Alors que Grand Frais affiche une croissance et une rentabilité élevées grâce à un modèle fondé sur la qualité et la concurrence, Aéroports de Paris subit les conséquences d’un monopole fortement régulé. Deux trajectoires opposées qui interrogent le rôle de la concurrence dans la baisse des coûts et l’amélioration de l’offre pour les consommateurs.
Le fonds d’investissement américain Apollo rachète 70 % des parts de Prosol, principal opérateur de la chaîne de supermarchés Grand Frais.
Le succès de l’enseigne, du point de vue de la rentabilité et de la croissance, vient de la qualité des produits et de la gestion des magasins. L’optimisation des opérations provient en partie de la division des activités par filiales. Un trio de partenaires gère des sections des supermarchés en parallèle.
La répartition de la gestion des magasins entre partenaires permet de réduire le besoin en effectifs d’une maison-mère. Elle permet aussi une plus grande focalisation et une spécialisation par types de produits.
Un modèle efficace et rentable
Avec un chiffre d’affaires de plus de 4 milliards d’euros qui a doublé en cinq ans, et un résultat d’exploitation de 10 %, Grand Frais a bâti un modèle redoutablement efficace en un peu plus de trente ans.
Son succès repose d’abord sur une proposition simple : la qualité avant le volume. Comme l’a montré Le Figaro dans une enquête publiée en juillet 2025, l’enseigne a fait le choix inverse de la grande distribution classique, en acceptant la rupture de stock. Elle mise donc sur l’ultra-frais et la qualité des produits, tout en limitant les pertes.
Les magasins Grand Frais génèrent davantage de marge que la concurrence grâce à leur spécialisation dans l’alimentaire. Ils réalisent moins de ventes en volume, mais disposent de plus de ressources pour optimiser la gestion des produits et ajuster l’offre à la demande des consommateurs.
L’un des autres piliers du modèle Grand Frais est le refus de la course à la superficie. Un magasin de l’enseigne affiche en moyenne 1 000 m², contre près de 9 000 m² pour un hypermarché Carrefour, selon les chiffres d’Olivier Dauvers.
Ce format volontairement resserré se traduit par un rendement impressionnant. Dans son étude annuelle sur le rendement commercial des enseignes, l’expert classe Grand Frais très largement en tête au niveau national, avec 11 700 euros de ventes annuelles par mètre carré. L’enseigne devance ainsi Leclerc, Hyper U, Lidl ou encore Intermarché.
Le communiqué du fonds Apollo, au sujet de l’acquisition de parts, donne plus de détails sur le fonctionnement de l’entreprise :
« Prosol gère 450 magasins répartis dans toute la France, sous deux enseignes principales : Grand Frais, qui propose fruits, légumes, produits laitiers et poisson, et Fresh, qui vend également de la viande. En faisant appel à un réseau de plus de 2 300 partenaires afin de proposer des produits de qualité premium et de créer la meilleure expérience client possible en magasin, Prosol a réussi à établir une position dominante auprès des consommateurs, en particulier grâce aux retours très positifs des clients de Grand Frais. »
Le partenaire directeur pour les acquisitions d’Apollo en Europe explique que Prosol est le meneur de sa catégorie dans la vente de produits alimentaires frais, grâce à une proposition de grande valeur pour les consommateurs et à un modèle de fourniture exceptionnel. Sous la direction de Jean-Paul Mochet, l’entreprise a généré une croissance élevée hors acquisitions sur une longue période, tout en offrant des produits de qualité, un large choix et des prix attractifs. Apollo entend soutenir les projets de croissance en France et à l’étranger, tout en conservant l’identité distincte de l’enseigne.
Le succès de Grand Frais au fil des années montre les résultats de la création d’une offre de produits de valeur pour les consommateurs. La croissance et les bénéfices apportent la preuve de la valeur des magasins pour les clients et offrent ainsi un potentiel de croissance supplémentaire, selon les investisseurs d’Apollo.
Le succès de Grand Frais montre également les avantages de la concurrence pour les consommateurs, en créant une incitation à l’innovation et à l’amélioration de l’offre de produits.
Dans de nombreux secteurs, le gouvernement crée des entraves à l’émergence de la concurrence, puis multiplie les régulations, au prétexte du pouvoir d’achat.
ADP : des régulations contre la rentabilité
A l’inverse du cas Grand Frais, le groupe Aéroports de Paris bénéficie d’un monopole sur les principaux aéroports à proximité de la capitale, Charles-de-Gaulle et Orly. Les revenus issus des tarifs aéroportuaires, des billets d’avion et des lignes aériennes représentent environ un tiers des revenus d’ADP.
Le gouvernement crée ainsi des rentes pour ADP en interdisant la concurrence, tout en bloquant dans le même temps les hausses de tarifs au nom du pouvoir d’achat des voyageurs. Cette contradiction pèse sur la rentabilité du groupe : l’action d’ADP a ainsi chuté de 13 % à la mi-décembre, après le rejet des hausses de tarifs par le gouvernement.

L’impact des décisions réglementaires sur ADP
Des analystes chez UBS expliquent :
« Bien que les implications sur les estimations pour 2026 soient marginales, nous considérons cette décision comme clairement négative, car elle laisse planer une incertitude sur l’évolution à moyen terme des tarifs et des bénéfices à Paris. »
Les activités d’ADP comprennent également des contrats de gestion d’aéroports en Turquie, au Moyen-Orient, en Inde et dans d’autres régions du monde.
Selon les chiffres du dernier trimestre, les aéroports parisiens représentent 28 % des passagers accueillis par le groupe. En revanche, les aéroports situés en dehors de Paris génèrent moins de revenus par passager, en raison du profil des voyageurs et du partage des bénéfices avec des partenaires locaux ou avec les gouvernements étrangers.
Une structure de revenus dépendante du monopole parisien
Environ un tiers des revenus de l’entreprise provient des tarifs facturés aux voyageurs et aux compagnies aériennes pour l’utilisation des aéroports de Paris. A cela s’ajoute un montant équivalent issu des ventes dans les terminaux parisiens, en particulier le duty-free. Enfin, près d’un tiers des revenus est généré par les opérations internationales du groupe.
Le monopole d’ADP sur les deux principaux aéroports parisiens constitue le fondement de la régulation des frais d’utilisation imposée aux voyageurs et aux compagnies aériennes. Le gouvernement bloque en principe les hausses de tarifs au nom du pouvoir d’achat.
Cependant, cette opposition aux hausses de tarifs entraîne également une perte de revenus disponibles pour l’investissement, notamment pour l’amélioration des infrastructures et la gestion du trafic de passagers.
Le cœur du problème : la concurrence absente
En réalité, le problème ne vient pas tant des tarifs que des régulations contre la concurrence et du monopole d’ADP.
L’amélioration du fonctionnement des aéroports, ainsi que la réduction des coûts pour les passagers, nécessitent davantage de concurrence dans le secteur. Les restrictions imposées par le gouvernement sur les hausses de frais peuvent, en apparence, conduire à une baisse des tarifs, mais elles font aussi obstacle à l’investissement et à l’innovation.
Dans les aéroports comme dans les supermarchés, l’amélioration des services et la baisse des coûts pour les consommateurs proviennent de la concurrence, et non de la régulation.
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1 commentaire
Certains préfèrent de loin se cuisiner de bons petits plats que de prendre l’avion pour se retrouver à manger plus cher et moins bien dans un lointain hôtel.