La Chronique Agora

Trump, dernier coup de poker avant le TACO

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À force de promettre la fermeté avant de reculer, Donald Trump a habitué les marchés à parier contre ses colères. Mais la flambée du Brent rappelle que certains bluffs finissent par coûter cher. Face au Golfe, à l’Ukraine et à une dette qui étouffe déjà Washington, le prochain « TACO » pourrait bien ne plus passer pour une tactique, mais pour un aveu de faiblesse.

La flambée du baril de Brent vers 80 $ est probablement l’événement le moins improbable qui pendait au nez des spéculateurs depuis le 12 juin dernier et la signature du « M.O.U. » : la vente à découvert de contrats sur le pétrole Brent et le WTI était le trade le plus confortable depuis 100 jours, avec un Donald Trump annonçant la réouverture du détroit d’Ormuz avec une régularité de métronome tous les trois jours… et systématiquement tous les lundis.

Le short était devenu un « incontournable » et, lorsque Donald Trump se montrait silencieux, des spécialistes prenaient le relais, expliquant que la Chine, qui avait réduit ses importations de pétrole de 30 % — exploitant au mieux son mix charbon/nucléaire/renouvelable —, pouvait patienter encore longtemps avant d’entamer la reconstitution de ses stocks de pétrole.

Parmi les avantages d’une attitude patiente, il y a la réduction des dépenses en dollars, ce qui a permis à Pékin de faire autre chose de son argent.

Après l’achat de 150 tonnes d’or en avril et en mai… suspense : qu’allait-elle faire au mois de juin ?

Il n’a pas fallu attendre longtemps pour le savoir !

Ce 7 juillet, nous avons appris qu’elle avait acquis encore 150 tonnes… soit 450 tonnes en trois mois, plus de 500 en quatre mois !

Pendant ce temps, malgré ses exportations de GNL et de WTI, le déficit commercial américain s’est fortement creusé au mois de mai pour atteindre 77,6 milliards de dollars, contre 54,6 milliards de dollars révisés en avril.

L’écart négatif est le plus important depuis mars 2025, alors que les importations ont bondi de 3,3 %, pour atteindre 395,3 milliards de dollars, leur plus haut niveau depuis plus d’un an.

Mais ce n’est certainement pas le problème le plus incandescent pour la Fed et l’administration Trump.

Évidemment, la reprise de la guerre dans le Golfe serait un désastre, mais pas que pour les US.

Plus spécifiquement, le ratio coût de la dette/dette fédérale vient d’atteindre 3,2 %, le niveau le plus élevé depuis au moins les années 1970. Ce montant a presque triplé au cours des cinq dernières années.

Sur la même période, les dépenses de défense nationale en pourcentage du PIB figurent en seconde position, à environ 3,0 %… C’est pourquoi Donald Trump entend les faire remonter à 4,5 % du PIB en 2027.

En réalité, c’est la troisième année consécutive qui verra les dépenses d’intérêts dépasser les dépenses de défense nationale, la plus longue série depuis au moins 46 ans — soit le premier mandat de Ronald Reagan.

Depuis la fin du premier mandat de Donald Trump, en 2020, les paiements d’intérêts nominaux ont augmenté de plus de 710 milliards de dollars, soit +140 %, pour atteindre un taux annualisé record de 1 220 milliards de dollars.

Une bonne partie de cette dette provient des guerres impériales menées depuis 2002, directement ou par procuration : en Afghanistan, puis en Irak en 2003, en Syrie, en Libye… en Ukraine depuis 2014 — préparatifs de la guerre 2022/2026 — et désormais en Iran.

Des guerres qui n’avaient pas vocation à être gagnées, mais qui avaient une double fonction : soutenir l’activité du complexe militaro-industriel américain et, surtout, dissuader quiconque de contourner le dollar dans les transactions concernant le pétrole et les matières premières.

Le niveau de l’endettement des États-Unis ne tolère plus aucune tentative de dédollarisation, voire de contournement, comme sont en train de le pratiquer les pays qui rejoignent les BRICS.

Et le chef d’orchestre de l’évitement du billet vert, c’est la Chine : les analystes géopolitiques sont de plus en plus nombreux à considérer que « l’opération Maduro » du 3 janvier et la tentative de renversement du régime iranien procèdent d’une même stratégie visant à asphyxier énergétiquement Pékin.

Non seulement la guerre avec l’Iran s’avère un fiasco stratégique, mais également géopolitique : les États-Unis ne pourront jamais effacer l’image d’un pays qui se comporte comme ces États voyous qu’ils dénoncent depuis des décennies.

Mais le pire, c’est que même si l’on n’aime pas fréquenter de trop près les « brutes épaisses », on compose avec… tant qu’elles s’acquittent de leur rôle de protecteur.

Et les États-Unis ont failli dans ce rôle, démontrant que, pour eux, il y avait des protégés « plus égaux que d’autres » : la guerre du Golfe leur a prouvé que ce n’étaient pas ceux qui avaient le plus acheté de T-Bonds ou multiplié les gestes pour s’attirer les bonnes grâces de la Maison-Blanche — 747 flambant neuf offert par le Qatar, achat de shitcoins à l’effigie de Donald et de Melania, apport massif en capital aux véhicules d’investissement de son gendre, J. Kushner.

Donald Trump a même été jusqu’à prévenir ses plus fidèles alliés du Golfe que la guerre coûtait cher et que les États-Unis ne pouvaient pas assurer leur mission sans solliciter une rallonge… ce qui est réaliste.

Mais ils savent désormais que l’allié des USA le mieux protégé au Moyen-Orient est précisément celui qui ne paye rien… et n’achète aucun T-Bond.

Il est même celui qui a entraîné les États-Unis dans un conflit… qui semble, depuis 48 heures, prêt à se réactiver pour prendre une tournure que personne ne maîtriserait plus.

Et depuis le sommet de l’OTAN à Ankara, Donald Trump semble pourtant prêt à rajouter une pièce dans le juke-box ukrainien, en assurant qu’il continuera de soutenir Kiev militairement.

Mais vouloir poursuivre simultanément deux conflits pouvant partir en vrille à tout moment, et sans aucun avantage géostratégique évident pour les US, c’est probablement deux de trop !

Faut-il s’attendre à un « double TACO » ?

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