revenus enregistrée au XXIe siècle.

Leurs portefeuilles d’actions et d’obligations ont augmenté trois fois plus vite que le PIB au cours de ces 35 dernières années. Désormais, ils sont plus riches, plus insolents et plus insupportables que jamais. [NDLR : Certains investisseurs pensent que les marchés actions américains vont connaître une correction mais que les marchés actions européens sont encore sous-évalués. Votre PEA comporte-t-il des valeurs à fort potentiel d’appréciation ? Depuis juillet 2013, ceux qui ont suivi les conseils de notre spécialiste ont pu augmenter leur capital de 22,2%. Pourquoi et comment ? Cliquez ici pour le découvrir.]

Mais comme nous l’avons indiqué hier… et presque tous les jours au cours de ces cinq dernières années… ces gains n’ont pas été obtenus honnêtement. Ils ne sont pas le fruit d’un dur labeur, de l’autodiscipline, de longues heures de travail, ni d’un génie créatif.

Au sein d’une économie, certaines personnes se débrouillent toujours mieux que d’autres.

Mais la richesse réelle est créée par les gens qui travaillent dur au sein de l’économie du quotidien, et non par les individus racés peuplant les bureaux climatisés de Wall Street, ou les habitués de Mar-A-Lago qui consultent les pages boursières de Barron’s pour vérifier combien ils ont gagné pendant leur partie de golf.

Les économistes nous ont dit qu’enrichir les riches était bénéfique pour nous tous. Ils ont affirmé qu’il existait un « effet de richesse » qui nous enrichirait tous. C’était un mensonge.

Le système de l’argent falsifié – avec ses taux d’intérêt artificiellement bas et son flot incessant d’argent à crédit imaginaire – n’est rien d’autre qu’un vol déguisé, et en aucun cas une création de richesse.

Les plans de M. Trump, tels que divulgués jusqu’à présent, auront peu d’effet sur cette escroquerie.

Certes, la réduction des dépenses dédiées à des programmes ruineux ne ferait pas de mal (si Trump est capable de faire passer de véritables coupes budgétaires).

Un allègement de la réglementation ne ferait pas de mal non plus (sous réserve qu’il soit conséquent). Mais donner davantage d’argent à l’armée n’apportera rien.

Un allègement de l’impôt sur les sociétés serait une bonne chose. Une hausse des taxes à l’importation serait une mauvaise chose. Et les transferts sociaux vont se poursuivre, plus ou moins, comme auparavant.

Et voilà.

Donc, l’économie à laquelle nous devons nous préparer… ou que nous devons comprendre, au moins… est celle que nous avons déjà, et non celle que, selon nos espoirs, M. Trump devait bousculer et réparer.

Or cette économie est corrompue, grotesque et prédisposée aux accidents.

Un naufrage titanesque en vue

Rappelez-vous, il existe deux types de personnes, au sein d’une économie. Les productifs, qui concluent des accords gagnant-gagnant, et les voleurs, qui exigent des accords gagnant-perdant.

Une économie se développe ou se contracte en fonction de l’équilibre de ces deux groupes.

Il n’existe pas de taux d’intérêt magiques… de mesures commerciales idéales… ni d’astuces budgétaires. Si vous voulez que l’économie soit juste et produise de la richesse réelle, il faut simplement réduire le nombre de voleurs et laisser les productifs tranquilles.

Telle était la mission de M. Trump, lorsqu’il a débarqué dans le Bureau Ovale.

Mais les dés étaient pipés. Le président ne pourra probablement pas changer de cap, même s’il le souhaite. Nous sommes déjà allés trop loin.

A La Chronique, nous avons constaté jusqu’à présent que les Etats-Unis ne sont plus la république constitutionnelle qu’ils devaient être au départ, mais un empire dirigé par des initiés connus sous le nom de Deep State.

Les élections sont importantes, mais pas tant que ça.

Un président peut gesticuler, faire des frasques sur le territoire national et à l’étranger, notamment avec les pouvoirs qui lui ont été octroyés au beau milieu de l’hystérie postérieure au 11 septembre…

… Mais lorsqu’il demande au Congrès ou à la bureaucratie que des changements fondamentaux se produisent, ses demandes peuvent s’enliser dans le marigot de Washington tel le Titanic faisant naufrage dans l’océan Atlantique nord.

Les petits gars en uniforme font toujours recette

Les empires s’épanouissent dans la guerre…

La plupart du temps, ce sont de fausses guerres, sans enjeu. Au bout de quelques années, personne ne se souvient de leurs motifs.

Mais ces guerres ont une motivation cachée : les profits du Deep State. Les guerres dévient les ressources vers les secteurs peuplés de compères, notamment celui du complexe de la défense et de la sécurité. Tous les autres y perdent. Mais il est difficile de stopper ces voleurs.

Nous avons souvent cité les travaux de l’économiste italien Vilfredo Pareto. Il fait partie de ceux qui se sont rendu compte que les gouvernements étaient toujours contrôlés par d’intelligents initiés qu’il appelait les « renards ».

L’un des plus brillants étudiants de Pareto est passé inaperçu, à l’époque. Il s’agissait de Benito Mussolini, qui a décidé de rejoindre les renards au lieu de les combattre.

Mussolini a débuté sa carrière politique en tant que socialiste, romancier et anti-impérialiste. Mais il s’est rendu compte que le public adorait les déploiements militaires et les parades.

Même lorsqu’un pays n’a pas d’ennemis plausibles, un programme nationaliste/militariste est facile à vendre.

Les gens rechignent à dépenser pour aider les pauvres ou financer des festivals dédiés à Shakespeare. Mais ils déboursent volontiers de l’argent pour leurs petits gars en uniforme, et leur cèdent volontiers leur place.

Mussolini s’est fait dessiner un uniforme sur mesure…

Et deux ans après être arrivé au pouvoir en Italie, il a initié sa propre fausse guerre, envahi l’île grecque de Corfou, et mené l’Italie à la ruine.

20 ans plus tard, l’Italie allait être occupée par deux armées ennemies : l’Allemagne au nord et les Etats-Unis au sud…

… et Mussolini et sa maîtresse allaient se retrouver pendus à une poutre métallique au-dessus d’un garage.

Parallèlement, à l’autre bout de la planète…

Le Japon était en marche. Mais en 1936, le ministre des Finances japonais, Korekiyo Takahashi, a réduit les dépenses militaires. Il avait remarqué que l’armée impériale japonaise se renforçait alors que l’économie s’affaiblissait.

Au cours de l’Incident du 26 février, il a été assassiné par un groupe d’officiers rebelles de l’armée.

Le renforcement de l’armée s’est poursuivi, détournant toujours plus de ressources vers l’effort de guerre. Une fois en marche, un empire s’étend traditionnellement jusqu’à ce qu’il fasse faillite ou qu’il soit vaincu. Souvent, les deux se produisent.

Dans le cas du Japon, la fin a sonné lorsque des bombes atomiques ont été larguées sur Hiroshima et Nagasaki, faisant enfin éclater la bulle des dépenses militaires japonaises.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Dépenses militaires… Difficile d’arrêter un empire”

  1. Il va s’arrêter tout seul comme toutes les armées d’anciens empires. Faire la guerre coûte très cher, trop cher et ne construit rien, ne produit aucune richesse, aucune culture, aucun savoir. Il est condamné d’avance. Un peu comme le terrorisme: Une idéologie perdante dès le départ. Aucun terrorisme n’a réussi a finaliser son idéologie. L’histoire le prouve

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