La Chronique Agora

La plus rude épreuve de Trump à ce jour

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Donald Trump promet depuis des semaines une issue rapide à la guerre contre l’Iran. Mais le détroit d’Ormuz reste paralysé, les négociations patinent et le cessez-le-feu ressemble davantage à une trêve factice qu’à une sortie de crise. Les marchés, eux, continuent de miser sur un retour imminent à la normale. S’ils se trompent, le réveil pourrait être brutal : pétrole plus cher, inflation relancée, taux sous pression et chute des actions. (Article initialement publié dans Jim Rickards Trading.) 

« Ce qui ne peut durer éternellement ne durera pas ». Ce vieux dicton est utile pour analyser beaucoup de phénomènes, y compris ceux qui se situent bien en dehors du champ économique.

La Maison-Blanche commence peut-être à en reconnaître la justesse, dans le cas de la guerre en Iran – telle que Donald Trump l’évalue – et en particulier des négociations en cours avec Téhéran pour prolonger le cessez-le-feu, voire mettre fin au conflit.

Voici le problème : quand la guerre a éclaté, le 28 février dernier, Trump a déclaré qu’elle serait rapidement terminée en raison des bombardements massifs américains et de la mort de presque tous les dirigeants religieux, militaires et civils du pays.

Mais voilà, c’était il y a treize semaines et le conflit dure toujours.

Trump n’a cessé de répéter que la guerre serait terminée « dans quelques jours ». Mais en dépit de ses affirmations, elle ne l’est toujours pas.

Des « négociations » entre les États-Unis et l’Iran sont censées être en cours, mais les deux camps ne négocient pas face à face : cela passe par des intermédiaires, au Pakistan et au Qatar. C’est mieux que ne pas communiquer du tout, mais ce n’est pas exactement une véritable négociation. Trump a rejeté toutes les exigences de l’Iran. L’Iran a rejeté toutes celles de Trump.

Alors ce n’est pas vraiment une négociation.

Le « cessez-le-feu » se maintient, mais il est malmené. Les États-Unis ont frappé des cibles iraniennes près de la ville portuaire de Bandar Abbas, la semaine dernière. L’Iran a riposté en tirant un missile balistique sur le Koweït. Par ailleurs, des drones frappent des navires qui tentent de franchir le détroit d’Ormuz.

Alors ce n’est pas vraiment un cessez-le-feu.

À présent, Trump affirme que « l’Iran a accepté de ne pas avoir d’armes nucléaires », selon de récents gros titres. Mais quand on lit l’article, il est clair que l’Iran n’a rien accepté.

Alors que se passe-t-il ?

Il semblerait que Trump s’engage dans une longue campagne de propagande. Il tente de susciter le soutien en faveur de la guerre au sein de l’opinion américaine et du Congrès. Il tente de maintenir des négociations en mêlant ses discours optimistes à des menaces de reprise des frappes à grande échelle sur l’Iran, si le pays ne lui permet pas de transformer ses affirmations en réalité. Et surtout, on dirait que Trump essaie de booster le marché actions et de faire baisser les prix de l’essence en brossant le tableau d’un monde dans lequel cette guerre sera bientôt terminée.

Il est intéressant de noter que la plupart des affirmations de Trump interviennent le vendredi soir ou pendant le week-end, comme si cela permettait aux marchés actions et pétroliers de partir du bon pied le lundi suivant.

Mais il y a un problème : les gesticulations de Trump commencent à lasser son auditoire, il perd sa crédibilité. Et les marchés pourraient bientôt être réévalués en fonction d’une réalité très éloignée de ses affirmations. Les investisseurs n’y sont pas préparés, mais ils devraient l’être.

Bien que Trump menace sans cesse d’intensifier la guerre en Iran et affirme aussi souvent qu’un accord de paix serait sur le point d’être conclu, étonnamment peu de choses ont changé dans le golfe Persique. Le détroit d’Ormuz a bel et bien été fermé lorsque la guerre a éclaté le 28 février et il reste fermé à ce jour.

Tout le reste n’est que du bruit, qu’il soit rhétorique ou cinétique.

Actuellement, l’Iran opère de facto un blocus du détroit en y posant des mines et en frappant, avec des drones et des missiles, les navires qui tentent de le franchir sans se plier aux règles iraniennes. Ces règles exigent que les navires demandent la permission de franchir le détroit ; cette permission peut être accordée ou refusée selon le propriétaire du navire, l’immatriculation, le type de cargaison ainsi que la provenance et la destination du bateau.

Si le navire a été chargé en Iran ou peut-être en Irak, et que la cargaison est destinée à la Chine, alors il sera probablement autorisé à passer, mais pas sans s’être acquitté d’un « péage » de 2 M$ par navire ou de 1 $ par baril de pétrole embarqué. Cette somme peut être réglée en yuans chinois ou en BTC. Si le navire appartient à un allié des États-Unis, comme l’Arabie saoudite ou le Koweït, et qu’il transporte du pétrole à destination de l’Europe, alors il n’est pas autorisé à passer. S’il tente de forcer le blocus, il peut être frappé ou coulé.

Mais ce n’est que la première étape.

Une fois que le navire a franchi le détroit, il se heurte à l’autre blocus, celui de la marine américaine, un peu plus loin en mer d’Arabie. Les États-Unis identifient également qui est le propriétaire, ainsi que le port de chargement et la destination de la cargaison. Si le navire vient d’Iran et transporte du pétrole à destination de la Chine, il est arraisonné, saisi ou, au minimum, on lui ordonne de rebrousser chemin vers le golfe Persique.

Alors on voit bien où se situe le problème. Un allié de l’Iran parvient à franchir le détroit, mais se heurte à la marine américaine. Un allié des États-Unis ne peut pas franchir du tout le détroit. Comme presque personne n’est allié des deux camps, rien ne franchit le détroit, en pratique.

Cette situation est aggravée par le fait que les assureurs refusent de couvrir ces navires, sauf moyennant des primes exorbitantes. En soi, ce blocus juridique suffit donc à paralyser la circulation des navires.

Parfois, on apprend qu’un ou deux navires sont passés. Cela arrive quand les États-Unis font une concession à la Chine pour des raisons diplomatiques, mais cela ne représente pas grand-chose. Avant la guerre, environ 130 navires franchissaient le détroit tous les jours. Alors ce n’est pas un ou deux navires par jour qui font la différence, en termes des besoins énergétiques mondiaux.

Les pourparlers de paix sont une farce. Au mieux, nous avons un fragile cessez-le-feu. Mais comme les États-Unis continuent de bombarder des bases iraniennes et que l’Iran continue à tirer des drones et à poser des mines, il est bien frêle.

À ce stade, Trump a trois voies devant lui : la capitulation, l’impasse et l’escalade.

La capitulation n’aura pas lieu car, pour Trump, elle serait politiquement destructrice, et parce qu’il ne supporterait pas de perdre la face. Les Iraniens n’accepteront rien de favorable à l’image de Trump. Pourquoi le feraient-ils ? Ils sont en train de gagner la guerre.

L’impasse, sous forme de cessez-le-feu, pourrait persister, mais cela ne rouvrira pas le détroit.

L’escalade pourrait intervenir, mais elle ne permettra pas d’accomplir les objectifs de Trump, notamment de récupérer l’uranium hautement enrichi par les Iraniens ou d’opérer un changement de régime dans le pays.

L’escalade pourrait offrir à Trump un regain de soutien politique, à court terme, de la part des partisans de la guerre. Mais pour lui, ce serait « un Vietnam », et cela détruirait son héritage. Et, surtout, une escalade ne rouvrirait pas le détroit.

Ce que les investisseurs et les consommateurs doivent retenir, c’est que le détroit restera fermé indéfiniment, avec tout ce que cela implique pour les chaînes d’approvisionnement mondiales et l’inflation.

Les marchés ne l’ont pas intégré dans les cours ; ils ont plutôt intégré une fin rapide de la guerre et la réouverture du détroit. Quand la réalité les frappera, préparez-vous à une importante baisse des cours, à une augmentation des taux d’intérêt et à une récession économique… voire pire.

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