La Chronique Agora

Dette, guerre et désordre mondial

À chaque problème, les États-Unis semblent répondre par une surenchère : plus de dette, plus d’armement, plus de guerre. Pendant que le débat public s’enlise dans des affrontements stériles, une dynamique plus profonde se met en place, où la puissance ne corrige plus les déséquilibres mais les aggrave, jusqu’à banaliser la violence elle-même.

« C’est incroyable de voir tous les dégâts que nous pouvons causer… » —Donald Trump, fièrement

De nombreux foyers américains sont minés par un désaccord presque permanent. Leurs dialogues ressemblent à peu près à ceci :

« Bon, au moins, il a empêché ces immigrés illégaux de venir ici pour nous voler et nous agresser. »

« Le taux de criminalité des immigrés – même des immigrés illégaux – a toujours été plus bas que celui des Américains nés dans le pays. Et tu parles de tuer des gens… mais qui est en train de tuer des gens, au Moyen-Orient, en ce moment ? Hein ? »

« Ces gens sont mauvais. Ils veulent tous nous tuer ; on a enfin un président prêt à agir. Et on devrait le remercier aussi de ramener des emplois aux États-Unis. »

« Quels emplois ? La croissance de l’emploi est plus lente que sous Biden ! »

Et la dispute continue, encore et encore, comme une boucle sans fin dans l’esprit d’un fou ressassant les injustices, les humiliations et les déceptions.

Mais pendant cela… Les tendances de fond sont ignorées par la majorité des individus. Le National Committee for a Responsible Federal Budget nous apporte de mauvaises nouvelles :

« Franchir le seuil des 39 000 milliards de dollars de dette brute est un cap embarrassant que les deux partis ont contribué à franchir pendant des décennies, et aucun des deux ne semble particulièrement désireux de remédier au problème avant que nous atteignions les 40 000 milliards.

Quel que soit l’indicateur que l’on choisisse pour examiner notre trajectoire budgétaire, il est clair que nous allons dans la mauvaise direction. La dette brute atteint désormais 39 000 milliards de dollars ; la dette détenue par le public a récemment dépassé les 31 000 milliards pour la première fois ; les déficits approchent les 2 000 milliards ; et les déficits, en proportion de l’économie, sont deux fois plus élevés que l’objectif de 3 % que de nombreux économistes et responsables politiques des deux partis estiment devoir être visé.

Les marchés suivent de très près notre situation budgétaire, et chaque fois que nous franchissons un nouveau seuil, nous risquons de les effrayer. »

Une nation aussi profondément enfoncée dans le gouffre devrait chercher à s’en extraire. Au lieu de cela, les États-Unis font venir les pelleteuses.

Trop de dettes ? Trop de dépenses militaires ? Ajoutons-en davantage.

À cet égard, l’attaque contre l’Iran semble presque trop parfaite pour être vraie.

Au rythme actuel, la guerre ajouterait environ cinq cents milliards de dollars au déficit américain cette année. Si elle se prolonge aussi longtemps que la guerre en Afghanistan, elle alourdira la dette de 10 000 milliards de dollars. Mais ce chiffre ne recense que les coûts immédiats (bombes, carburant, missiles, etc.), car plus l’attaque se prolonge et plus les combats s’élargissent, plus les dégâts « de second et de troisième ordre » que nous provoquons s’accumulent.

Cette semaine, l’animateur de CNBC Rick Santelli a déclaré que les prix à la production arrivaient « en surchauffe ». L’indice des prix à la production a fait apparaître une hausse de 0,7 % en février, soit le double du chiffre attendu.

Cela aussi, au même titre que les immeubles éventrés et les corps en décomposition, fait partie des « dégâts » qu’une guerre peut causer. Mais ce n’est pas tout…

Les guerres non provoquées aliènent aussi les alliés. Megatron rapporte :

« CNN affirme que, depuis le début de la guerre américaine contre l’Iran, la popularité du pays dans le monde a chuté de 79 %. Le seul pays encore plus impopulaire que les États-Unis est Israël. »

Elles poussent aussi les autres nations à s’armer pour se protéger. Tout le monde gaspille davantage d’argent dans la défense parce que chacun se sent menacé. Le système international « fondé sur des règles » a été remplacé par une logique où « la force fait le droit », un esprit qui favorise les nations les plus puissantes au détriment des plus faibles.

Et les choses empirent encore. Dans une campagne qui était censée avoir quelque chose à voir avec l’élimination du terrorisme, voilà que la terreur redevient soudain légitime. Désormais, on peut liquider des étrangers et s’en sentir bien. Donald Trump :

« Ils tuent des innocents partout dans le monde depuis 47 ans, et maintenant moi, en tant que 47e président des États-Unis d’Amérique, je les tue. Quel grand honneur que de pouvoir le faire ! »

Ah, ces dieux espiègles tendant des pièges aux plus puissants d’entre nous… Aucun être humain ne pourrait inventer quelque chose d’aussi élégant, d’aussi poétiquement stupide. Dans un affrontement conventionnel, les navires, les avions, les bombes et les chars américains l’emporteraient à tous les coups.

Mais le duo Trump/Netanyahou a abandonné cet avantage. Ils ont rendu l’assassinat acceptable. Et désormais, même le plus misérable des fanatiques, tapi dans son trou à rats, avec un pistolet commandé par correspondance, peut abattre un patriote.

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