Le créditisme s’interdit la faillite

Rédigé le 27 avril 2018 par | Banques Centrales, Dette, Simone Wapler Imprimer

Le créditisme nourrit les zombies mais laisse les contribuables exsangues.

Un lecteur réagissait à ma chronique « Tout le monde se fout de la dette parce que tout le monde vit à crédit » :

« Je vous lis avec grand intérêt, et ayant exercé dans la banque durant 30 ans, je comprends vos analyses. D’autant que banquier de l’ancienne génération, je me référais souvent aux principes de mes anciens, qui achetaient un réfrigérateur quand l’argent, après des mois d’économie, était enfin épargné dans la boite en fer de biscuits Belin.

Toutefois, vous exagérez sur le créditisme (mon correcteur automatique tente de m’imposer le crétinisme !).

En effet, pour rénover et agrandir ma maison, j’ai eu recours à un crédit, lequel effectivement a constitué les dépôts chez les artisans auxquels j’ai fait appel.

Mais le remboursement que je supporte n’est que la contrepartie d’un loyer que j’aurais dû acquitter si aucun financement n’avait été possible. De la même façon, (ce n’est pas mon cas) mais si je rembourse un prêt automobile, cela m’évitera peut-être de dépenser les mois prochains en transport en commun onéreux (en province c’est souvent le cas quand lesdits transports existent).

Vous voyez que nous sommes bien loin des zombies.

Hélas et je vous rejoins pleinement sur cet aspect, les zombies absorbent le crédit.

Aujourd’hui les prêts personnels et immobiliers ne sont plus les produits d’appel des banques de détail, qui préfèrent commercialiser des services (téléphonie, assurance, sécurité…).« 

C’est un point important que soulève ce lecteur. Effectivement le crédit n’est pas mauvais en soi.

Dans ces deux exemples, un loyer est économisé et l’automobile est bien souvent un « outil de travail » pour un bipède éloigné de son employeur ou de son entreprise.

Ce n’est pas l’emprunteur qui est en cause. Le prêt est une institution vieille de plus de 3 000 ans. C’est le fait que l’argent prêté n’existe pas qui fait le créditisme.

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Les banques ne prêtent pas que les dépôts dont les clients s’imaginent à tort que c’est « leur argent ». Je dis bien les dépôts et pas les comptes épargne rémunérés.

Les banques prêtent dans la limite de un à 20 ou 30 (un étant leurs fonds propres). Elles peuvent même prêter à l’infini aux Etats puisque les titres souverains ne demandent pas d’immobilisation de fonds propres selon la législation en vigueur.

Si les grosses banques ont des difficultés parce qu’elles ont imprudemment prêté, les Etats, c’est-à-dire les contribuables, volent à leur secours. Cela est possible car elles ont des dépôts en otage.

Dans ces conditions, sans sanction par la faillite, nul besoin d’être regardant sur la qualité du prêteur.

Inversement, quand c’est l’Etat qui quémande un prêt, comment le refuser à ce même Etat qui a accordé la licence bancaire ?

C’est cela, le créditisme (et finalement, le correcteur orthographique qui propose « crétinisme » n’est pas si idiot…)

C’est ce principe qui fait que l’on prête de l’argent qui n’existe pas encore, que la dette peut grossir sans limites puisque la sanction de la faillite n’existe plus et qu’on fait artificiellement baisser les taux d’intérêt pour faire croire que la dette publique endossée par le contribuable est supportable.

Le créditisme n’a rien à voir avec le capitalisme – qui fonctionne avec de l’épargne, qui prête de l’argent qui existe déjà et qui se régule par la faillite permettant d’éliminer les mauvais projets et de favoriser les bons.

Le créditisme, lui, ne construit pas l’avenir, il le détruit.

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Simone Wapler
Simone Wapler
Rédactrice en Chef de Crise, Or & Opportunités et de La Stratégie de Simone Wapler

Simone Wapler est ingénieur de formation. Elle a travaillé dans le secteur de l’ingénierie aéronautique. Cette double casquette ingénieur/analyste financier est un véritable atout qu’elle met au service des abonnés.

Elle aborde les marchés avec l’œil du professionnel, de l’ingénieur, de l’industriel, et non celui du financier.

Son expertise, notamment dans le secteur des métaux de base et des métaux précieux, lui donne une longueur d’avance, une meilleure compréhension des vrais tenants et aboutissants du marché des ressources naturelles — un marché par ailleurs en pleine expansion, dont Simone Wapler connaît parfaitement tous les rouages, notamment au niveau de l’offre et de la demande.

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2 commentaires pour “Le créditisme s’interdit la faillite”

  1. Toute cette gabegie de crédit aura un bout si les taux d’intérets viennent à remonter ; et c’est précisément ce qui est en train de se produire aux USA et ce qui devrait suivre en Europe avec un décalage dans le temps…….Pour l’instant le système fonctionne bien : l’Etat emprunte des sommes colossales pour satisfaire les profiteurs du système (hauts fonctionnaires,hommes politiques , gros industriels, bref !!!! toutes les sansues qui sucent la bete ) et c ‘est le peuple qui paye la dette……Résultat : toujours plus d’impots à payer et moins de consommation ,au détriment de la croissance ( c’est ce qui se passe en France)…. Cette dette pourrait meme devenir un véritable cauchemar ,en imaginant qu’un jour le pays soit en faillite……Quelles solutions pour résoudre cette équation ??? En vérité je crois qu’il y en a plusieurs :1-Soit ne plus payer la dette : faire défaut !!!!! 2-ou déclencher une super inflation pour balayer les dus !!!! 3-Faire payer les profiteurs ,mais les plus gros ne sont plus en France !!!! 4- Et impérativement dans tous les cas de figure ,supprimer massivement les suceurs et en réduire le nombre ,car ils sont la cause de tous ces tracas ………….

  2. Dans les années 60 et 70 au Québec, nous avions un parti politique minoritaire appelé  » les créditistes « .
    Ceux-ci proposaient à tous les problèmes ceci :  » Nous on va en imprimer de l’argent !  »
    Quels visionnaires ils étaient… Malheureusement pour eux, ils ne furent jamais pris au sérieux.
    En ces temps là, tous décriaient que leur solution simpliste ne faisait aucun sens.
    Étrange comme le temps change les choses, n’est-ce pas ?

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