La Chronique Agora

Le parapluie et les bombes

Quand il faut garder un parapluie à portée de main, ce n’est pas toujours à cause de la pluie. De l’Iran à l’Équateur, les événements récents suggèrent qu’une époque plus brutale, plus chaotique et plus dangereuse pourrait s’ouvrir, au tandis que les garde-fous censés contenir la guerre cèdent les uns après les autres. 

« Et comment ça va ? » m’a demandé un voisin.

« Pas trop mal. Et vous ? »

« Pas mal du tout… Il pleut presque tous les jours depuis le mois de novembre. Dans la Bible, on dit qu’il a plu pendant 40 jours et 40 nuits. On a facilement battu le record. »

« J’ai remarqué que Mick n’avait pas ajouté une seule pierre à ce mur sur lequel il travaillait en octobre. »

« Nooon… Mais après toute cette pluie… Les fleurs seront magnifiques. »

C’est ainsi que cela fonctionne. Après la pluie, vient le beau temps.

Et aujourd’hui, ce que nous avons retenu, essentiellement, c’est que vous allez peut-être avoir besoin d’un parapluie.

Pauvre Iran. Il lui faut plus qu’un parapluie. Les bombes américaines pleuvent sur ses leaders. Les missiles d’Israël tombent sur son peuple. Et à présent, sous ses pieds, il semblerait que le sol se soit retourné contre le pays.

Selon MorningOverview :

« Un puissant séisme secoue l’Iran alors que les frappes américaines et israéliennes se poursuivent. »

Dieu ne doit pas les aimer.

Et alors que nous nous installions pour regarder la guerre en Iran… Boom, une autre éclate !

Selon le New York Times :

« Les États-Unis déclenchent une action militaire en Équateur contre ‘les organisations terroristes’.

Des soldats des forces spéciales américaines conseillent et soutiennent les commandos équatoriens dans le cadre de raids réalisés dans tout le pays contre des sites d’expédition de drogue suspects, et d’autres sites liés à la drogue. »

Il faudra traiter ces guerres l’une après l’autre. Mais les deux sont le produit de l’ambition d’un seul homme.

Beaucoup de lecteurs pensent que nous passons trop de temps à critiquer le président des États-Unis. Mais c’est l’homme du moment, du jour, de l’année et peut-être même du XXIe siècle.

Ne pas comprendre Trump, c’est un peu comme écrire sur le déclin et la chute de Rome sans mentionner César. C’est comme étudier le XVIIe siècle en faisant fi de Cromwell, le XIXe siècle sans évoquer Napoléon… ou le XXe siècle sans l’homme à la moustache.

Ils ont tous été les « grands hommes » de leur époque. Et quoi qu’ils aient pensé faire, ils ont joué des rôles historiques importants qui ont façonné l’avenir.

Autrefois, les commentateurs ont peut-être salué César, après qu’il a franchi le Rubicon, en s’attendant à ce qu’il règne sur Rome pendant de nombreuses années. En 1812, ils ont peut-être applaudi les victoires de Bonaparte à Marengo et à Austerlitz, et prédit de plus grandes victoires encore à venir en Russie. Ils ont peut-être souligné que les nazis « faisaient circuler les trains à l’heure », et espéré qu’ils allaient faire fonctionner le reste de l’Europe correctement.

Et à présent, Donald Trump pense qu’il fait des « deals » qui renforceront la gloire de l’Amérique (et la sienne).

Hélas, les livres d’Histoire pourraient décrire un dénouement très différent. Notre travail consiste à essayer de découvrir lequel.

Ce que les lecteurs peuvent interpréter comme une critique de Trump n’est vraiment que notre propre catastrophisme impénitent qui s’affiche au grand jour.

Selon nous – si l’on se base sur les points que nous avons reliés jusqu’à présent – l’avenir sera marqué par l’inflation, le chaos, la faillite, la guerre… et des taux d’intérêt nominaux plus élevés.

Il se pourrait que la vie prenne un tour plus pauvre et plus brutal. Ce n’est pas de la faute de Donald Trump ; il contribue simplement à nous mener à cette situation.

Prenons la guerre en Iran, par exemple.

Pete Hegseth a déclaré lundi que le Pentagone n’avait nul besoin de « ces stupides règles d’engagement […] contrairement à tant de nos alliés traditionnels qui se tordent les mains et s’offusquent, tergiversant sans fin sur l’usage de la force ».

Les règles d’engagement stipulent que vous n’êtes pas censé tuer des prisonniers, attaquer des civils ou recourir à la force en premier lieu (entre autres choses). Mais elles ne sont pas infaillibles, comme l’a démontré Hegseth.

Et c’est principalement à la suite du désastre provoqué par l’homme à la moustache que ces règles ont été mises en place, afin d’orienter un peu plus le monde dans la direction « civilisée ». On respecte les règles en espérant que l’adversaire en fera de même.

Il a plu très fort, pendant la seconde guerre mondiale. Mais les nazis ont généralement respecté les règles d’engagement militaires sur le front de l’Ouest. À notre connaissance, ils n’ont pas tenté réellement d’assassiner Churchill ou Roosevelt. Sur le front de l’Est, en revanche, les meurtres de civils et de prisonniers étaient plus fréquents, les deux camps se sont rendu coup pour coup.

L’élimination de l’Ayatollah, qui est contraire aux règles d’engagement, c’était peut-être une bonne façon de conclure un accord… ou pas.

Mais comme notre objectif est de nous protéger de la grande perte, des alarmes ont retenti.

Voici un tweet que nous avons trouvé intéressant :

« L’assassinat de l’Ayatollah Khamenei est la plus grosse bourde stratégique de l’Histoire moderne. En le tuant, les États-Unis et Israël n’ont pas seulement éliminé un leader, ils ont réalisé une prophétie vieille de 1 460 ans et créé un martyr dont l’ombre va hanter l’Occident pendant des décennies. »

Nous n’avons aucun moyen de savoir si c’est vrai ou non. Mais comme l’Iran ne représentait qu’une petite menace pour l’Amérique avant la guerre, on peut seulement supposer qu’elle en représente une plus grande, aujourd’hui.

Si l’on voit le bon côté des choses… Au bout de six longues années, la seconde guerre mondiale s’est achevée. Ensuite, les fleurs ont éclos, les soldats ont posé leurs armes et repris leurs marteaux et leurs porte-documents. Les règles d’engagement ont été élaborées, et la plupart des Occidentaux ont vécu une période de paix et de prospérité (relatives) qui a duré 81 ans.

Et maintenant, une nouvelle saison ensoleillée pourrait arriver… mais en attendant, il serait peut-être avisé de garder un parapluie à portée de main.

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