La Chronique Agora

Le pétrole baisse, les taux ne suivent pas

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La chute du pétrole aurait dû soulager les marchés. Ce n’est pas le cas : les taux restent sous pression, comme si le marché obligataire refusait de croire au scénario rassurant vendu par la Maison-Blanche.

La détente des taux est pourtant la clé du maintien de Wall Street au firmament, sur fond de valorisations stratosphériques. Mais le récit d’un pétrole revenu près de ses niveaux d’avant-guerre — qui repose largement sur la confiance accordée aux déclarations de Donald Trump — risque de ne plus faire illusion au-delà des festivités marquant le 250e anniversaire de l’indépendance des États-Unis.

Factuellement, les entreprises énergétiques américaines ont encore prélevé 5,5 millions de barils de pétrole brut dans la Réserve stratégique de pétrole (SPR) au cours de la semaine achevée le 26 juin, ramenant le stock total à 325,7 millions de barils.

Il s’agit de son niveau le plus bas depuis mai 1983, selon l’EIA (l’Agence américaine d’information sur l’énergie). Les stocks hebdomadaires de pétrole brut chutent par ailleurs de 9,3 millions de barils après une baisse de 15,1 millions la semaine précédente… c’est moins que ce qui était redouté.

Mais la consommation va exploser cette semaine avec le pont de trois jours qui a débuté hier soir aux États-Unis, qui sera sans doute celui d’un pic annuel de consommation de carburant.

Comme un défi lancé aux automobilistes américains, le baril de pétrole WTI s’est enfoncé, ce 1er juillet, jusque vers 68 $, c’est-à-dire jusqu’aux planchers observés du 20 au 26 février dernier, avant que les marchés commencent à douter d’une issue positive aux négociations américano-iraniennes qui se déroulaient simultanément à Oman et à Istanbul — l’implication intransigeante de Jared Kushner ayant probablement pour but de les faire échouer.

Alors même que des pourparlers indirects ont repris à Doha, les chiffres dévoilés par l’EIA montrent clairement que les stocks américains de brut et de produits raffinés continuent de baisser, au point d’atteindre la cote d’alerte.

Cela fait d’ailleurs huit semaines que ces « plus bas » s’enchaînent, et ce constat se banalise à force de se répéter, au lieu de susciter une appréhension croissante.

Mais il faut aussi regarder du côté des carburants : là, le recul atteint un peu plus de 2,5 millions de barils, ce qui constitue un scénario classique alors que la « driving season » bat son plein aux États-Unis.

Mais peu importent les chiffres de l’EIA : Donald Trump est parvenu à ancrer la conviction que la réouverture d’Ormuz va « normaliser » la situation, résoudre tous les déséquilibres et dénouer l’impossible équation entre une offre raréfiée en provenance du Golfe et de la Russie et une demande considérablement accrue de la part des entreprises sommées de restituer les centaines de millions de barils prêtés par les États — lesquels sont dispensés d’intervenir sur les marchés, leur seul rôle étant la « gestion » des stocks, et non leur reconstitution.

Plus de trois semaines après la signature du mémorandum d’Islamabad, le constat qui devrait préoccuper les vendeurs sur les marchés à terme est le suivant : le trafic à travers le détroit d’Ormuz équivaut, au mieux, à 50 % de la « normale » d’avant-conflit durant les rares bonnes journées, et retombe parfois à 5 %.

Les investisseurs jouent à fond le narratif de la Maison-Blanche et prennent chaque déclaration de Trump, relayée par Axios ou publiée sur Truth Social, pour argent comptant, tout en sachant que, dans 95 % des cas, il s’agit d’extrapolations — une façon élégante de ne pas parler de « pure fiction manipulatoire ».

Prenons, par exemple, le dernier communiqué de Donald Trump, publié ce mercredi 1er juillet : la délégation iranienne a clairement fait savoir qu’elle refusait tout contact direct avec les négociateurs américains, ajoutant qu’elle ne leur accordait aucune confiance en raison de leurs volte-face permanentes et de la remise en question de plusieurs points d’accord considérés comme acquis lors de la signature du « MOU » à Versailles, le 12 juin.

Malgré des pourparlers séparés, Donald Trump estime que les États-Unis « s’entendaient très bien avec l’Iran » et que les récentes réunions organisées au Qatar « s’étaient soldées par un succès ».

Il ne précise évidemment ni les points sur lesquels les délégations ont avancé ni les engagements pris par chacune des parties. Il affirme que la circulation à travers Ormuz s’effectuera sans droit de passage d’aucune sorte, ce qui contredit les exigences iraniennes de la première heure, lesquelles n’ont jamais fait l’objet du moindre début de concession.

Il a également prétendu que les actifs iraniens progressivement dégelés serviraient exclusivement à l’achat de denrées agricoles auprès des fermiers américains, alors que la Russie demeure un fournisseur naturel.

Tout reste invérifiable… mais cela tombe bien, puisque Wall Street ne réclame aucune preuve : elle demande simplement à voir son optimisme conforté.

Ce qui compte, c’est que les cours baissent, puisque les initiés sont systématiquement vendeurs depuis trois mois, prenant parfois position un quart d’heure avant que ne filtrent du Bureau ovale des rumeurs de cessez-le-feu, systématiquement démenties deux heures plus tard par la partie iranienne — à l’exception de celle du 12 juin, vers 19 heures.

C’est la première fois dans l’histoire que l’on observe une chute de plus de 30 % du pétrole sans qu’un baril supplémentaire ait quitté le golfe Persique ou les ports russes du nord de la Baltique, tandis que les stocks stratégiques continuent de se vider.

Le Brent et le WTI ont tout simplement subi leur plus forte baisse trimestrielle depuis la crise financière mondiale de 2008.

Et, fort logiquement, il y a dix-huit ans, le rendement des T-Bonds avait reculé de 80 points de base en trois mois — de 4,20 % à 3,40 % —, tandis que le baril retombait de 140 $ à 70 $.

Rien de tel cette fois-ci : le rendement des T-Bonds s’est, au contraire, tendu de plus de 20 points de base par rapport aux 4,26 % enregistrés le 30 mars dernier.

Le mois de juillet a d’ailleurs bien mal commencé, avec une tension supplémentaire de 6 à 7 points de base sur les taux longs américains, malgré les propos moins alarmistes tenus mercredi après-midi par Kevin Warsh, le nouveau président de la Fed, au sujet de l’inflation.

Qu’est-ce que le marché obligataire voit que ni les spéculateurs sur les semi-conducteurs ni les vendeurs à découvert sur le pétrole ne veulent voir ou entendre ?

Les déclarations incendiaires de ministres israéliens, qui désignent désormais la Turquie comme un rival encore plus dangereux que l’Iran ? Ou celles du Premier ministre : « Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu’Erdogan appelle à la destruction de l’État d’Israël » ?

Et, pour attiser encore un peu plus les tensions avec Ankara, le gouvernement israélien vient d’approuver à l’unanimité la reconnaissance officielle du génocide arménien… Un pas décisif vers une rupture totale des relations diplomatiques. Les avions d’El Al ont déjà l’interdiction de survoler le territoire turc, tandis que l’accès aux ports est refusé aux navires israéliens.

Historiquement, cela ne préfigure rien de bon !

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