De l’Espagne aux étudiants américains, voici les nouveaux subprime

Rédigé le 20 avril 2012 par | Bill Bonner, Inflation, dettes et récession Imprimer

▪ Les souvenirs prennent du temps. Comme l’histoire. Ou le vin. Ou le ciment.

D’abord, ils sont flous, fluides… aquatiques. Puis, au cours du temps, ils sèchent… et prennent du corps… de la forme… de la substance.

Nos souvenirs de notre voyage en Argentine sont encore en train de coaguler… se solidifiant comme un mur de pierre. Nous vous en dirons plus dans les jours qui viennent.

Pour l’instant, détournons-nous de la pampa pour nous intéresser au monde développé… au monde de l’argent. Oublions le monde des vraies choses et des vraies gens… pour nous consacrer au bla-bla absurde du monde de l’économie.

Que s’est-il passé durant nos deux mois d’absence ? Des choses importantes ? Pas si l’on en croit les journaux. Les gros titres sont quasiment les mêmes que lorsque nous sommes parti.

La Grande Correction, par exemple, n’a pas disparu. Elle semble plutôt s’intensifier.

Aux Etats-Unis, 11 millions de propriétaires sont encore « sous l’eau ». Chacune de ces maisons est candidate à la saisie… et chacune pèse sur le marché de l’immobilier US, qui chute quasiment sans interruption depuis cinq ans.

Oui, cher lecteur, ce mois-ci marque le cinquième anniversaire de la Grande Correction. Elle a commencé en avril 2007, lorsque le maillon faible — la dette subprime — a cédé. Depuis, l’immobilier américain perd de la valeur. Et avec 11 millions de maisons encore valorisées moins cher que leurs prêts, ce marché baissier pourrait durer encore cinq ans.

Lorsque l’immobilier va mal, il en va de même pour les finances des ménages américains. Sans amélioration de ces finances, il est très peu probable que les ménages augmentent leurs dépenses de manière substantielle. Ce qui laissera l’économie tout aussi boiteuse qu’aujourd’hui… avec le taux de croissance le plus bas de toutes les « reprises » d’après-guerre… et dépendant complètement des injections monétaires des autorités.

▪ Les nouveaux subprime
Cela non plus n’a pas changé. Lorsque nous sommes parti, les autorités essayaient encore de régler une crise de dette en ajoutant plus de dette. Rien n’a bougé. Les autorités américaines continuent de prêter de l’argent qu’elles n’ont pas à des emprunteurs qui ne peuvent pas le rembourser.

Cette fois-ci, ce sont les étudiants, les emprunteurs subprime. Peut-on imaginer une population plus subprime ? Les étudiants n’ont pas d’emploi. Ils n’ont jamais prouvé leur capacité à gagner de l’argent. Leurs antécédents bancaires sont aussi maigres que leurs CV. Pourtant, les autorités ont prêté 1 000 milliards de dollars à ce groupe. Combien de temps avant que ça n’explose ? Pas beaucoup, probablement.

Parallèlement, en Europe, la dette subprime est concentrée au niveau du gouvernement. Les emprunteurs subprime étaient les pays à la périphérie de l’Europe — l’Irlande, le Portugal, la Grèce et l’Espagne — qui auraient bien du mal à rembourser leurs factures une fois les prêts terminés. Lorsque nous sommes parti, la Grèce était en difficulté. Maintenant, c’est l’Espagne.

Il semble que l’Espagne ait pu emprunter de l’argent ce week-end. Mais le coût en est plus élevé ; la dette espagnole rapporte désormais plus de 6%.

A 6%, selon les experts, les pays européens peuvent encore tenir le coup. Mais si la dette passe à 7%, en revanche, les carottes sont cuites !

Nous sommes stupéfait de voir que la dette espagnole n’est pas déjà à 7% ou plus. Ces pays auraient dû faire faillite il y a des années. La seule manière de l’éviter, maintenant, c’est de promettre des choses impossibles. Les baisses de dépenses — des mesures d’austérité — sont solennellement mises au budget. Ces pays réduisent leur PIB, réduisent l’emploi, font passer les partis d’opposition à de nouveaux sommets en matière d’absurdité et de notoriété. Et jamais ils n’atteignent tout à fait leurs objectifs.

Mais grâce aux banques centrales… ils ne font jamais faillite.

Mots clé : - - -

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “De l’Espagne aux étudiants américains, voici les nouveaux subprime”

  1. Ces cascades de dettes monétisées par les Banqes Centrales et qui finissent dans la poche des agents économiques des Etats endettés servent surtout à couvrir l’énorme valeur marginale des richesses naturelles extraites, en permanence et ex-nihilo, à faible coûts mais revendues au prix fort : Pétrole, gaz, métaux rares, pierres et métaux précieux, etc..

  2. […] Cette célèbre sortie du Général de Gaulle, en 1965, est encore d’actualité aujourd’hui… et même plus que jamais, au vu du nombre de cabris qui sautillent du FMI à la BCE. Et nulle part ne sont-ils plus nombreux en ce moment qu’en Espagne, comme le rappelait Bill hier : […]

Laissez un commentaire