Les chiens galeux du monde

Rédigé le 28 juillet 2017 par | Bill Bonner, Investissement Imprimer

Vous cherchez une stratégie de père de famille pour investir sur les marchés actions ? Choisissez une fois par an un ou deux des pires « chiens galeux » du monde.

Hier nous étions tombé sur quelque chose de louche. Depuis 2009, les bénéfices par action des entreprises américaines ont augmenté de 265%, soit une hausse spectaculaire. En revanche, les chiffres d’affaires, eux, n’ont augmenté que de 32%.

Comment est-ce possible ? Encore un miracle ? nous demandions-nous…

Lorsque les coûts d’emprunt sont bas, les sociétés préfèrent obtenir des financements en empruntant. Lorsqu’ils sont élevés, elles se reportent sur les fonds propres : elles émettent des actions.

Les coûts de financement par l’emprunt sont plus bas que jamais. Naturellement, les directeurs financiers astucieux ont lourdement emprunté, augmentant la dette des entreprises de plus de 1 000 Mds$ — soit une hausse de 50% — depuis le plus bas de la dernière crise.

Que font-ils de cet argent ?

L’économie progresse à peine. L’Américain moyen n’a pas plus de pouvoir d’achat réel qu’il y a 35 ans. Il est difficile de justifier des investissements en biens et services supplémentaires lorsque vos clients n’ont pas d’argent pour acheter ce que vous produisez.

Alors que faites-vous ?

Vous rachetez vos propres actions et vous les annulez. Cela retire des titres du marché, augmente les bénéfices par action pour les actionnaires restants. Chaque action restante représente alors une part plus importante des bénéfices de l’entreprise.

Depuis 2009, le nombre d’actions en circulation sur le marché a diminué alors que les bénéfices ont augmenté. Selon Real Investment Advice, cela a fait augmenter de 1,60 $ les bénéfices par action de l’entreprise moyenne.

Au lieu d’investir leur argent pour produire davantage et moins cher, les entreprises américaines ont recouru à l’emprunt pour racheter leurs actions aux prix les plus chers de toute l’histoire.

Les dirigeants d’entreprises perçoivent des bonus en stock-options (car les cours des actions grimpent). Mais l’entreprise est plus endettée et flotte sur une marée d’argent facile.

Or les marées montent et descendent. Celle-ci n’y échappera pas. Et lorsqu’elle va descendre, ces acheteurs disparaîtront, avec tous les autres.

Le portefeuille « Dogs of the World »

Alors que doivent faire les investisseurs ?

Là encore, nous sommes incapable de donner un conseil d’investissement. Mais nous pouvons vous dire ce que nous faisons.

Personnellement, pour notre famille, nous avons placé de l’argent sur des actions, de l’or, des liquidités… et de l’immobilier.

Comme nous pensons que nous sommes au bord d’une catastrophe financière – cette bulle du crédit post-1971 éclatera bien un jour – nous conservons la moitié de notre argent en liquidités et en or, plus que nous ne le ferions en temps normal.

En ce qui concerne les actions, nous ne suivons pas assidûment le marché en espérant simplement qu’il grimpera. Nous adoptons plutôt deux stratégies principales.

Premièrement, nous comptons sur notre collègue, Chris Mayer, pour qu’il nous déniche des « situations spéciales », des sociétés que nous souhaitons détenir quelles que soient les tendances à la hausse ou à la baisse à Wall Street.

Deuxièmement, nous suivons également une stratégie basée sur l’approche dite « Dogs of the Dow » [NDR : littéralement, les chiens [galeux] du Dow], élaborée par Michael O’Higgins.

O’Higgins a découvert que l’on peut gagner de l’argent en achetant les actions les moins chères, tout simplement.

Le problème, c’est que les actions sont souvent bon marché pour de bonnes raisons. Les sociétés faibles font faillite. Leurs actions chutent à zéro et ne se relèvent jamais. Or cela ne se produit presque jamais avec des marchés actions tout entiers.

C’est pourquoi nous avons modifié l’approche d’O’Higgins. Au lieu d’acheter les actions les moins chères du Dow, nous achetons les actions des places boursières les moins chères dans le monde.

Il s’agit de notre portefeuille de type « Dogs of the World » [NDR : littéralement, les chiens [galeux] du monde].

Des chiens américains trop bichonnés

La semaine dernière, nous avons indiqué que le marché actions américain est désormais le plus cher du monde, selon toutes sortes de systèmes d’évaluation éprouvés.

En ce moment, cela fait des Etats-Unis le pays où le marché est le moins attrayant.

Dans notre portefeuille de type « Dogs of the World« , nous recherchons les marchés actions les moins chers du monde et nous l’actualisons chaque année. Nous faisons un choix, une fois par an. C’est facile.

Bien entendu, cela ne convient pas aux gens qui vérifient les performances de leur portefeuille chaque jour… ou même chaque mois.

Par exemple, la Turquie et la Corée du Sud font partie des pays dont les marchés actions sont les moins chers à l’heure actuelle.

La Turquie est bon marché car son gouvernement vient juste d’échapper de justesse à un coup d’Etat au cours duquel l’armée a tenté d’abattre l’avion présidentiel.

La Corée du Sud est bon marché car la Corée du Nord oriente ses missiles dans sa direction.

Peut-être que ce seront de bons investissements. Ou peut-être pas.

Mais à notre connaissance, ce sont des paris plus sûrs que ces chiens trop bichonnés en Amérique du Nord.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

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