La Chronique Agora

La marche vers Moscou

À mesure que l’or grimpe, que le pétrole s’envole et que la dette américaine enfle, la guerre contre l’Iran révèle une ironie brutale : au nom de la puissance américaine, ce sont peut-être surtout la Chine et la Russie qui récoltent les dividendes du chaos.

Voyons un peu…

Où en sommes-nous ? Qui gagne, qui perd… jusqu’à présent ?

Ceux qui investissent dans l’or sont les grands gagnants. Le cours de l’or s’élève désormais à 5 200 $ l’once. Il a été multiplié par vingt depuis le début du siècle. (L’indice Dow Jones Industrial Average, qui affiche 48 000 points, a plus que quadruplé, quant à lui.)

Ceux qui investissent dans le pétrole ont reçu un coup de pouce cette semaine. Le cours du brut a flambé de 36 %, son pic le plus violent de l’Histoire.

Les consommateurs ont poussé un soupir de soulagement quand les tarifs douaniers – pièce maîtresse de la politique économique de Trump – ont été retoqués par la Cour suprême. Mais ils n’ont pas disparu pour autant. Un mélange de droits de douane variant de 10 % à 50 % demeurent en vigueur, bien que certains seront probablement contestés devant les tribunaux.

Et les déficits se creusent encore.

Selon Fox :

« Le déficit budgétaire a atteint 1 000 Mds$, au cours des cinq premiers mois de l’année budgétaire. »

Un invité de l’émission Barron’s Rountable a souligné que la dette fédérale américaine était estimée à 250 000 $ par foyer américain. Cette part augmente d’environ 15 000 $ par an.

En 1999, la dette nationale totalisait environ 58 % du PIB. À présent, elle représente plus du double – 122 % du PIB – grâce à ce quatuor d’imbéciles : Bush, Obama, Biden et Trump.

Républicains et démocrates semblent faire la course à celui qui l’aggravera encore en essayant d’acheter les votes avec des cadeaux fiscaux.

Voici les républicains à l’œuvre.

Selon Newsweek :

« Plusieurs changements de politique fiscale introduits sous le Président Donald Trump devraient augmenter les remboursements d’impôts dans de nombreux foyers, cette année. Parmi les changements les plus significatifs figurent de nouvelles règles supprimant les impôts pour certains types de revenus, notamment les pourboires et les heures supplémentaires, et s’accompagnant d’une augmentation du crédit d’impôt pour enfant à charge. La Tax Foundation, un think tank indépendant et apolitique, a déclaré que les remboursements pourraient être compris entre 300 $ et 1 000 $, pour les déclarants. Jusqu’à présent, le remboursement moyen tous déclarants confondus a augmenté d’environ 360 $, par rapport à la même période l’an dernier, selon les données de l’IRS [NDLR : fisc américain]. »

Et voici la proposition de l’équipe démocrate.

Toujours selon Newsweek :

« Le Sénateur Cory Booker a annoncé des projets de loi qui augmenteraient considérablement les déductions fiscales standard, les premiers 75 000 dollars de revenus devenant non imposables pour les couples mariés, avec ‘un allègement fiscal proportionnel pour les célibataires et les chefs de famille’, selon un communiqué officiel du bureau des démocrates du New Jersey. »

Mais le plus gros point que nous devons connecter, ce sont les frappes américaines sur l’Iran, une guerre qui a été déclenchée pour des raisons demeurant obscures.

Qui y gagne et qui y perd ?

On nous l’a d’abord présentée comme un « blitzkrieg » qui, selon Trump, serait terminé en deux ou trois jours.

Les États-Unis ont assassiné le chef politique et religieux de l’Iran aux premières heures du conflit, pendant le Ramadan. Malheureusement – mais ce n’était pas vraiment imprévisible – les foules n’ont pas commencé à agiter des drapeaux américains et à ouvrir des comptes chez BlackRock. Au contraire, le Pentagone déclare désormais que cela pourrait durer jusqu’en septembre.

S’il s’agissait d’une guerre contre la Somalie ou le Vietnam, la durée du conflit n’aurait pas beaucoup d’importance. Mais il s’agit d’une guerre contre le pays qui peut contrôler le corridor pétrolier le plus stratégique et le plus fréquenté du monde : le détroit d’Ormuz.

Selon Al Jazeera :

« Les gardiens de la révolution islamique déclarent qu’ils ne laisseront pas passer ‘un litre de pétrole’ dans le détroit d’Ormuz, dans un contexte où la fermeture de cette voie navigable stratégique du golfe Persique continue de perturber les marchés mondiaux de l’énergie, alors que les États-Unis et Israël font la guerre à l’Iran. »

Jusqu’à quel point l’Iran contrôle ce détroit ? Nous l’ignorons.

Mais les exportateurs de pétrole n’ont pas envie de le découvrir à leurs dépens. La proposition de Trump d’offrir une assurance – ou carrément d’escorter les navires dans le détroit – semble être hors de question. Soit les Iraniens peuvent faire couler les navires – dont ceux de la marine américaine qui les escorteraient – soit ils ne le peuvent pas.

En attendant, le prix de l’essence à la pompe a renoué avec ses niveaux de l’ère Biden.

Selon CNBC :

« Les prix de l’essence franchissent les 3,50 $ le gallon pour atteindre leur plus haut niveau depuis 2024, sur fond de guerre entre les États-Unis et l’Iran. »

L’énergie, hier un facteur favorable, frappe désormais l’économie de plein fouet. L’essence est en hausse de 32 %, par rapport à il y a douze mois.

Apparemment, le seul pétrole qui parvienne à franchir le détroit est celui destiné à la Chine… laquelle, il paraît, en reçoit plus qu’avant le début des frappes sur l’Iran.

Selon CNBC : 

« L’Iran envoie des millions de barils de pétrole à la Chine via le détroit d’Ormuz, alors même que la guerre paralyse cette voie navigable. »

Et donc… curieuse ironie de l’Histoire… c’est la Chine qui bénéficie le plus des frappes américaines sur l’Iran.

La Chine reçoit du pétrole, et pas le reste du monde. Et comme elle n’a fait de mal à personne, elle est considérée comme un allié plus fiable et plus sûr.

La Russie est gagnante, elle aussi : après des mois passés à l’en empêcher, les États-Unis autorisent désormais l’Inde à acheter du pétrole russe.

Et le plus grand perdant, c’est qui ? Les Iraniens, dont 168 enfants, qui ont subi la plus grande perte sous les effets directs du conflit.

Mais les effets indirects ne vont pas tarder à se manifester.

Le gouvernement s’est attribué le mérite de la baisse des cours de l’énergie. Si la guerre se poursuit et que le cours du pétrole reste élevé, ce sera probablement une mauvaise nouvelle pour les républicains, aux élections de mi-mandat de novembre.

Et si l’on en arrive là, cela pourrait être désastreux pour le président des États-Unis qui, à plus de 80 ans, pourrait être confronté à de nouvelles révélations liées à Epstein et soumis à un sévère interrogatoire par des commissions contrôlées par les démocrates.

Dans tous les cas, qu’elle soit lente ou rapide, la marche vers Moscou se poursuit.

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