La Chronique Agora

Trump : le meilleur moyen de mettre fin à la guerre ? Plus de guerres !

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The south face of the White House in Washington on a summer day.

Alors que les taux américains repartent à la hausse, que l’immobilier s’enfonce dans la crise et que la dépendance à l’intelligence artificielle fragilise davantage encore l’économie, Donald Trump multiplie les déclarations belliqueuses et les initiatives pour le moins controversées. Jusqu’à vouloir mettre la puissance militaire américaine au service du marché obligataire…

Le vendredi 21 août a été marqué par la matérialisation de quelques records assez singuliers : nous passons rapidement sur le record des 40 000 Mds$ de dette fédérale qui remonte à mercredi dernier et nous reviendrons sur le record de déclarations lunaires de Donald Trump à la veille du week-end en fin de chronique, car il se peut qu’elles soient motivées par un ou plusieurs des éléments qui placent l’économie américaine dans une situation explosive.

Malgré les déclarations successives de Scott Bessent (les 18 et 19 août) sur l’augmentation des rachats de dette à long terme visant à empêcher le 30 ans de passer les 5,30 % et le 10 ans les 4,750 %, les taux ont rebondi en moins de 36 h vers des niveaux plus observés depuis 20 ans.

Même les taux courts, comme le 2 ans, ont effacé tous les gains accumulés depuis le mardi 11 août, avec un rendement en hausse de +6 pts à 4,24 %, le plus élevé depuis début janvier 2025.

Le rendement moyen des maturités les plus activement échangées s’établit à 4,50 % : moins de 4 % des actions du S&P 500 offrent des rendements de dividendes supérieurs à 4,50 % et 3 % seulement rémunèrent les actionnaires à hauteur du rendement de l’obligation du Trésor à 10 ans.

C’est le ratio le plus faible depuis mai 2007, c’est-à-dire 5 mois avant que le S&P 500 n’entame sa dégringolade de -50 % (d’octobre 2007 à mars 2009), et l’un des scores les plus bas jamais enregistrés parmi les données remontant au début des années 1970.

Ce pourcentage a chuté de -40 points depuis le début de 2022 et, il y a 10 ans (été 2016), pas moins de 63 % des actions du S&P 500 affichaient un rendement supérieur au 10 ans.

Au cours des 55 dernières années – depuis l’annonce de la non-convertibilité du dollar en or –, la moyenne à long terme est de 18 %.

Mais une analyse plus technique témoigne d’un véritable effondrement de la prime de risque des actions : du milieu des années 70 au milieu des années 90, les rachats de titres (buybacks) étaient tout simplement illégaux.

Les rachats ne sont redevenus possibles qu’à la fin du 1er mandat de Bill Clinton… mais ils étaient peu utilisés du fait de taux nominaux demeurant trop élevés.

Les choses ont changé après le krach des dot.com et l’instauration d’une politique monétaire délibérément accommodante (à partir de 2004) et une expansion colossale de l’offre de crédit qui débouchera sur le krach des subprime.

En 2025, les dividendes représentaient seulement 1,2 % du rendement délivré par les actions, les rachats de titres (restitution de la trésorerie excédentaire aux actionnaires) représentaient 2,1 %.

En l’espace de quelques mois – et à l’exception d’Apple –, les trésoreries des Sept fantastiques sont passées de pléthoriques à négatives : les programmes de rachats de titres s’effondrent… et l’endettement « hors bilan » des géants impliqués dans la montée en puissance de l’IA fait grimper les CDS (assurance contre un défaut de l’emprunteur) à des niveaux inconnus depuis la Grande Crise financière de 2008.

Des spécialistes commencent à parler de « l’Enronisation » (instauration d’une économie circulaire sur fond de dettes sournoisement dissimulées aux actionnaires) du secteur des semi-conducteurs et des hyperscalers.

Du coup, les taux ne s’envolent pas seulement à chaque émission du Trésor US, ils explosent également pour Oracle, Meta, Broadcom, OpenAI… etc.

Du coup, comme les taux crèvent des plafonds de 20 ans dans toutes les catégories, le secteur immobilier bascule dans un scénario de crise avec des crédits hypothécaires repassés au-delà des 7 %, les acheteurs se volatilisent et les primo-accédants sont littéralement désintégrés.

Selon les dernières stats des agents immobiliers, il y a eu +51,3 % de vendeurs en plus que d’acheteurs au mois de juillet, le 2e niveau le plus élevé jamais enregistré… et le mois d’août sera bien pire.

Ces 51,3 % restent un peu en-deçà du record absolu de +51,8 % enregistré en décembre 2025… mais les 52 % pourraient être franchis ce mois-ci.

En conséquence, environ 80 % des grandes métropoles américaines voient l’offre excéder la demande, avec Miami en tête, où les vendeurs surpassent les acheteurs de +154 %.

Mais l’activité immobilière peut bien s’effondrer puisque le secteur des « services » compense largement l’hiver qui s’installe dans la construction, l’équipement des logements et le crédit.

L’indice PMI des services a grimpé de +2,2 points, à 56,8 au mois d’août, le score le plus élevé depuis mars 2022.

Parallèlement, l’indice PMI manufacturier a reculé de -0,7 point, à 53,9, le plus bas en 5 mois… dans le sillage des matériaux de construction notamment.

Les États-Unis dépendent aujourd’hui bien plus de la frénésie d’activité dans le secteur de la tech qu’en l’an 2000, avant l’éclatement de la bulle des « dot.com ».

Mais cette dépendance des États-Unis vis-à-vis de l’IA est presque anecdotique en regard de la Corée du Sud, dont l’excédent commercial dépend à 97 % des semi-conducteurs et en particulier des mémoires.

Elles ont fourni à la Corée 35 milliards de dollars en juin, contre environ 1 milliard de dollars hors mémoires.

Les exportations de semi-conducteurs ont explosé de +198,8 % sur un an au cours des 20 premiers jours d’août, et les expéditions de produits informatiques ont bondi de +242 % sur un an.

Les exportations globales de la Corée du Sud ont augmenté de +61,5 % sur un an, l’essentiel de la production étant absorbée par les États-Unis, ce qui va faire exploser son déficit commercial : de quoi faire enrager Donald Trump.

Mais c’est une autre forme de rage qui stupéfie Wall Street : la rage de l’enrichissement personnel !

Trump a effectué pas moins de 1 000 transactions boursières rien qu’en juin, avec des lignes atteignant jusqu’à 263 M$, avec des allers-retours en 24 ou 48 h, liés à des événements de marché – ayant le plus souvent des fondements fictifs –, puisqu’il s’agit de ses propres communiqués annonçant une résolution imminente du conflit avec l’Iran.

Une issue qui n’existe que dans son imagination (l’Iran n’a jamais cédé sur une seule de ses exigences)… mais dont il connaît pertinemment les effets sur les marchés.

Les 1 000 transactions de juin s’ajoutent aux 3 642 transactions recensées entre le 1er janvier et le 31 mars.

Trump pourrait battre les 21 000 transactions exécutées en 2025, notamment grâce au feuilleton des tarifs douaniers où il a chauffé le chaud et le froid… en prenant le soin de vendre avant de sortir le bâton, puis de racheter massivement avant de sortir le violon.

La Maison-Blanche affirme naturellement que les transactions de Trump ne présentent « aucun conflit d’intérêts » car elles sont « gérées de manière indépendante ».

Ces « indépendants » font dans ce cas preuve d’un flair remarquable et d’un sens du timing hors du commun… puisque les positions prises en amont d’une déclaration bidon sont systématiquement débouclées avant les démentis iraniens ou la démonstration que tout ce qu’il avait fait miroiter était faux.

Trump fait par ailleurs l’objet d’une poursuite devant un tribunal fédéral concernant la vente par Trump Media d’un accès « anticipé » à ses publications sur Truth Social à des abonnés payant jusqu’à 100 000 dollars par mois via Truth AP : du délit d’initié institutionnalisé, avec un chèque directement rédigé à l’ordre de l’hôte du Bureau ovale.

Il s’agit là aussi d’un niveau de corruption record, tellement stratosphérique par ses montants, tellement radical en termes de manquement à toute éthique présidentielle, qu’il n’existe rien de comparable et aucun précédent connu.

Mais il n’y a pas que l’attitude consistant à « se servir »z avant de servir le peuple américain qui caractérise le second mandat de Donald Trump, il y a cette agressivité envers le monde entier (droits de douane, raid sur Caracas et enlèvement de Maduro, guerre avec l’Iran, guerre par proxy ukrainien avec la Russie).

Comme évoqué en préambule, Trump a battu en fin de semaine dernière son record de déclarations bellicistes en 48 h, en menaçant de bombarder le sultanat d’Oman (l’ultime canal diplomatique entre les US et l’Iran), puis de livrer la plus féroce guerre économique de l’histoire contre Téhéran (c’est la preuve que la guerre conventionnelle a échoué !), puis de punir tout pays qui commerce, fournit du soutien, accepte des échanges avec l’Iran (des sanctions contre la Chine, c’est tout ce dont le monde a besoin en ce moment !).

Mais ce n’est pas tout, Trump menace le Canada d’une guerre commerciale totale : Mark Carney réplique qu’une telle initiative ne rendra guère Trump plus populaire d’ici les midterms.

Et nous avons gardé le meilleur pour la fin : Trump annonce qu’il va mettre la « puissance militaire américaine au service du marché obligataire ».

Traduction : quiconque ose vendre des T-Bonds (remboursés en monnaie de singe) sera bombardé (à la libyenne), envahi (à l’irakienne) ou mis sous blocus naval et aérien (à la vénézuélienne) ?

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