« L’Amérique d’abord » mais pas « les Américains d’abord »

Rédigé le 4 juillet 2017 par | Bill Bonner, Deep State Imprimer

Nationalisme ou patriotisme économique, commerce équitable, que cachent vraiment ces notions ? Est-ce bénéfique pour nous ou pour le Deep State ?

Dernièrement, j’ai remarqué cette citation de Steve Bannon. Il décrivait sa conviction fondamentale… qui est la suivante : « nous sommes une nation avec une économie, et pas seulement une économie sur un marché mondial ».

Lorsque je l’ai lue, cela m’a rappelé quelque chose. Et puis, je me suis rendu compte… que c’était presque la traduction mot pour mot d’une remarque de Juan Perón : « la nation n’existe pas dans l’intérêt de l’économie. L’économie doit servir la nation. »

C’est ce que l’on appelle le « nationalisme économique ». Ce n’est pas forcément vrai ou faux, bon ou mauvais. Mais c’est bourré de mythes, de magie, de fantasmes et de pensée de groupe farfelue. Et lorsqu’on déficelle le tout… qu’on le déconstruit… et qu’on l’épluche, qu’est-ce qu’on trouve ? Une chose à laquelle on ne s’attendait peut-être pas.

Hier, quelqu’un a remarqué que le cerveau de nos enfants était modelé par les nouveaux médias… que leur capacité d’attention se réduisait. Si vous n’êtes pas capable de leur dire quelque chose en 20 secondes, ne prenez même pas la peine d’essayer. Ils zappent ou appuient sur la touche « supprimer »… ou autre.

Or pour comprendre certaines idées, il faut du temps. Un jour, cette idée peut être synthétisée dans une courte citation… mais seulement après avoir été étudiée et comprise.

Les nouvelles idées ont besoin d’espace cérébral… et de temps. Celle-ci en fait partie. Quelqu’un dont la capacité d’attention est réduite entend l’expression « nationalisme économique » et pense… « bon, ça a l’air plutôt bien ». Il faut du temps et de l’attention pour aller au-delà… et comprendre réellement ce que cela signifie.

Ce que j’aborde aujourd’hui n’est pas réellement une idée nouvelle… mais elle l’est pour la plupart des gens.

Normalement, je n’aime pas parler de politique, ni même y réfléchir. Habituellement, c’est une perte de temps. Mais il y a des moments où l’on ne peut l’ignorer… Si vous l’ignorez, vous pourriez négliger un sérieux danger menaçant votre richesse ou votre famille.

Le « commerce équitable », ce n’est pas le « libre-échange »

Mais explorons d’abord une autre idée : le « commerce équitable ». Cela a l’air inoffensif. Voire séduisant. Qui serait contre l’équité ? Là encore, à l’ère de l’iPhone, c’est peut-être parfaitement adapté aux capacités d’attention réduites.

Mais attendez. Qui peut dire ce qui est équitable ? Le monde entier est rempli d’acheteurs et de vendeurs. Ils cherchent tous à conclure le meilleur accord. Le seul accord « équitable » qui tienne n’est-il pas celui que concluent de leur plein gré, et d’eux-mêmes, les acheteurs et les vendeurs ? Alors quelle est la différence avec le « libre-échange » ?

Dans les années 1970 et 1980, nous dirigions une entreprise pour laquelle le papier était essentiel. Nous avons découvert que nous obtenions souvent les meilleurs prix en imprimant au Québec. Ils ont énormément de pulpe de bois là-bas, j’imagine. Nous avons donc négocié avec les imprimeurs et conclu un accord.

C’était un accord de libre-échange. C’était ce que nous pouvions faire de mieux.

Mais l’Etat est intervenu… et a dit « non »… si vous achetez à un fournisseur étranger, vous devrez payer une taxe. C’est ce qui rendra la chose « équitable ».

De notre point de vue, peu importait où avait lieu l’impression. Qu’elle soit réalisée à New York ou au Canada ne changeait rien. Du point de vue de l’équité, il n’y avait aucune différence. Du point de vue de l’Etat du Maryland, tout ce qui se faisait hors de l’Etat était « étranger ».

Le « commerce équitable » n’a de sens que pour le groupe qui l’impose aux autres. Et comme il est imposé par le gouvernement, il n’a réellement de sens que pour les personnes qui le contrôlent. Nous appelons le groupe qui contrôle les Etats-Unis le Deep State.

Ce sont des personnes qui sont au Congrès, dans la technocratie… voire au sein d’institutions internationales telles que le FMI… à Wall Street… et dans les principales industries peuplées de compères.

Ce sont les personnes qui dirigent vraiment… année après année… en travaillant pour ou contre les gens qui ont été élus à la Maison Blanche ou au Congrès… selon ce qu’ils jugent nécessaire ou ce qui leur convient…

Autrement dit, il n’existe pas de commerce équitable entre individus et entreprises. Il n’y a que le libre-échange. Le commerce équitable est un outil que le Deep State utilise afin de s’approprier davantage de pouvoir et d’argent.

Je me souviens d’une scène étrange, en Argentine…

Un vieux tracteur remontait en tirant une remorque. L’un des pneus était fixé avec des câbles. Le pneu aurait pu être remplacé depuis des années. Pourquoi ne l’avait-on pas fait ? Le commerce équitable. En fait, soi-disant, l’Argentine protégeait de la concurrence étrangère sa jeune industrie du pneu. Or qui était propriétaire du fabricant de pneu, en Argentine ?

Il s’est avéré que le principal propriétaire était la famille de la présidente en personne, Cristina Kirchner.

Donc, lorsque Donald Trump dit « achetez américain… fabriquez en Amérique… avec des salariés américains », je deviens soupçonneux. Avec le commerce équitable, il n’existe aucun moyen permettant que tous les gens d’un pays en profitent. Seuls certains d’entre eux en profitent, au détriment des autres. A qui en faites-vous profiter ? A ceux qui contrôlent le système, bien entendu.

Glorification du gouvernement et diminution du pouvoir du peuple

« L’Amérique d’abord », dit Donald Trump.

Là encore, cela a tout l’air d’un bon slogan de campagne. Mais lorsqu’on le déconstruit… que découvre-t-on ? La même distribution des rôles… la même intrigue… et à nouveau le même Deep State.

Ce n’est pas « les Américains d’abord ». Ce serait totalement différent. Cela voudrait dire que nous pouvons décider par nous-mêmes quel accord nous convient le mieux. « L’Amérique d’abord » est un slogan qui glorifie et magnifie le gouvernement tout en diminuant le pouvoir et la liberté de la population du pays.

Nous ne sommes pas comme les Français et les Espagnols… nous ne partageons pas une seule culture… voire une seule langue… ou une seule identité nationale. Nous sommes une nation d’immigrés.

Grosso modo, cette idée de cause nationale, qui se situe bien au-delà des intérêts des citoyens eux-mêmes… ou d’une économie qui est censée servir le pays plutôt que les individus qui constituent le pays… est plus vieille que l’Ancien Testament dans lequel les Juifs sont décrits comme une nation constituée d’un peuple qui définit sa relation avec Dieu.

Nous ne sommes pas une nation au sens traditionnel du terme. Nous sommes une nation constituée de peuples différents… de groupes différents. Nous étions destinés à être traités comme des individus… et non comme faisant partie d’un vaste collectif… Nous n’étions en aucun cas destinés à être Ein Volk mais d’innombrables Volks.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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