La tension remonte d’un cran dans le Golfe, au moment même où les marchés obligataires vacillent. Entre reprise des frappes américaines, pétrole sous pression et discours plus ferme de la Fed, le moindre dérapage géopolitique pourrait désormais suffire à faire basculer les taux.
Pratiquement tous les week-ends depuis début avril ont apporté un motif de soulagement concernant la situation dans le Golfe (des motifs presque toujours factices, imaginaires, destinés à favoriser des trades sur le pétrole au profit de certains initiés), mais le scénario a connu un véritable revirement en cette date anniversaire du sixième mois du début de la guerre.
Alors que le pétrole s’était nettement replié mardi dernier, avec la conviction que les États-Unis avaient renoncé aux opérations militaires risquant de déboucher sur une escalade contreproductive, l’armée américaine annonce avoir frappé avec des drones, ce dimanche 20 août, deux lanceurs de fusées iraniens sur l’île iranienne de Larak.
Cela fait suite à l’explosion d’une mine iranienne qui a gravement endommagé un pétrolier tentant de traverser Ormuz hors du corridor autorisé.
Pour mémoire, le pétrole avait chuté de 7 % en début de semaine dernière après que Trump a annoncé que le détroit avait été entièrement déminé.
C’est la première frappe US visant l’Iran depuis la fin juillet et elle survient quatre jours après que les États-Unis ont annoncé que les diplomates américains allaient réintégrer leurs ambassades dans les monarchies du Golfe, après près de six mois d’absence – leur évacuation ayant été décidée pour éviter des victimes en cas de bombardements iraniens sur les capitales du Golfe.
Les ambassades n’ont pas été touchées car Téhéran a essentiellement visé les bases américaines et des hôtels où des troupes US avaient été disséminées après l’évacuation des campements de la Navy et de l’US Air Force, devenus des cibles trop vulnérables.
Et sur 15 bases américaines, 14 seraient trop dévastées et inutilisables pour présenter le moindre intérêt opérationnel : les frappes du week-end proviennent soit de Jordanie, soit des forces aéronavales croisant au large des côtes iraniennes.
Selon les Gardiens de la révolution, l’attaque a tué et blessé plusieurs soldats et des civils (pas de confirmation côté US) : « Cette frappe appelle une réponse et une punition de la part de Téhéran », selon l’agence de presse iranienne Tasnim. Des « sources » iraniennes prétendent qu’en guise de riposte, les Gardiens de la révolution auraient tiré une salve de missiles sur une base US en Jordanie, information aussitôt démentie par la partie américaine.
Les retombées de ces événements, qui déjouent pas mal de pronostics, sont encore difficiles à évaluer : peut-être s’agit-il d’une opération militaire mineure, peut-être fortuite, mais dans les deux cas, les États-Unis – et comment imaginer que la Maison-Blanche n’a pas donné le feu vert ? – viennent d’envoyer deux signaux géopolitiques contradictoires en moins d’une semaine.
La réaction des traders sur l’énergie est restée d’ampleur modérée : le WTI n’a grimpé que de 1,5 %, le Brent renoue avec les 90 $, mais cela pourrait suffire à faire franchir aux taux d’intérêt – déjà sur le fil du rasoir – un cap décisif.
Les rendements se sont fortement tendus vendredi. Les T-Bonds sont revenus tutoyer leurs pires niveaux annuels et des sommets de plusieurs décennies, après que Kevin Warsh a indiqué, depuis la tribune du symposium de Jackson Hole, que « les conditions de financement n’étaient pas restrictives actuellement » (sous-entendu : elles devraient rapidement le devenir).
Il a achevé d’ancrer les anticipations du marché vers une hausse de taux en disant : « Nous devons être convaincus que l’inflation sous-jacente tend vers notre objectif et à une vitesse suffisante : il y a encore du travail. »
Et en effet, les derniers chiffres de l’inflation (PCE de juillet à +3,7 %) trahissent une dégradation de la tendance, après une brève embellie en juin.
Dès la mi-juillet, la trajectoire des T-Bonds a démontré que la fête était finie, le pétrole ayant repris une trajectoire ascendante quasi verticale entre le 6 et le 23 juillet.
Le baromètre FedWatch du CME indique qu’une hausse de 25 points mi-septembre fait soudain consensus, à 60 % : un renversement à 180° des anticipations en 24h, avec des proportions parfaitement identiques, mais en sens opposé.
Cela ne fait que rendre plus évident le divorce entre les indices boursiers qui gambadent sur les sommets, terminant le mois d’août avec des gains parfois supérieurs à 4 % (Nasdaq-100, DAX 40), et les marchés obligataires qui titubent au bord de l’abîme.
Une des deux parties se trompe forcément dans ses anticipations conjoncturelles pour l’automne… et, historiquement, les spécialistes des marchés de taux se trompent rarement.
Pour en terminer, voici l’autre info du week-end qui aurait également pu faire l’objet d’une chronique : l’Islande renonce – par référendum – à reprendre ses négociations d’adhésion à l’euro.
Mais je ne me suis pas lancé sur ce sujet car j’ignore pourquoi les Islandais ne voient pas l’intérêt de rejoindre une entité dont la croissance est proche de zéro, où tout processus démocratique – comme les référendums – a été banni, où des traités de libre-échange mènent à la destruction de pans entiers de l’économie, où le coût de l’énergie explose et qui cherche par tous les moyens à déclencher une confrontation avec Moscou, comme pour prendre une revanche sur la défaite de 1945 de l’Allemagne face à la Russie.
Oui, vraiment, le choix des Islandais a de quoi laisser perplexe !
