Les actions sont en haut d’une pente savonneuse

Rédigé le 27 janvier 2017 par | Banques Centrales, Bill Bonner Imprimer

Que dites-vous de ça ?

Le Dow a dépassé la barre des 20 000 points.

Il pourrait aller encore plus haut. Ou plus bas. Nous ne savons pas trop : peut-être bien les deux. Mais nous pensons qu’il ne restera pas là où il est bien longtemps.

C’est trop inconfortable. C’est comme être en équilibre tout en haut d’une pente savonneuse.

Et en plus, le vent se lève.

« Je pense qu’il y aura une… expansion pendant un moment », indique Robert Shiller, de l’Université de Yale.

Les cours des actions américaines semblent élevés, admet-il, « mais ils ne sont pas si élevés que ça. En 2000, le ratio cours sur bénéfice du S&P 500, [qui prend en compte la moyenne des bénéfices sur les 10 dernières années par rapport aux cours des actions] dépassait 45, et cela pourrait se produire à nouveau ».

Aujourd’hui, le ratio est d’environ 25. Au cours de ces 130 dernières années, il n’a été plus élevé qu’à trois reprises : en 1929, en 1999 et en 2007. Et à chaque fois, cela a précédé un krach boursier majeur.

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Rappelez-vous, également, que la Fed travaille encore pour les investisseurs.

Les relèvements des taux à court terme qu’elle prévoit sont insignifiants : un quart de point de pourcentage par trimestre, seulement. [NDLR : Envie de rester actif sur les marchés financiers ? Recevez tous les jours gratuitement pendant deux semaines la meilleure idée de notre trader. Il vous suffit de cliquer ici.]

La Fed n’ose pas relever les taux plus vite, au cas où on la soupçonnerait de miner le terrain du nouveau leader de tous les Américains (dont nous ne mentionnerons même pas le nom, de peur d’enflammer les passions déjà attisées au sein de notre cher lectorat).

The Wall Street Journal nous indique qu’une étude réalisée auprès des banques centrales a révélé que 80% d’entre elles ont l’intention d’acheter davantage d’actions.

Les actions vous semblent peut-être surévaluées. Mais si vous aviez la possibilité d’imprimer autant d’argent que vous le voulez, le cours importerait peu.

D’un autre côté…

« Les plans budgétaires ouvrent la voie à une bataille au sein des conservateurs », clamait hier un gros titre du Wall Street Journal.

Les républicains contrôlent peut-être le Congrès, mais qui contrôle les républicains ?

Nous allons le découvrir. Si cette personne dont nous ne pouvons citer le nom peut les intimider, les soudoyer et les brusquer pour qu’ils se rangent derrière lui, alors ce sera là un accomplissement majeur.

Si les mesures d’allègement fiscal et d’augmentation des dépenses sont prises rapidement, les esprits animaux devraient garder le moral.

Comme le souligne Shiller, il y a encore de la marge pour une hausse, mais la pente est savonneuse. Beaucoup de choses pourraient mal tourner.

Si le Congrès et la Maison Blanche s’empêtrent dans une rixe budgétaire, par exemple… et que les allègements fiscaux et les dépenses d’infrastructure ne se concrétisent pas… les actions pourraient s’effondrer.

« Une fois que les choses auront mal tourné, je crains que cela n’aille très mal pour les marchés », poursuit Shiller dans le Telegraph, à Londres.

« Ce qu’il s’est produit après 1929 est édifiant. Les comportements américains ont changé brutalement ».

Nous sommes si fasciné par le phénomène [nom volontairement omis] que nous avons à peine pensé au marché actions.

Alors le moment est probablement propice à un retour aux fondamentaux.

Personne ne peut vous dire vers où les actions vont s’orienter, mais seulement vers où elles devraient s’orienter.

La valeur des entreprises américaines devrait augmenter ou baisser au rythme de l’économie réelle.

Si cette personne dont nous ne pouvons parler restituait sa grandeur à l’Amérique – en faisant revenir les taux de croissance économique à leurs niveaux des années 1950 et 1960, lorsque les performances économiques étaient réellement bonnes – la valeur des actions devrait augmenter. (Sauf, bien entendu, si les actions étaient surévaluées au départ).

« Le véritable problème commercial de [qui vous savez], c’est l’Argent » clame un autre gros titre du Wall Street Journal. Nous avons été stupéfait : c’est la première fois que nous voyons un tel aveu dans la presse grand public.

C’est l’argent falsifié qui crée nos déséquilibres commerciaux, et non les Chinois ou les Mexicains, ou les mauvais accords commerciaux, ou l’absence de restrictions commerciales.

Les Etats-Unis peuvent imprimer tout l’argent qu’ils veulent, pour régler leurs importations. Elles n’auront jamais à être réglées en or.

Et nous sommes heureux de constater que John D. Mueller, du Centre d’Ethique et de Politique Publique [NDR : aux Etats-Unis] l’a enfin dit :

« Les politiques économiques et commerciales de M. [le type qu’a – hélas — épousé Melania] sont vouées à l’échec, à moins qu’il ne trouve une solution au dilemme suivant : l’incompatibilité inhérente — dans un pays détenteur d’une monnaie de réserve – entre la politique nationale et l’ordre monétaire international.« 

Nous ne savons pas de qui parle M. Mueller, non plus. Mais nous pensons qu’il est d’accord avec nous. Il poursuit ainsi :

« Un étalon-or empêche de financer les déficits budgétaires via le système monétaire.« 

C’est tout l’intérêt : l’argent réel (l’or) représente des ressources réelles, qui sont toujours limitées.

Pressés comme des citrons

L’argent réel impose une limite à ce que l’Etat et ses compères peuvent se permettre impunément, notamment les déficits commerciaux, les guerres bidon, les programmes pour zombies, les ententes entre compères, et les sinécures du Deep State.

M. « T » (un truc qui rime avec « chump » [NDR : idiot, en anglais]) n’est pas alchimiste. Alors, s’il était soumis à un étalon-or, cela limiterait les volumes d’argent dont il pourrait disposer.

Il ne pourrait dépenser que le jus pressé auprès de sa population de citrons. Et s’il pressait trop fort – en augmentant les impôts – les citrons pourraient se révolter.

Ce problème a été réglé, finalement, en 1971, lorsque le président Nixon a mis fin à la convertibilité en or des dollars.

Depuis, l’argent falsifié – non adossé à l’or – se déchaîne.

Les initiés disposent d’un accès privilégié à cet argent. L’Etat et Wall Street l’empruntent à des taux deux fois plus bas que ceux que vous payez pour vos emprunts immobiliers.

Ils sont de plus en plus riches… et les citrons ne comprennent pas ce qui leur est arrivé.

Mais n’entrons pas dans les détails. Qu’est-ce qui confère sa grandeur à l’économie ?

Nous avons élaboré une méthode toute simple pour analyser cela. Ensuite vous pourrez jugez par vous-même si vous pensez qu’un certain type du Queens, style Barnum… et ses politiques de « l’Amérique d’abord »… feront l’affaire.

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Bill Bonner
Bill Bonner
Fondateur de AGORA

Né en 1948, Bill Bonner est le fondateur d’AGORA, le plus large réseau d’entreprises indépendantes de presse spécialisée au monde.

En 1978, depuis sa ville natale, Baltimore (Maryland, Etats-Unis), Bill Bonner a voulu développer un « marché » (« Agora » en grec) des idées. Pas de l’information homogénéisée telle que les médias grand public relayent sur nos écrans et journaux, mais une source d’idées diverses avec des opinions et des avis originaux, alternatifs et surtout utiles. Bill a à cœur d’aider les lecteurs à mieux comprendre le monde dans lequel ils vivent, et à agir en conséquence. Que ce soit en matière de géopolitique, de macro-économie ou tout simplement dans le domaine de l’épargne, Bill incite ses lecteurs à cultiver un esprit vif et anticonformiste.

« Parfois nous avons raison, parfois nous avons tort, mais nous sommes toujours dans le questionnement », telle est la devise de Bill.

Bill a également co-écrit des livres qui ont tous figuré dans la liste des best-sellers du New York Times et du Wall Street Journal : L’inéluctable faillite de l’économie américaine (2004), L’Empire des dettes. À l’aube d’une crise économique épique (2006) et Le Nouvel Empire des dettes. Grandeur et décadence d’une bulle financière épique (2010).

Dans son dernier livre, Hormegeddon, quand trop de bien nuit (2015), paru aux Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com), Bill décrit ce qu’il advient lorsque l’on abuse d’une bonne chose dans les sphères de la politique, de l’économie et des affaires. En bref, trop de bien conduit au désastre.

Vous pouvez retrouver les notes de Bill au quotidien dans La Chronique Agora.

2 commentaires pour “Les actions sont en haut d’une pente savonneuse”

  1. Bonjour,

    Le DJ à 20000 +, et alors… tel est le titre d’un article paru dans le journal « Le Monde ».
    A un moment donné , celui-ci a fait une mention dut fait de l’impact de l’inflation.

    Pourriez-vous (sans remonter forcément à 1954 ; bien que ce soit intéressant dans cet exercice) faire une étude sur le pouvoir d’achat réel – corrigé de l’inflation réelle donc – d’un patrimoine constitué des valeurs du DJ à travers le temps (au moins une vingtaine d’année)

    Bien Cordialement

  2. M. Bonner:
    Je vous cite encore:
    « Si le Congrès et la Maison Blanche s’empêtrent dans une rixe budgétaire, par exemple… et que les allègements fiscaux et les dépenses d’infrastructure ne se concrétisent pas… les actions pourraient s’effondrer. »

    Sur le plan technique financière vous avez indubitablement raison.Mais sur le plan technique politique, pourquoi le parti républicain qui contrôle le Congrès irait-il contrarier un Président fraîchement élu, censé être de son parti ? Ne pensez-vous pas que les électeurs seraient alors désorientés, voire en colère contre ce Parti ? Et puis que ce Président pourrait provoquer des élections anticipées demandant au pays de trancher, en sa faveur, et de lui donner une majorité claire pour réaliser le programme qu’il préconise ?
    Le peuple n’a-t-il pas voté pour que l’Amérique soit une Grande Nation ?
    Enfin, s’il n’existe ni solution financière, ni solution politique dois-je comprendre qu’il n’y a plus qu’à se terrer dans un bunker ? Et après la catastrophe prévue, que deviendront nos actions et que restera-t-il à acheter avec l’or thésaurisé dans le chaos qui s’ensuivra ?

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