Le Deep State par-dessus tout

Rédigé le 22 mars 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Nous avons débuté la semaine dernière armé de bonnes intentions.

Nous allions faire une pause et passer du temps à nous rappeler ce que nous avions appris jusqu’à présent.

L’idée, c’était d’intégrer les nouveaux lecteurs à notre réflexion ; et, dans l’intérêt de nos fidèles lecteurs (s’il en reste encore), de retrouver nos marques.

Mais le spectacle du président Trump offrant de couper les financements de 80 organismes bidons était vraiment trop tentant : l’occasion était trop belle pour ne pas la saisir.

Nous en sommes sûr, à présent : le programme de M. Trump « n’assainira pas le marigot », et ne « restituera pas sa grandeur à l’Amérique ».

Peut-être que ce sera quand même drôle.

Et nous ne sommes toujours pas sûr de Trump lui-même. Se livrerait-il à d’astucieux calculs – en créant des diversions (le mur à la frontière… le « budget maigrichon »… l’interdiction de voyager… Obama qui l’espionne) – afin de faire passer des réformes intelligentes au milieu du chaos ?

Ou est-ce un idiot intégral… qui patauge en toute impuissance… gaspille nos ressources les plus précieuses (le temps et l’énergie) en luttes dépourvues de sens réel ?

Qui sait…

Mais aujourd’hui (avant de nous mettre au travail), nous applaudissons le Deep State : ce « gouvernement parallèle » qui dirige le pays quel que soit le locataire du Bureau Ovale, ou le parti aux commandes du Congrès.

Quelle bande d’intelligents scélérats !

D’abord, ils soutiennent Jeb et Hillary, puis (le soir de l’élection !) ils se rangent lestement derrière Donald J. Trump.

Les dés étaient pipés depuis le départ. Hillary entretenait une amitié solidement établie avec Wall Street et l’armée. Il s’est avéré que le lien d’amitié entre l’armée et « Le Donald » était encore plus fort.

Le reste – au moins du point de vue du Deep State – ce n’est que du brouhaha.

L’esprit du complot ?

Et ensuite, la pièce de résistance : après l’élection, ces tweets de M. Trump indiquant que le Deep State l’espionnait.

Bon… bien sûr que c’est vrai. Le Deep State espionne tout le monde. C’est ce qu’il fait.

Mais le président le fait apparaître comme un problème de lutte partisane mesquine. C’est comme si le Deep State l’avait espionné tout particulièrement, parce que lui, un républicain, le menaçait.

La presse grand-public orientée démocrates a mordu à l’hameçon de manière tout à fait prévisible. « Le Deep State n’existe pas », a-t-elle dit. Donald est simplement un « parano du complot « .

Selon Tim Naftali, de CNN :

Il est malsain que [le porte-parole de la Maison Blanche, Sean] Spicer, entretienne les fantasmes du public selon lesquels il existerait un Deep State top-secret, non élu, ayant pour vocation de saper le nouveau président… Mais le concept de Deep State est absurde, c’est le produit de cette propagande soviétique de la Guerre froide, de l’esprit du complot animant les gauchistes et la droite du pays…

Le Deep State pouvait-il rêver meilleur résultat ?

Il a encore plus d’emprise sur le pouvoir et l’argent que jamais auparavant. Et l’idée même de son existence est discréditée. Ce n’est qu’un fantasme de droite !

Les productifs et les voleurs

La vérité est difficile à trouver, dans les affaires publiques. Même en quantité infime, elle demeure rare. Or cette quantité infime, c’est tout ce dont nous disposons.

Mais nous nous débrouillons avec ce que nous avons…

Il existe deux groupes de personnes, au sein d’une économie : ceux qui travaillent, économisent et investissent honnêtement afin de créer de la richesse… et ceux qui tentent de la leur voler.

Les productifs… et les voleurs.

Les productifs concluent des accords gagnant-gagnant les uns avec les autres. L’un donne une journée de travail, en échange. L’autre donne 50 $ d’économies, en échange. Tous deux en tirent un enseignement. Tous deux y gagnent.

Les voleurs utilisent toutes sortes de business model, également. Certains d’entre eux sont free-lance, d’autres braquent des magasins de vins et spiritueux ou bien volent des cartes de crédit. Mais la plupart mènent des activités légales, en se servant du gouvernement pour en découdre le cas échéant.

Ils se nichent dans des organismes publics « rassurants », du type agence de l’environnement ou SEC (Securities and Exchange Commission).

Ils se terrent au Département de la Défense, également. Et ils apprécient tout particulièrement les recoins sombres que l’on trouve au sein des services du renseignement, où ils peuvent exercer un pouvoir sur les autres en les espionnant… en découvrant leurs secrets… en les menaçant de révélations désastreuses, de harcèlement et de mensonges.

Mais les ressortissants du Deep State ne se limitent pas aux barbouzes ; ils grouillent dans tout le marigot.

Certains d’entre eux se servent de la réglementation pour s’emparer de la richesse des autres. D’autres se servent de la législation. D’autres encore se servent du système de l’argent falsifié de l’état.

Bon nombre de ceux-là – la majorité, probablement – ne sont même pas conscients qu’ils participent à un transfert frauduleux.

Ils étudient dans les meilleures universités. Ils sont capables de discourir sur la « modélisation dynamique stochastique » de la Fed. Ou bien ils investissent tout simplement en suivant ce génie exceptionnel : Warren Buffett.

Ils pensent qu’ils gagnent de l’argent parce qu’ils sont malins. Mais ils n’accroissent pas la richesse ; ils la volent simplement – avec l’aide dissimulée du système de l’argent falsifié de l’état — à des types ordinaires qui ont travaillé pour la gagner.

(Nous savons de quoi nous parlons, d’ailleurs. En 1979, nous avons entrepris de proposer d’autres idées d’investissement. Notre talent est modeste. Pourtant, notre activité a progressé très vite – plus vite que le PIB – et à présent, nous possédons des bureaux dans 11 pays, employant des centaines d’analystes.

Pourquoi ? Comment ? A notre insu, l’argent falsifié de l’Etat nous a mis le vent en poupe. Plus cet argent faisait gonfler le prix des actifs jusqu’à des plus-hauts dangereux et peu réalistes, plus les gens voulaient savoir comment y prendre part).

L’effet d’appauvrissement

Là, nous marquons une pause afin d’étudier comment « l’effet de richesse » de la Fed fonctionne réellement.

L’hypothèse justifiant que l’on gonfle le prix des actions et des obligations avec des taux d’intérêt ultra-bas est la suivante : elle inciterait les détenteurs d’actifs financiers à se sentir plus riches et à se mettre à dépenser.

Armé d’un bagage universitaire suffisant, un économiste pourrait trouver cette idée tentante. Mais un philosophe… ou simplement quelqu’un qui a la tête bien vissée sur les épaules… voit tout de suite que c’est totalement absurde.

Si l’on augmente le prix des actifs en abaissant les taux d’intérêt – en produisant un « effet de richesse » — on produit également forcément un « effet d’appauvrissement » en abaissant, proportionnellement, tout le reste.

Imaginez quelqu’un qui doit économiser suffisamment pour compléter sa retraite de 10 000 dollars par an. Avec un taux d’intérêt à 10%, il lui faudra 100 000 $ d’économies. Mais avec un taux de 1%, il faudra qu’il économise un million de dollars… ce qui lui prendrait 100 ans !

Et pendant ce temps, il ôterait de l’argent du circuit de l’économie de la consommation, compensant ainsi la folie dépensière se déroulant du côté des riches.

Voilà pourquoi huit ans de taux d’intérêt proches de zéro ont produit une croissance économique aussi anémique. Les riches s’enrichissent. Comparativement, les familles ne possédant ni actions ni obligations s’appauvrissent.

En se basant sur le Dow, les actions du type riche ont été multipliées par 20 sur 35 ans. Le salaire du type pauvre a stagné. Et le PIB a été multiplié par six, seulement.

Autrement dit, les détenteurs d’actions ont vu leurs actifs augmenter trois fois plus vite que la richesse réelle de l’économie. A présent, ils peuvent s’offrir plus de choses au rabais, notamment l’actif le plus important des pauvres : leur temps.

Le système n’a pas enrichi l’économie. Il a simplement déplacé la richesse de la classe moyenne vers les riches. Il ne s’agit pas d’un « effet de richesse ». Il s’agit de vol pur et simple.

Oui… l’argent fait tourner le monde. Et aujourd’hui, l’argent falsifié lui confère un effet spécial : celui de corrompre et de dévoyer l’économie tout entière.

Or les voleurs adorent ça.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Le Deep State par-dessus tout”

  1. M. Bonner, bravo pour vos analyses. Encore une fois, je ne prétends pas entrer en compétition avec vous sur le plan des finances, mais simplement utiliser mon bon sens.
    La présidentielle française actuelle montre bien la décomposition avancée du politique et les perversions du système électoral dit « démocratique ». Il semble bien que, quelle que soit leur couleur politique, pour nos représentants-élus, tout soit à vendre, petits ou grands privilèges, recels de biens sociaux …y compris la santé des populations dont ces personnes tiennent leur mandat.(ex : affaire des statines ou des vaccins…)
    Sans cet état d’esprit, le Deep State ne pourrait pas exister. Comme vous le dites, ces parasites infestent tout l’appareil étatique et même une bonne partie de la société civile, surtout aux postes clés (médias et C A du Cac 40). Je vous cite :
    « ils n’accroissent pas la richesse ; ils la volent simplement »
    Leur seconde caractéristique, c’est que ces personnes sont apatrides, ou plutôt multi-nationales. Voilà pourquoi elles sont mondialistes et favorables aux migrations, au brassage des ethnies et des cultures sous couleur de favoriser la paix dans le monde, tout en provoquant un maximum de conflits locaux qui déracinent ces populations et les poussent à émigrer.
    C’est pourquoi aussi, elles ont mis en œuvre les délocalisations. Car ces opérations sont faussement libérales et ne créent pas de richesses nouvelles. Elles se contentent d’exploiter les richesses existantes dans le monde entier en opposant pays riches contre pays pauvres.
    Et en polluant la planète en multipliant containers et camions !
    Mais le point crucial, c’est que sans décomposition politique, cet état de fait ne pourrait pas exister. Car si notre système démocratique fonctionnait, nos élus devraient protéger leurs mandants au lieu de participer à leur exploitation.
    Voilà pourquoi , l’élection de Trump et la montée des populistes favorables aux patries, est un signal d’alarme pour ces personnes.
    Et au delà, il est clair que nous devons revoir en profondeur notre système politique.

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