Le bitcoin est-il vraiment une « escroquerie » ?

Rédigé le 20 septembre 2017 par | Bitcoin et autres cryptomonnaies, Crypto Monnaies, Guerre des monnaies, Investissement, Richesse Imprimer

Jamie Dimon, patron de la JP Morgan, a récemment fait une sortie remarquée dans la presse en qualifiant le bitcoin d’escroquerie.

Jamie Dimon, patron de la JP Morgan, a récemment fait une sortie remarquée dans la presse en qualifiant le bitcoin d’escroquerie et en lançant, au passage, un avertissement à ses employés. Il a en effet affirmé qu’il licencierait à la seconde tout salarié qui s’aventurerait à trader des bitcoins. « C’est contre nos règles et c’est stupide. Or ces deux choses sont dangereuses ».

Il affirme que « on ne peut pas avoir un business où quelques personnes créent une monnaie à partir de rien et penser que ceux qui l’achètent sont intelligents ».

Argument étrange quand on sait que cette description est valable pour la monnaie officielle des Etats-Unis qu’est le dollar. Qu’est-ce que la Réserve fédérale, sinon une institution chargée de créer des dollars d’un coup de baguette magique, c’est-à-dire « à partir de rien » ?

Depuis l’abandon de l’étalon-or, les monnaies officielles ne sont plus ancrées à une marchandise rare comme les métaux précieux. Deux poids, deux mesures ? Comment expliquer cette prise de position ? Notons que monsieur Dimon n’en est pas à sa première sortie, comme l’illustre ce petit graphique qui, pour l’instant, nous conduit à être sceptique quant aux capacités prévisionnelles du patron de la JP Morgan à l’égard des cryptomonnaies.

Citations célèbres de Jamie-tout-faux Dimon

Première hypothèse : le patron de la JP Morgan ne comprend pas ce qui fait la valeur d’un actif (hypothèse inquiétante pour un banquier de sa trempe). Il est vrai que le bitcoin est créé « à partir de rien ». Mais cet aspect de la cryptomonnaie ne préjuge pas de sa valeur.

Rareté et utilité forgent la valeur de marché de tout actif

Comme tout actif, le bitcoin tire sa valeur du marché en fonction de sa rareté et de l’utilité qu’en tirent ses adeptes. La rareté est garantie par le code source inscrit dans le protocole bitcoin. Chacun sait que la quantité maximale de bitcoins ne pourra dépasser 21 millions d’unités. La règle est publique. Les investisseurs savent qu’ils ne seront jamais dupés par des dérives inflationnistes.

Quant à l’utilité, elle est évidemment subjective. Mais l’existence d’une communauté bitcoin atteste que de nombreux individus estiment que la détention de cet actif est profitable. Les détenteurs du bitcoin accordent généralement une attention particulière à son aspect décentralisé, le caractère infalsifiable du registre qui sert à valider les transactions (blockchain) et la taille du réseau qui ne cesse de grandir. Aussi longtemps que cet actif sera soutenu par une large communauté, il continuera à jouir d’un certain degré de liquidité et constituera un moyen d’échange tout à fait respectable.

Bien sûr, le bitcoin n’est pas parfait et sa capacité à s’imposer à une très grande échelle est régulièrement débattue. Mais les arguments soulevés par Dimon pour discréditer le bitcoin n’apportent strictement rien d’intelligent au débat. [NDLR : Mieux qu’un billet de Loto ou de jeu de hasard, si vous avez un billet de 20 €, découvrez comment vous pourriez le transformer en 2,18 M€ en appliquant cette stratégie aux cryptomonnaies. Cliquez ici pour en savoir plus.]

Les rentiers du système monétaire actuel ont peur pour leur privilège

Il existe cependant une deuxième hypothèse plus probable pour expliquer les propos de Jamie Dimon. Le patron de JP Morgan redoute sans doute les cryptomonnaies dans la mesure où elles concurrencent un système monétaire dont il est le rentier. Comme de nombreuses cryptomonnaies, le bitcoin constitue un avertissement pour les gouvernements et les banques centrales. Les banques privées qui profitent des largesses des Etats et des autorités monétaires ont donc intérêt à adopter une posture défensive vis-à-vis de la main qui les nourrit.

JP Morgan, comme de nombreuses banques, profite régulièrement de l’interventionnisme budgétaire et monétaire de l’Etat fédéral américain. Les banques sont généralement attachées au rôle de prêteur en dernier ressort accordé aux autorités car il leur permet de s’affranchir de la discipline de marché. Chacun sait que ce rôle de prêteur en dernier ressort s’appuie en partie sur la confiance accordée au monopole monétaire des Etats. Or c’est précisément ce monopole que les cryptomonnaies remettent en cause. Leur succès est proportionnel à la défiance envers les émetteurs traditionnels.

Il est donc normal que les rentiers du système monétaire montent au créneau pour défendre leurs privilèges. Les déclarations agressives contre la concurrence des cryptomonnaies sont dans ces conditions tout à fait rationnelles. Pour les partisans des cryptomonnaies, le mieux à faire est de les ignorer.

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Ferghane Azihari
Ferghane Azihari
Coordinateur pour Students for Liberty

Ferghane Azihari est journaliste et analyste indépendant spécialisé dans les politiques publiques. Membre du réseau European students for Liberty et Young Voices, il collabore régulièrement avec divers médias et think tanks libéraux français et américains pour promouvoir une culture favorable à l’économie du marché. Ses centres d’intérêt portent plus précisément sur les politiques publiques européennes et nationales qui touchent au commerce et à la concurrence.

8 commentaires pour “Le bitcoin est-il vraiment une « escroquerie » ?”

  1. Ce monsieur de si haute distinction ne fait que suivre la politique de la JP Morgan à l’origine de la crise des subprimes ou valeurs pourries en utilisant les algorithmes des assurances pour des malversations bancaires et vice et versa, car à l’heure actuelle quelle différence entre les fonds de pensions et les banques spéculatives à effet levier 200.0? Aucune . Ceci expliquant cela. Alors être ridicule face au monde entier, c’est … peanuts!

  2. parallèlement à son discours il semblerais que la jp-morgan est investie plusieurs millions d’euros dans les bitcoins …..

  3. Ce qui est amusant c’est que cette déclaration a été faite exactement au bon moment pour causer une rupture du niveau de support à 4000$ et ainsi faire en sorte que les traders amplifient le mouvement. Par la suite JPM a acheté massivement sur le niveau de support suivant à 3000$…

  4. Le bitcoin sera-t-il « manipulé » comme l’or ?

  5. Amora : la crise des subprimes était la conséquence des politiques du gouvernement et de la FED, par ailleurs l’effet de levier de la JPM est inférieur à 10.

  6. sébastien Maurice, je parlais de la version levier 200.0 comme on parle de l’agriculture 4.0. Simplement pour relever son exagération, que cela soit 10, 20, 30, 40 ou 1,5 n’est pas important. Quant aux causes des subprimes revoyez le rôle dès les années 90 de la JP Morgan via sa banquière si discrète Blythe Masters. A preuve du contraire la FED comme la BCE sont bel et bien des clubs privés de banquiers qui disent aux gouvernements ce qu’ils doivent faire et non des institutions fédérales moralisatrices sur la stabilité monétaire.

  7. On peut raisonnablement penser que certains proches de Jaimie (ou meme ses traders) avaient shorté le bitcoin AVANT sa sortie médiatique.Il a donc gagné a la baisse puis sur la hausse de rattrapage.Pile je gagne,face je gagne!C’est presque trop facile pour Jaimie tellement les gens sont cupides et crédules.Idem pour l’or qui fluctue entre 1150 et 1350 dollars en toute régularité

  8. Sauf que l’or « fluctue » entre 200 $ (en 2000) et 1 300 $
    La régularité est très court terme…

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