La Chronique Agora

Dollar au plus haut, or sous pression : l’étrange paradoxe américain

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Le dollar au plus haut, l’or au plus bas… avec bientôt 40 000 Mds$ de dette américaine ? Derrière ce paradoxe apparent se dessine une réalité moins rassurante : ni la Fed ni la BCE ne pourront durablement maintenir des taux supérieurs à l’inflation. Et lorsque les investisseurs en prendront pleinement conscience, les flux pourraient revenir massivement vers les métaux précieux.

Nous sommes le 29 juin. C’est presque l’heure de faire le bilan de ces six premiers mois de l’année : nous procéderons à la revue des performances dès ce mercredi 1er juillet. Mais, d’ores et déjà, nous pouvons affirmer que l’un des scénarios les plus inattendus de cette fin de premier semestre n’est pas la performance stratosphérique du SOXX — avec plus de 100 % depuis le 30 mars — ni celle de la Bourse de Séoul, en hausse de 120 % malgré la guerre, mais bien la progression de 6 % du Dollar Index face aux principales devises et de 3 % du billet vert face à l’euro, retombé à son plus bas niveau depuis le 29 mai 2025.

Un dollar au plus haut depuis treize mois, malgré 2 000 Mds$ de dette supplémentaire et un Donald Trump qui avait affiché la couleur dans l’une de ses déclarations choc du 28 janvier dernier : « La baisse du billet vert est formidable », car elle dope l’industrie américaine.

Cet appel à la baisse du billet vert a correspondu, au jour près, avec son plancher annuel et le zénith historique de l’or et de l’argent… comme si Trump avait voulu permettre aux initiés de vendre les métaux précieux au plus haut, alors que le repli du dollar constituait justement le principal moteur de leur hausse depuis le jour de son élection, le 5 novembre 2024.

Et on ne comptait plus les fois où il avait déclaré que les taux devaient baisser — là aussi, un puissant stimulant pour l’or et l’argent — et que Powell était un incapable. Son obsession : faire baisser le coût du refinancement pour rendre les bientôt 40 000 Mds$ de dette soutenables.

La poussée inflationniste du deuxième trimestre 2026 a changé la donne : la Fed est passée en mode « Notre mission est de contrôler l’inflation ».

Mais ce ne sont que des mots, et nous doutons que Kevin Warsh ait la ferme intention d’aller à l’encontre de la volonté de Donald Trump de faire baisser les taux ou, plus pragmatiquement, de les maintenir à un niveau inférieur au taux d’inflation réel.

Et comme, derrière chaque stratégie de ce type inspirée du célèbre « TACO » — fougueux en paroles, frileux en actes —, il existe une réalité qui actionne des mécanismes implacables, l’or et l’argent verront les flux revenir massivement lorsque les « grosses mains » réaliseront que ni la Fed ni la BCE ne prendront le risque de laisser les taux afficher un rendement positif par rapport à l’inflation.

Autrement dit, jamais le rendement de l’euro ou du dollar ne compensera la perte de leur pouvoir d’achat. Il s’en faudra même de beaucoup, car les taux négatifs ont pour principale vertu de dévaluer la dette — et donc d’alléger son poids pour l’emprunteur — aux dépens du créancier.

Ne cherchez pas plus loin pourquoi la Chine continue d’accumuler de l’or, à raison de 150 tonnes par mois depuis mars dernier. Une partie de ce stock provient de la Russie, qui en a revendu 220 tonnes depuis le début de l’année.

Son Fonds de richesse nationale — NWF, l’équivalent des fonds souverains occidentaux —, qui détient une partie des stocks d’or russes, a vendu plus de 200 tonnes d’or pour combler le déficit budgétaire creusé par la chute des revenus pétroliers et gaziers. L’essentiel des réserves n’a pas bougé et reste détenu par la banque centrale.

La Russie a vendu du métal précieux au plus haut de l’histoire, à plus de 4 500 $ l’once en moyenne… tout l’inverse de ce qu’a fait Nicolas Sarkozy pour la France en liquidant 572 tonnes du stock d’or de la Banque de France entre 2004 et 2009, à un prix moyen inférieur à 450 $, soit dix fois moins.

Une rumeur — sûrement malveillante — affirme que l’acheteur était américain et qu’il cherchait à compenser la disparition comptable d’une partie de ses propres stocks d’or, raison pour laquelle le contenu des sous-sols de Fort Knox n’aurait plus jamais été inventorié depuis cinquante ans.

Deux ans après que la France eut achevé son programme de vente, l’or a quadruplé de valeur et atteint 1 950 $ en septembre 2011. Soit une perte d’opportunité se chiffrant en dizaines de milliards pour la France : 28 milliards avec une once à 1 900 $, et 85 milliards avec une once à 5 000 $. Il s’agit de la plus désastreuse décision d’arbitrage jamais prise par un ministre devenu, malgré cette funeste erreur, président de la République française de 2007 à 2012.

Aujourd’hui, nos médias dénoncent cette « erreur » commise par Poutine, qui consiste à vendre au plus haut — car nous, au moins, nous vendons au plus bas ! — au lieu de conserver précieusement cet or, parce que son économie « est à l’agonie » et que son pays est « accablé de dettes ».

Rendez-vous compte de l’ampleur de la catastrophe qui s’abat sur la Russie : ce pays est endetté à hauteur de 20 %, contre 120 % pour la France et les États-Unis — soit six fois moins — et 240 % pour le Japon — soit douze fois moins.

Ah oui, j’oubliais : la Russie extrait de son sol 330 tonnes d’or par an, soit plus du double de la production des États-Unis — environ 160 tonnes —, et se classe au deuxième rang mondial derrière la Chine, dont la production est estimée entre 380 et 400 tonnes.

Production de la France : 0,000 tonne.

On a bien raison de se moquer de la Russie, qui ne s’enrichira peut-être que de 100 tonnes supplémentaires — soit 3 200 000 onces cette année, ou 13 Mds$ au cours actuel. À peine de quoi rééquilibrer les comptes de notre assurance maladie !

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