Le Deep State en guerre contre les marchés

Rédigé le 6 octobre 2016 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

La Guerre contre la Pauvreté, la Guerre contre la Drogue et la Guerre contre le Terrorisme sont des guerres inventées par le Deep State pour capter de l’influence et du pouvoir. La Guerre contre les marchés, elle, sert à capter directement l’argent.

Examinons sous notre nouvel angle une autre de ces guerres truquées auxquelles se livre l’Etat.

Une sale guerre

Officiellement, aucune guerre n’a jamais été proclamée contre les marchés.

Mais pendant quarante ans, l’Etat a mené des opérations secrètes… et livré de sales guerres au cours desquelles il a tenté de manipuler les dynamiques de marché, de les entraver et de les réprimer.

Il a utilisé l’argent falsifié, l’épargne et a truqué les taux d’intérêt afin de semer la confusion chez les investisseurs, les entreprises et les consommateurs.

Il ne l’a pas dit ouvertement, mais son but était d’envoyer de faux signaux afin que les gens modifient leur comportement.

« La demande » était trop faible, disait-il. Que faire ?

Il a inondé le système de fausse épargne (le crédit sans contrepartie).

Le signal des prix a été déformé. Les limites du crédit ont comme disparu. Le seuil d’endettement maximum a été assoupli.

Ensuite, en 2008, la guerre s’est intensifiée, l’Etat maintenant activement et ouvertement des taux d’intérêt bas, afin de doper le cours des actions et des obligations.

En réaction à la crise que l’Etat avait créée – en encourageant un excès d’endettement dans le secteur immobilier – il a affirmé que le « marché libre » avait échoué.

Il ne faisait que réagir à une « situation d’urgence », a-t-il déclaré.

Rapidement, tout le monde s’est mis à exprimer son opinion sur la question de savoir si les taux devaient être élevés (ou bas).

La force et l’imposture

Croyez-le ou non, un groupe d’activistes nommé « Fed Up » affirme que le fait d’augmenter les taux est… allez, devinez quoi… un acte raciste !

Le magazine Institutional Investor indique qu’un groupe financé par l’ex co-fondateur de Facebook, Dustin Moskowitz, âgé de 32 ans, fait du lobbying contre le relèvement des taux, au motif que des taux plus élevés seraient néfastes pour les salariés américains. Voici ce que l’on trouve sur son site internet :

« La réalité économique est évidente pour la plupart d’entre nous : pas assez d’emplois, pas assez d’heures de travail, et des salaires insuffisants – en particulier au sein des communautés ‘non-blanches’ et chez les jeunes travailleurs.

Certains membres de la Réserve fédérale pensent qu’il y a une reprise économique. Ils veulent relever les taux d’intérêt afin de ralentir la progression de l’emploi et empêcher les salaires d’augmenter plus rapidement. C’est une très mauvaise idée.

Nous nous joignons aux millions de travailleurs et à leurs familles et appelons la Réserve fédérale à adopter une politique en faveur des travailleurs. La Fed peut maintenir des taux bas, donner à l’économie toutes ses chances de se relancer, et placer en priorité le plein emploi et l’augmentation des salaires. »

Quoi ? Mais qui sont ces gens ? Sont-ils affublés d’une queue ? Et de cornes ?

Ils ont raison sur un point : lorsque la Fed tente de contrôler l’économie, c’est la politique qui est à l’oeuvre, et non les marchés.

Les marchés fonctionnent par la persuasion et les échanges volontaires. La politique fonctionne par la force et l’imposture. Fed Up est une organisation politique qui tente d’influencer la façon dont la force et l’imposture s’appliquent.

Mais examinons la Guerre contre les Marchés à laquelle se livre l’Etat, sous ce nouvel angle qui nous est désormais familier.

La victoire est impossible

Premièrement, l’Etat peut-il gagner cette guerre ?

Non, bien entendu.

Les marchés peuvent être réprimés, retardés et niés… mais jamais éliminés.

Les marchés ne cessent pas de fonctionner sous prétexte que l’on tente de les soumettre, de les déformer, voire de les proscrire. La victoire est impossible.

Le marché de la drogue ne s’arrête pas sous prétexte que l’Etat décrète qu’il est illégal. Au contraire, il revoit le prix des drogues illégales, en prenant en compte l’augmentation du coût lié à l’exercice de ces activités.

La pauvreté ne disparait pas non plus sous prétexte que l’Etat la combat.

« Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous » (Mt 26, 11 ; Mc 14, 7 ; Jn 12, 8) a dit Jésus avec sagesse.

La richesse et la pauvreté sont relatives ; il y aura toujours des riches et des pauvres. Voter des lois n’y changera rien.

Et le « terrorisme » ?

Ceux qui n’ont pas accès à des armées conventionnelles recourent toujours à des attaques peu orthodoxes.

C’est ce que les colons américains ont fait, lorsqu’ils ont déclenché leur combat contre les Britanniques en 1775.

C’est ce que les Juifs ont fait lorsqu’ils ont lancé leur « insurrection » contre les Britanniques, en Palestine, en 1939.

Et c’est ce qu’a fait le Maquis, sous l’occupation nazie, en France, pendant la Deuxième guerre mondiale.

Le terrorisme n’est pas près de s’arrêter. Et les marchés ne sont pas près de cesser de fonctionner.

Des bulles, des faillites et de la misère

Deuxièmement, l’ennemi puise-t-il sa force dans la « guerre » menée contre lui ?

Eh bien, oui et non.

Les marchés fonctionnent parfaitement bien qu’on leur fasse la guerre ou non. Les Etats peuvent bien fixer un prix sur tout ce qu’ils veulent. Mais seuls les marchés peuvent vous dire ce que cela vaut.

Regardez ce qui s’est passé en Union soviétique. Ou en Chine, avant 1979. Ou encore au Venezuela.

Qui achetait quoi que ce soit provenant de Chine, lorsque c’étaient les communistes qui fixaient les prix ?

Qui va faire ses courses au Venezuela, de nos jours ?

Nous avons visité la Russie, peu après le démantèlement de l’Union Soviétique. Les marchés s’ouvraient tout juste. Mais après 70 ans de prix fixés par l’Etat, il n’y avait quasiment rien à acheter. Presque tout ce qui se vendait avait été dérobé à l’armée. Nous avons acheté une paire de bottes pour un dollar. Nous les avons encore. Les semelles sont si rigides qu’elles plient à peine.

Il n’existe vraiment que deux types d’économies : l’économie planifiée (ou dirigée) et l’économie de marché. Cette dernière fonctionne pour tout le monde, mais vous ne savez jamais quels seront les vrais gagnants. La première ne fonctionne que pour ceux qui la dirigent. Et lorsqu’ils ont volé tout ce qu’il y avait à voler, les marchés reprennent leurs droits.

Les économies sont des systèmes d’apprentissage, qui déterminent les prix et donnent des informations. Sur le marché mondial, chaque économie a accès aux mêmes ressources, plus ou moins. Ce qui compte, c’est ce que l’on en fait.

Dicter les prix, c’est comme enseigner aux élèves que le Japon a gagné la Deuxième guerre mondiale… ou dire que deux plus deux est égal à cinq… ou arrondir le nombre pi à trois, juste pour que ce soit plus simple à retenir.

Mais plus vous émettez de fausses informations, plus les véritables informations deviennent précieuses.

Une guerre que l’Etat finira par perdre

Troisièmement, est-ce que cela a créé un nouveau secteur corrompu au sein du Deep State ? Et, quatrièmement, les combattants des deux camps sont-ils gagnants alors que les citoyens sont perdants ?

Pas vraiment.

Cette guerre est différente des autres « guerres » proclamées par le Deep State. C’est ainsi que les initiés financent leurs autres guerres… et ainsi qu’ils détournent à leur profit des milliers de milliards de dollars appartenant aux citoyens.

La Guerre contre les Marchés a dénaturé la plupart des secteurs et corrompu l’économie dans son intégralité. [NDRL : cette Guerre contre les Marchés sévit depuis longtemps en France où l’économie administrée pèse 58% du PIB. L’ultime combat consiste à interdire à la population l’usage des espèces pour la rendre prisonnière d’un système bancaire en effondrement. L’Allemagne a mis en garde ses citoyens contre une telle situation… Découvrez le plan de défense civile que l’Allemagne met en place et comment vous pouvez mettre en place le vôtre.]

Comme je l’ai déjà indiqué à maintes reprises, la manipulation des taux d’intérêt, à elle seule, a probablement coûté aux épargnants jusqu’à 10 000 milliards de dollars depuis 2008. Le fait de gonfler artificiellement le prix des actifs a probablement détourné 10 000 autres milliards de dollars, à peu près, au profit de ceux qui les possèdent (l’élite, comme toujours).

Comme dans toutes ces guerres truquées, le casus belli est bidon.

Les marchés ne font pas de mal aux gens, ils les aident. Le signal des prix, fixé par le marché, est essentiel. Sinon, vous ne savez pas si vous ajoutez de la valeur ou bien si vous en retranchez.

Tenter de réprimer les marchés libres, ou bien les abolir, a toujours abouti à de la confusion, des bulles, des faillites et de la misère. Lorsque les économies s’affaiblissent, les gens s’appauvrissent.

Depuis 2008, les salaires stagnent, ou bien chutent, pour la plupart des gens… La croissance du PIB a diminué et, désormais, elle est probablement négative… la croissance de la productivité a davantage baissé qu’à n’importe quelle autre période de ces 40 dernières années… les échanges commerciaux internationaux ont retrouvé leurs niveaux de 2009… et le rebond enregistré à partir de la Grande récession est d’une faiblesse historique.

Pour l’instant, la guerre sert son véritable objectif : augmenter le pouvoir et la richesse des initiés du Deep State.

Mais c’est une guerre que l’Etat finira par perdre.

Tenter de réprimer les marchés, c’est comme placer un bouchon géant dans le cratère d’un volcan. Il n’empêche pas l’éruption, il ne fait que décupler sa violence.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Le Deep State en guerre contre les marchés”

  1. dans la phase finale l’etat se bat de plus en plus contre ses contradictions, contre lui même

  2. « Les marchés ne font pas de mal aux gens, ils les aident… »

    Même pas en rêve! Les marchés sont des junkies accrocs à la fausse monnaie et c’est pas demain que je ferai confiance à des drogués manipulés par leurs dealers.

    Le Deep State de Bill n’est autre que le deus ex machina de la mondialisation qui s’installe partout là où il peut détruire les frontières, les classes moyennes et la cohésion sociale. Le Deep State, c’est la déflation qui tue la croissance pour faire exploser la dette.
    Le Deep State est mondial et ne roule que pour lui. Rien à voir avec les États-Nations qui sont ses principales cibles et les derniers remparts contre sa tyrannie.

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