La Chronique Agora

Un spectacle clownesque

Donald Trump lorgne avec envie du côté de la BCE – mais quel que soit le banquier central aux commandes, les marchés et l’économie sont faussés.

Le président des Etats-Unis affirme qu’il préférerait qu’un Européen – et même un Italien – soit à la tête de la Réserve fédérale. De Bloomberg :

« Le président Donald Trump a déclaré que les Etats-Unis devraient avoir Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne, aux commandes de leur politique monétaire – ‘au lieu de notre personne à la Fed’ – et a réitéré qu’il avait le droit de rétrograder ou renvoyer le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell.  

‘Personne n’avait jamais entendu parler de lui, maintenant j’ai fait de lui ce qu’il est et il veut jouer les durs’, a déclaré Trump mercredi au sujet de Powell lors d’un entretien sur Fox Business Network. ‘OK, qu’il joue les durs. Il ne fait pas du bon boulot.’  

Trump a critiqué la Fed pour avoir augmenté le prix du crédit l’an dernier, et pour n’avoir pas baissé les taux d’intérêt la semaine dernière. Les décideurs ‘ont tout raté’ le 19 juin en maintenant le taux directeur inchangé, a tweeté Trump lundi’. »

Inflazione

Powell ? Draghi ? Aux Etats-Unis comme en Europe, en italien comme en anglais, le phénomène est le même. Je dis « inflation », vous dites « inflazione« . Où est la différence ?

Mais on ne parle pas de l’inflazione de grand-papa. Il s’agit d’inflation du prix des actifs, non des prix à la consommation. Et Mario Draghi est aussi doué en la matière que Jay Powell. Du site Speculators Anonymous :

« La Zone euro (comme les Etats-Unis) est confrontée au risque bien réel de subir la rétrogradation de centaines de milliards de dollars de dettes d’entreprises. A ce stade du cycle du crédit – cela les met dans une position très fragile.  

Les compagnies d’assurance, les fonds de pension et les sociétés d’investissement détiennent toutes de grosses quantités de ces CLO [collateralized loan obligations, obligations structurées adossées à des emprunts, NDLR] qui pourraient rapidement perdre toute valeur.  

Tous les grands krachs boursiers récents ont été construits sur de tels ‘engins’ qui ont été mal compris et ont explosé au mauvais moment. »

Chaque jour semble apporter de nouvelles absurdités, chacune plus vertigineuse que la précédente.

Comment gagner de l’argent ?

Attendez… Greenspan, Bernanke, Yellen, Powell, Draghi… Bush, Obama, Trump… Les personnages passent, les costumes changent, l’intrigue évolue…

… Mais c’est le même spectacle clownesque : l’inflation ou la mort. Lorsque les autorités gonflent leur monnaie, elles doivent continuer à gonfler sans quoi le spectacle prend fin.

Ces dernières semaines, nous avons exploré comment l’inflation – en augmentant la masse monétaire – entraîne confusion, erreurs et désastres.

Lorsque les prix à la consommation augmentent, les entreprises sont d’abord heureuses de toucher des revenus supplémentaires… jusqu’à ce qu’elles voient leurs coûts augmenter aussi. Ensuite, elles sont perdues.

Elles peuvent fabriquer un gadget. Mais elles ne savent pas si elles gagneront de l’argent… ou en perdront… lorsqu’il sera vendu. Doivent-elles commander de nouvelles machines ? Embaucher plus ? Lorsque les signaux les plus importants – les prix – sont en mouvement, c’est impossible à savoir.

Ce qu’elles font, généralement, c’est mettre la clé sous la porte – volontairement ou involontairement. Le PIB s’effondre. C’est pour cette raison que les rayons étaient vides au Zimbabwe durant la grande inflation de 2008… et qu’ils sont vides durant la grande inflation au Venezuela actuellement.

Là-bas, on dit que les prix à la consommation grimpent de près d’un million de pourcents par an. Le pays a basculé dans le chaos ; les gens fuient pour survivre.

Une économie malsaine

Il se produit un processus similaire lorsque l’inflazione concerne les marchés de capitaux plutôt que les marchés de consommation – mais il est plus difficile à voir.

C’est parce que les données de prix ont été censurées et faussées. La hausse des cours boursiers devrait signifier une économie saine. Au lieu de cela, elle mesure à quel point l’économie est devenue malsaine.

La Fed prête de l’argent au jour le jour. Mais on ne peut pas construire une usine avec de l’argent au jour le jour – ni même acheter une voiture ou une maison. L’économie réelle a besoin de financement de long terme.

Et lorsque la Fed prête à court terme à des taux proches ou inférieurs au coût de l’inflation, le monde financier tout entier se tourne vers l’argent facile, les solutions rapides et les ruses financières pour tirer parti de l’argent gratuit. Tout va très vite – et les spéculateurs veulent en être.

Un plan tout simple

Voici une version simplifiée : un PDG de New York a dans son contrat une clause indiquant qu’il touche une prime si le cours de l’action atteint une cible donnée.

Il sait qu’il peut construire une nouvelle usine, acheter plus d’équipement, former de nouveaux employés et lancer une nouvelle ligne de produits. Si tout va bien, dans cinq ans, les profits grimperont.

Il sait aussi qu’il peut emprunter à court terme pour 3% seulement. Il est également bien au courant du fait que le marché boursier valorise son entreprise de telle sorte que chaque dollar de profit augmente le prix de l’action de 20 $.

« Hé… c’est tout simple », se dit-il. Oublions la construction de long terme : il peut simplement racheter 20 millions de dollars une entreprise de Cleveland enregistrant un million de profits.

En empruntant à 3%, cela coûte à son entreprise 600 000 $ d’intérêts… mais cela ajoute 8 millions de dollars (20 millions moins le paiement des intérêts capitalisés de 12 millions de dollars) à la valeur de marché de l’entreprise.

Il n’a pas ajouté un sou à la richesse réelle de la planète ni embauché un seul nouvel employé. Mais la valeur grimpe. Il touche sa prime. Les actionnaires sont contents. De quoi se plaint-on ?

Un « engin » insensé

L’un des « engins » les plus populaires depuis la crise de 2008-2009 a été le rachat d’actions. C’est aussi complètement cinglé, dans la mesure où une entreprise qui ne voit rien de mieux à faire avec son argent que racheter ses propres actions est un zombie.

Que vaudrait le pétrole si les entreprises pétrolières devaient racheter la moitié de leur production simplement pour empêcher le cours de s’effondrer ?

Que vaudrait une maison si les promoteurs en achetaient une sur deux… pour tenter de faire grimper les prix ?

Et à quelle sorte de capitalisme a-t-on affaire lorsque les capitalistes dépensent leur précieux argent pour faire grimper le cours de leurs actions plutôt que de produire des biens et services qu’ils peuvent vendre avec profit ?

Pourtant, ces 10 dernières années, les entreprises ont dépensé 15 000 Mds$ pour se racheter elles-mêmes. A présent, elles doivent 15 000 Mds$ – une quantité équivalant à la moitié de la valeur totale de leurs actions.

Si le marché boursier est divisé par deux – et nous pensons que ce sera le cas – la valeur de l’intégralité du capital échangé sur les marchés sera effacée.

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