La Chronique Agora

Le vrai déclin américain n’a pas commencé avec les guerres

Afghanistan, Irak, Iran… les revers géopolitiques de Washington sont souvent analysés comme des erreurs stratégiques. Mais pour Bill Bonner, le problème est ailleurs : l’Empire de la bulle repose depuis des décennies sur une montagne de dette qui finit par fragiliser toute sa puissance.

« Les Etats-Unis ont perdu leur chemin après le 11-Septembre », écrit Gerald Baker dans le London Times.

Les guerres en Afghanistan et en Irak ont coûté plus de 7 000 vies américaines, des centaines de milliers de vies civiles et des milliers de milliards de dollars, transformant l’excédent budgétaire d’autrefois en une dette désormais supérieure à 40 000 milliards de dollars. Voir la première puissance mondiale s’enliser pendant une décennie face à des bombes artisanales et des fusils datant de l’époque soviétique a profondément entamé la confiance des Américains en eux-mêmes et a affaibli l’autorité internationale de Washington. Mais le dommage le plus profond a peut-être été la perte de confiance des Américains dans leur propre gouvernement et dans leur pays.

Dans les médias, les commentateurs se sont efforcés de donner un sens aux événements récents… d’expliquer le bouleversement spectaculaire de la place occupée par les Etats-Unis parmi les grandes puissances.

Une idée revient souvent : les États-Unis auraient « pris la mauvaise direction »… auraient été « aveuglés » par un désir de vengeance… ou encore le choc émotionnel aurait plongé les dirigeants américains et la population dans une forme de « chaos et de folie ».

Daniel Larison :

La « guerre contre le terrorisme » a été un échec.

Les États-Unis ont consacré les vingt-cinq dernières années à semer mort et destruction sur deux continents, avec finalement très peu de résultats au regard des efforts engagés.

Tout cela est vrai.

Mais tout cela passe à côté de l’essentiel.

Ces analyses partent toutes du principe que les États-Unis se dirigeaient vers une autre destination. Comme s’ils étaient montés dans un train censé les conduire vers la gloire… pour finalement se retrouver à Gary, dans l’Indiana. Quelle déception !

Mais que se passerait-il si le train avait toujours été destiné à prendre cette direction ?

Et si ce n’étaient ni le chagrin, ni la folie, ni les erreurs d’une administration particulière qui avaient conduit l’Amérique là où elle se trouve aujourd’hui ?

L’Amérique n’a pas perdu son chemin.

Elle a trouvé celui qu’elle avait emprunté.

Elle était déjà condamnée par son système de monnaie artificielle.

Donald Trump n’est pas non plus entièrement responsable des derniers revers. Il n’est qu’un dirigeant de plus dans une longue succession — de Bush à Obama, en passant par Biden… et Trump.

Le dernier arrivé n’a pas changé de direction.

Il a simplement appuyé plus fort sur l’accélérateur, tout en admirant son reflet dans la vitre pendant que le train continuait sa course.

Mais attention, Casey Jones : un obstacle se profile sur les rails.

Reuters :

Le pétrole dépasse 108 dollars alors que les attaques et l’arrêt d’un oléoduc aggravent les inquiétudes sur l’approvisionnement saoudien.

À en juger par les faits, la guerre contre le terrorisme semble aller plus mal que jamais.

L’Iran contrôle le détroit d’Ormuz.

Les Houthis semblent gagner en influence sur la mer Rouge.

Et des milices irakiennes prennent pour cible l’oléoduc saoudien.

Elles semblent ainsi peser sur le marché mondial du pétrole d’une manière que les manuels financiers n’avaient pas prévue.

Elles ne cherchent pas à « prendre livraison » du pétrole.

Elles s’assurent simplement que personne d’autre ne puisse le faire.

Associated Press :

Les Houthis prennent le contrôle de deux îles stratégiques en mer Rouge.

Associated Press, AFP, Reuters :

Bagdad confirme que l’attaque contre l’oléoduc saoudien venait d’Irak.

L’Arabie saoudite a déclaré qu’elle ne riposterait pas et demande à l’Irak de « prendre les mesures nécessaires ». Bagdad est sous pression américaine pour contenir les milices soutenues par l’Iran.

Pendant ce temps, WLOS :

Le prix du diesel atteint un record historique, à plus de 6 dollars le gallon en moyenne aux États-Unis.

Alors que les « terroristes » font grimper le prix du pétrole, les spéculateurs s’attaquent aux taux d’intérêt.

MarketWatch :

Le rendement du Treasury américain à 10 ans atteint 5 % alors que les prix du pétrole augmentent et que la réunion de la Fed approche.

Les investisseurs parient contre « la maison »… et ils gagnent.

Le Pentagone ne peut pas contrôler les « terroristes ».

Scott Bessent ne peut pas contrôler le marché obligataire.

Même avec la plus grande économie du monde entre leurs mains, ni l’un ni l’autre ne peuvent contrôler le prix du diesel.

Le diesel est le carburant qui permet d’acheminer les marchandises.

Les autoroutes sont remplies de camions.

Et ces camions roulent au diesel.

Lorsque le coût du diesel augmente, le prix de tout ce que ces camions transportent augmente également.

De la même manière, le coût du capital est le carburant du monde financier.

Tout dépend de lui.

Faites monter son prix, et tout ce que le capital permet d’acheter devient également plus cher.

Mais il n’y a rien de véritablement surprenant là-dedans…

À l’exception peut-être des détails qui viennent des champs pétrolifères.

Les biens deviennent plus chers à mesure que la Fed perd son emprise.

Les spéculateurs délaissent les titres de l’Empire — principalement les obligations du Trésor américain — pour les vendre.

Ce qui nous amène au véritable cœur de l’histoire du « déclin de l’Empire ».

Les erreurs américaines du XXIe siècle n’ont pas été de simples détours imprévus.

Elles étaient les étapes logiques — et probablement inévitables — d’un trajet déjà engagé.

L’Empire de la bulle repose avant tout sur une immense histoire d’inflation.

De la nouvelle monnaie entre dans l’économie chaque fois qu’une dette est contractée.

Ainsi, chaque nouveau dollar de dette équivaut à un dollar supplémentaire de masse monétaire.

La dette est le véritable carburant de l’Empire…

sa véritable monnaie.

En 1971, la dette publique et privée totale des États-Unis s’élevait à environ 2 000 milliards de dollars, tandis que le PIB représentait environ la moitié de cette somme.

Autrement dit, chaque dollar de dette était soutenu par 50 cents de production économique.

Aujourd’hui, la dette représente jusqu’à 4,5 fois le PIB.

Cet écart — environ 2,5 fois le PIB, soit jusqu’à 75 000 milliards de dollars — donne une mesure de la taille de l’Empire de la bulle.

C’est aussi une estimation de la quantité de richesse artificielle qui pourrait disparaître lorsque la bulle éclatera.

Mais souvenez-vous : la vraie richesse ne disparaît pas.

La maison est toujours là…

L’usine aussi…

Et le saucisson.

Ce qui disparaît, c’est le papier.

Le « réel » reste.

Le « financier » brûle.



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