Le baratin de la Team Trump à propos du commerce

Rédigé le 25 juillet 2017 par | Bill Bonner, Liberalisme Imprimer

Les taxes douanières sont conçues pour détruire les avantages comparatifs. Elles imposent des accords gagnant-perdant et freinent la croissance.

La Team Trump a accueilli son tout dernier membre le week-end dernier.

Désormais, la communication sera contrôlée par Anthony Scaramucci, alias « The Mooch », un ancien de Goldman Sachs.

Les membres du Deep State issus de Goldman Sachs, et qui dominent le gouvernement, sont donc au nombre de cinq désormais : Gary Cohn, Steven Mnuchin, Dina Powell, Steve Bannon, et maintenant, ce nouveau spécimen, Scaramucci.

Lloyd Blankfein, le PDG de Goldman, n’est pas employé par le gouvernement, mais il est tout à fait conscient du « bien que peut faire ce gouvernement »,

Selon le Financial Times, Blankfein s’en sort très bien depuis que Trump a remporté la Maison Blanche. Sa richesse a augmenté de plus de 150 M$.

Les gens les plus riches du monde

Si Blankfein venait à Lausanne, probablement qu’il y resterait.

A l’hôtel-palace le Beau-Rivage, sur les rives du Lac Léman, nous voyons certaines personnes comptant parmi les plus riches du monde.

Vue du Lac Léman depuis l'hôtel où séjourne Bill, en Suisse.

Vue du Lac Léman depuis l’hôtel où séjourne Bill, en Suisse.

Un cheik arabe est arrivé hier, alors que nous attendions un taxi. Elizabeth a décrit la scène :

« La première personne qui est sortie était une domestique, tenant une béquille, puis une énorme cheville est sortie de la voiture. Deux femmes drapées de noir sont alors apparues et ce qui devait être l’épouse s’est extirpée du van. Lentement, elle est entrée dans l’hôtel, digne, replète, de petite taille, et drapée dans des voiles noirs transparents, telle la reine Victoria en deuil.

« Du van suivant est sorti le cheik, portant une veste de base-ball en soie verte (la couleur de son écurie ?) au-dessus de sa djellaba blanche, suivi d’une femme corpulente et de deux splendides jeunes femmes, chacune tenant un enfant par la main : l’une un garçon et l’autre une fille. La plus jeune affichait l’expression de bonheur et d’enthousiasme de ceux qui vont s’adonner au shopping. La plus âgée devait espérer un après-midi tranquille, à regarder ses séries préférées et à tricoter. Derrière, les domestiques philippins fermaient la marche, transportant des bagages Louis Vuitton. »

Ce groupe – sans les domestiques – est assis en face de nous, au petit-déjeuner.

Quelqu’un devrait réaliser une étude sociologique des clients du Beau-Rivage. Ils viennent du monde entier, et tous ont une histoire… qui se termine bien. Du moins pour eux. Ces gens représentent 1% des 1% les plus riches.

« Pourquoi sommes-nous ici ? », avons-nous demandé à Elizabeth, qui s’est occupée des réservations. Elle a répondu qu’elle avait bénéficié d’une « offre spéciale ». Lorsque je lui ai demandé combien cela avait coûté, elle m’a répondu, toujours prévenante : « je ne crois pas que je devrais te le dire. Cela ne fera que te déprimer, et tu n’en profiteras pas ».

L’une des bonnes choses, lorsqu’on est riche, c’est que cela permet d’observer les gens riches. Qui sont-ils ? Comment ont-ils gagné leur argent ? vous demandez-vous.

Il n’existe que deux possibilités…

Les accords gagnant-perdant via lesquels, dans le langage de Wall Street, « vous plumez quelqu’un ». Ou les accords gagnant-gagnant : des échanges volontaires d’où tout le monde sort gagnant.

Une famille japonaise était assise à une table avec trois jeunes enfants. A une autre table, apparemment, c’était un groupe de banquiers : minces, bien habillés, bien élevés. Dans un coin, au fond, se tenaient les oligarques.

Les Russes sont repérables à un kilomètre. Les hommes – grands, costauds, rudes – ressemblent à des gens qui pourraient bien vous déchirer. Les femmes ont toujours une expression caractéristique, comme si elles avaient été maltraitées toutes leur vie et qu’elles en avaient assez.

Notre arrivée, samedi, était de mauvais augure.

Contrairement au groupe venu des champs de pétrole, en ce qui nous concerne, le voiturier a dû penser que nous nous étions trompés d’endroit.

Notre voiture a passé tout l’an dernier au garage. Elle a 15 ans et, apparemment, le garagiste ne parvient pas à trouver les bons composants électroniques pour la réparer.

Nous avons donc traversé la France dans un van à chevaux. Lorsque nous sommes arrivés au Beau-Rivage, le voiturier ne savait pas quoi penser.

« Oui, nous avons réservé », avons-nous insisté. « Nous réservons toujours, lorsque nous venons dans ce genre d’endroit. Mais nous allons quand même séjourner ici. Ah ! Ah ! Non, nous ne sommes pas venus réparer la plomberie. »

L’avantage comparatif

Mais poursuivons la semaine là où nous en sommes restés hier, c’est-à-dire aux thématiques de la richesse, du futur et du directeur du Conseil au commerce de la Maison-Blanche, Peter Navarro.

Bon nombre de diplômés de Harvard, évidemment, ne connaissent rien aux vins français. Bon nombre d’entre eux ne parviendraient pas à décliner un verbe en latin, même si leur vie en dépendait.

D’autres encore n’ont aucune idée de ce dont Heisenberg était si incertain et des raisons pour lesquelles Wittgenstein a décidé que le silence était parfois nécessaire.

Mais il est rare de voir le titulaire d’un doctorat en économie obtenu à Harvard, révéler qu’il s’y connait si peu… en économie.

Vous vous posez des questions sur son patron, également.

La théorie de l’avantage comparatif a vu le jour au XIXe siècle. Adam Smith, David Ricardo et d’autres ont remarqué que la culture des dattes et des fruits secs était plus productive en Algérie que dans la région de l’East Anglia, tandis que les usines britanniques pouvaient produire des tissus plus vite et moins cher que pratiquement tout le reste du monde.

Le monde serait plus riche si chaque producteur réalisait ce qu’il faisait le mieux… et l’échangeait contre ce que d’autres faisaient le mieux. Gagnant-gagnant.

Autrement dit, s’il nous faut 100 heures pour faire quelque chose que quelqu’un d’autre ferait en 50, alors on gagne presque toujours à passer ces 100 heures à faire quelque chose d’autre.

Peu importe qu’il s’agisse de commerce international ou local, le principe est le même : les gens s’enrichissent à mesure que les accords gagnant-gagnant se développent. Et tout confondu, les gens ne se sont jamais enrichis aussi vite qu’au cours de ces 50 dernières années.

Voici ce qui dit Matt Ridley, auteur scientifique :

« Au cours de ce demi-siècle, nous sommes passés de 75% de la population mondiale vivant dans une extrême pauvreté à 9% seulement. Nous avons augmenté la productivité humaine de 3 000% environ.

Personne ne semble le savoir. Le regretté Hans Rosling a effectué un sondage où il demandait si la proportion des gens vivant dans une extrême pauvreté avait doublé, ou bien s’était réduite de moitié, ou bien était restée la même au cours de ces 20 dernières années. Seules 5% des personnes sondées pensaient qu’elle avait été réduite de moitié, ce qui est la bonne réponse. »

Pourquoi ce progrès si spectaculaire ?

L’avantage comparatif. Et le concept gagnant-gagnant. En coopérant avec les autres partout dans le monde, les gens sont capables de réaliser des choses qu’une personne seule ne saurait même pas faire.

Le cuivre du Chili, l’étain d’Indonésie, l’acier de la Corée du Sud, les composants électroniques du Japon, le caoutchouc du Vietnam, les plastiques chinois : réunissez tout cela et vous obtenez un lave-vaisselle !

Des idées extrêmes

A notre connaissance, les principes de l’avantage comparatif, ainsi que la notion de « gagnant-gagnant », n’ont jamais été sérieusement remis en question.

Mais Navarro ne semble pas y croire. Voici ce qu’il écrit :

« En réduisant le déficit commercial grâce à des négociations rudes et intelligentes, on peut augmenter les exportations nettes et doper le taux de croissance économique. »

Et comment cela fonctionne-t-il, déjà ? Comment fait-on, exactement ? Et que se passe-t-il ?

Voici ce qui est paru sur Politico, qui actualise la carrière de M. Navarro à Washington :

« Peter Navarro, l’un des principaux conseillers au commerce, à la Maison Blanche, est largement considéré dans toute l’Aile Ouest [de la Maison Blanche] et au Capitole, comme un personnage susceptible et possédant des idées politiques extrêmes.

Mais il est néanmoins apparu comme une force d’influence, à la Maison Blanche, qui séduit les pulsions protectionnistes du président Donald Trump. […] Récemment, Navarro a remporté plusieurs succès en matière de politique. Fin avril, le gouvernement a annoncé qu’il prévoyait d’instaurer des droits de douane sur les bois de résineux importés du Canada. Les Etats-Unis et le Canada se battent depuis des années au sujet de ces bois de résineux, et la décision de Trump d’infliger ces taxes  au Canada a exaspéré les dirigeants du pays. Navarro a refusé de parler du rôle qu’il aurait joué dans ce dossier. »

Pete, pourriez-vous examiner les arguments pour l’avantage comparatif une fois encore… ?

Vous imposez vos accords gagnant-perdant : les tarifs douaniers sur le bois de construction, les prix des logements qui augmentent. Les ménages se font avoir car ils payent plus cher pour avoir un toit au-dessus de leur tête. Et puis il leur reste moins d’argent à dépenser sur d’autres choses.

Quelques compères intervenant dans le secteur du bois de construction empochent quelques billets. Quelques bûcherons sur le sol des Etats-Unis vont peut-être – ou peut-être pas – obtenir une augmentation de salaire. [NDLR : Vous souhaitez investir dans un actif tangible au rendement robuste ? Avez-vous pensé au foncier forestier et au bois ? Découvrez comment diversifier votre patrimoine, investir efficacement et gérer votre investissement dans notre Rapport Spécial « Enracinez votre patrimoine« .]

Globalement, le bois de construction va coûter plus cher… et réduire ainsi le rendement par dollar [investi]… et réduire ainsi la croissance économique réelle.

La loi de l’avantage comparatif nous dit que nous nous en sortirons moins bien, et non que nous nous en sortirons mieux.

Et qu’est-ce que ce discours concernant l’intelligence et la dureté ? Qu’est-ce qui vous fait croire que vous êtes plus dur ou plus intelligent que les Canadiens ?

« Qu’est-ce que cela peut me faire, que vous soyez dur et intelligent ? » demande l’importateur. « Il ne s’agit pas de vous. Il s’agit de bois de construction ».

M. Navarro rêve de contrôler le commerce de l’Amérique.

Au lieu d’étudier soigneusement les accords gagnant-gagnant qui enrichissent le monde, il veut imposer ses propres accords gagnant-perdant bidon… et être un frein.

Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

Un commentaire pour “Le baratin de la Team Trump à propos du commerce”

  1. Bonjour,

    Je vois pas ce qui dérange les autorités US dans la situation actuelle du commerce mondial.

    Les américains achètent des marchandises à un prix plus bas (des Iphones construis aux US couteraient plus chers) qu’ils paient avec de la monnaie de singe, qu’il ne tient qu’à eux d’imprimer.
    Et cerise sur le gâteau, leurs fournisseurs acceptent sans broncher ces faux billets.

    Pas sûre qu’ils puissent écouler leur fausse monnaie en changeant les règles.
    Je demande à voir.

    Djamel.

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