La guerre contre l’Iran n’annonce sans doute pas la fin d’une civilisation. Elle pourrait en revanche constituer un jalon majeur dans l’affaiblissement des États-Unis, à mesure que leurs alliés s’éloignent, que leurs rivaux s’affirment et que le monde se détourne peu à peu du dollar.
« Toute une civilisation mourra ce soir. » — Donald Trump
C’était assez stupéfiant. Le président des États-Unis, épaulé par son « secrétaire à la Guerre », menaçait l’Iran d’une frappe cataclysmique.
Les infrastructures pétrolières seraient rasées à travers tout le Moyen-Orient. Des pays entiers, leurs usines de dessalement détruites, deviendraient inhabitables. L’économie mondiale plongerait presque à coup sûr dans une dépression – sinon dans une guerre mondiale. Et les élections à venir laisseraient vraisemblablement le Congrès aux mains des démocrates, lesquels chercheraient sans doute à faire juger Trump pour crimes de guerre.
On avait le sentiment que le président s’était lui-même acculé dans une impasse. Il était hautement improbable que les mollahs capitulent, sachant qu’ils risquaient d’être assassinés en cours de négociation. Mais Trump avait proféré ses menaces avec une telle véhémence qu’il ne semblait plus pouvoir faire volte-face. Il deviendrait la risée du monde entier. Un perdant. Un minable.
Et pourtant, à la clôture des marchés, à seulement quatre heures du début annoncé de cette apocalypse, les marchés se situaient à peu près au même niveau qu’à l’ouverture. De toute évidence, ils n’en croyaient pas un mot.
Et les marchés avaient raison.
Nous nous interrogeons : y aura-t-il vraiment un cessez-le-feu ? Et qu’est-ce que cela signifie, au juste ?
Nous ne le savons pas. Mais nous espérons que vous avez suivi notre conseil de constituer quelques réserves de produits essentiels, par précaution. Trump et Netanyahu ont largué 32 000 bombes sur l’Iran. Ce n’est probablement pas la fin de l’histoire. Et même s’il est peu probable que cela signe la fin d’une civilisation, cela pourrait bien représenter, en définitive, bien plus qu’une simple note de bas de page dans l’histoire du monde.
C’est la fin d’un empire, affirme Tucker Carlson : l’empire américain. Il va peut-être un peu vite en besogne. Les États-Unis n’ont pas été submergés par des troupes ennemies, comme Rome en 472 ou l’Allemagne en 1945. Ils n’ont pas non plus subi la défaite catastrophique qui a écrasé Bonaparte en 1812, ni l’humiliation qu’a connue la Grande-Bretagne à Suez en 1956. Mais il ne fait guère de doute que la guerre contre l’Iran comptera comme une étape sur la longue descente de l’Amérique.
Il en ira de même pour ces autres gros titres. The Economist rapporte :
« La Chine bénéficie désormais, à l’échelle mondiale, d’un taux d’approbation supérieur à celui des États-Unis — un renversement inédit depuis l’arrivée de Trump au pouvoir. Selon un nouveau sondage Gallup portant sur plus de 130 pays, 36 % des personnes interrogées approuvent le leadership chinois, contre 31 % pour le leadership américain : l’avantage le plus net de Pékin sur Washington depuis près de deux décennies. L’approbation des États-Unis est tombée de 39 % à 31 % entre 2024 et 2025, période pendant laquelle Trump a entamé son second mandat. Ce sondage, réalisé en 2025, ne tient pas encore compte des récentes initiatives de politique étrangère de la nouvelle administration — la capture de l’ancien dirigeant vénézuélien Nicolás Maduro ou la guerre contre l’Iran. L’image de l’Amérique s’est dégradée dans de nombreux pays alliés, avec la chute la plus spectaculaire enregistrée en Allemagne (39 points de pourcentage). L’opinion des Israéliens à l’égard des États-Unis, en revanche, s’est améliorée par rapport à l’année précédente. »
Les anciens amis des États-Unis prennent leurs distances avec la méthode de négociation trumpienne du « toute une civilisation mourra ce soir ». D’anciens alliés reconsidèrent leurs engagements. Des nations indépendantes se réarment pour assurer leur propre sécurité.
Les dépenses militaires mondiales augmentent environ trois fois plus vite que le PIB. Wikipédia :
« Les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, soit le niveau le plus élevé jamais enregistré — une hausse de 9,4 % par rapport à l’année précédente. »
L’une des justifications avancées pour l’attaque contre l’Iran était qu’elle stopperait la prolifération des armes nucléaires. Elle produira probablement l’effet inverse. CFR.org :
« Pourquoi les alliés asiatiques des États-Unis se tournent vers l’énergie nucléaire — et lorgnent aussi l’arme nucléaire ? Les retombées énergétiques de la guerre contre l’Iran accélèrent, au Japon et en Corée du Sud, le débat sur l’extension des capacités nucléaires, tandis que l’éloignement croissant de l’administration Trump vis-à-vis de ses alliés asiatiques alimente la réflexion sur la possibilité que les deux puissances d’Asie du Nord-Est développent leurs propres arsenaux nucléaires. »
Les étrangers cherchent également à protéger leurs avoirs. Gandalv, via X :
« La France a rapatrié l’intégralité de son or des États-Unis. Entre juillet 2025 et janvier 2026, les 129 tonnes d’or français stockées à New York ont été vendues et remplacées par une quantité équivalente de lingots achetés en Europe. Les 2 437 tonnes de réserves françaises se trouvent désormais toutes à Paris. Jusqu’au dernier lingot. »
Et la France n’est pas seule.
« L’Allemagne détient encore 1 236 tonnes d’or à la Réserve fédérale, soit environ 37 % de ses réserves totales. La pression pour les rapatrier monte rapidement. Michael Jäger, président de l’Association des contribuables allemands, a été direct : Trump est imprévisible, fait tout pour générer des recettes, et l’or allemand n’est plus en sécurité dans les coffres de la Fed. L’époque où l’on faisait confiance à Washington pour garder l’or de l’Europe touche peut-être, discrètement, à sa fin. »
Et le Financial Times ajoute :
« Les banques centrales étrangères vendent des bons du Trésor américain dans le sillage de la guerre contre l’Iran. Les avoirs officiels internationaux détenus à la Réserve fédérale de New York tombent à leur plus bas niveau depuis 2012. »
Les Iraniens — et les Chinois — entraînent le monde hors de l’orbite du dollar et de l’empire américain. Fortune rapporte :
« L’Iran perçoit déjà un péage, en yuans, sur le pétrole transitant par le détroit d’Ormuz. »
Les États-Unis et leur monnaie sont engagés dans une trajectoire descendante. Mais à quel genre d’atterrissage faut-il attendre ? Les marchés boursiers ne voient venir aucun danger.
Et nous ? Affaire à suivre…
