La Chronique Agora

Dette américaine : l’engrenage infernal est enclenché

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Avec une dette devenue incontrôlable, les États-Unis n’ont plus beaucoup de marge de manœuvre. Et si Washington continue de compter sur l’inflation pour alléger le fardeau, le remède pourrait bien se révéler pire que le mal.

« Les droits de douane sont payés par les parents qui cherchent à subvenir aux besoins de leur famille. Ils sont payés par les étudiants qui économisent pour acheter leur première voiture. Ils sont payés par tous ceux qui souhaitent acheter à peu près n’importe quel produit. » — Rand Paul

Deux énormes surprises nous attendent. Mais commençons par les nouvelles du jour.

Au milieu des événements aussi inquiétants qu’énigmatiques de la semaine dernière, un rapport consacré aux droits de douane a retenu notre attention.

Le Washington Post rapporte :

« La Réserve fédérale de New York a publié la semaine dernière une étude sur les effets des droits de douane sur les prix. Il en ressort qu’en février dernier, les taxes à l’importation annoncées par Donald Trump en 2025 avaient ‘contribué à hauteur de 2,9 points de pourcentage à l’inflation des biens’, alors même que la hausse des prix demeure la principale préoccupation des électeurs. Sans cette avalanche de droits de douane, précise la Fed de New York, ‘les prix des biens auraient légèrement diminué’. »

Les droits de douane frappant d’abord les entreprises, qui versent directement ces taxes à l’État fédéral, cela explique peut-être pourquoi les producteurs subissent une inflation bien plus forte que les consommateurs.

Wolf Richter nous livre les chiffres suivants :

« L’inflation des prix que les entreprises se facturent mutuellement, mesurée par l’indice des prix à la production (PPI), s’est accélérée pour atteindre 6,3 % sur un an en septembre. C’est son niveau le plus élevé depuis décembre 2022.

L’inflation a été beaucoup plus violente pour les entreprises que pour les consommateurs, même si la situation se dégrade également pour ces derniers : l’indice des prix à la consommation (CPI) a accéléré hier pour atteindre 3,7 % sur un an. Le déflateur du PIB, quant à lui, mesure l’inflation subie par l’ensemble des acteurs économiques : ménages, entreprises, associations et administrations publiques. »

Des droits de douane qui produisent l’inverse de l’effet recherché

Les droits de douane constituent une cible facile. D’abord parce qu’ils sont absurdes. Ensuite parce qu’ils ne fonctionnent pas.

Selon Fox News :

« L’industrie manufacturière, que ces droits de douane étaient précisément censés soutenir, a particulièrement souffert, selon ce rapport accablant. Les chercheurs estiment que le secteur a perdu environ 75 000 emplois au cours de la première année d’application de cette politique, soit quelque 6 250 emplois par mois.

‘Nous pouvons affirmer avec un niveau de confiance supérieur à 90 % que les droits de douane ont entraîné des destructions d’emplois dans l’industrie manufacturière’, a déclaré à Fox News Digital Richard Stern, vice-président du Plymouth Institute for Free Enterprise, au sein d’Advancing American Freedom. »

Rien de surprenant.

Les usines modernes ne se contentent pas de vendre leurs produits à l’étranger. Elles y achètent aussi leurs matières premières.

Taxez leurs approvisionnements et leurs coûts de production augmentent. Les prix qu’elles facturent suivent naturellement la même trajectoire.

Voilà comment les prix à la production ont grimpé de 6,3 % au cours des douze derniers mois.

Et les droits de douane n’ont même pas permis de réduire le déficit commercial.

Comme le souligne le CEPR :

« En décembre [2025], le déficit était remonté à 100 milliards de dollars par mois, soit à peu près son niveau d’avant l’élection. Il s’est de nouveau fortement creusé en 2026, notamment sous l’effet de l’explosion des importations de semi-conducteurs liée à l’essor de l’intelligence artificielle. En août, il a atteint 132,6 milliards de dollars, son deuxième niveau le plus élevé jamais enregistré, juste derrière le record de mars de l’année précédente. »

Les droits de douane sont un problème que les États-Unis se sont eux-mêmes infligé. Et il serait facile d’y remédier.

Il suffirait de les supprimer.

Tout de suite.

Et voilà, problème réglé.

Le piège de la dette américaine

L’inflation elle-même pourrait être facilement maîtrisée.

Il suffirait de supprimer les droits de douane et d’imposer à l’État de vivre selon ses moyens… tout en commençant à rembourser sa dette.

Plus d’emprunts. Plus de monnaie créée artificiellement.

Pourquoi pas ?

N’importe quel agriculteur, n’importe quelle veuve, n’importe quel électeur à moitié idiot est capable de respecter cette discipline.

Mais personne ne s’y astreint lorsqu’il peut faire autrement.

Et surtout pas ceux qui continuent de croire qu’ils pourront « faire fondre la dette grâce à l’inflation ».

Autant demander au loup de renoncer à la viande pendant le carême.

C’est ici qu’intervient notre première surprise.

Le type d’inflation qu’imaginent nos dirigeants — une inflation lente, modérée, bien domestiquée, tournant autour de l’objectif de 2 % de la Fed — peut fonctionner à peu près convenablement.

Mais à une seule condition : que la dette accumulée reste sous contrôle.

Or, le seuil critique semble se situer quelque part entre 100 % et 130 % du PIB.

Grâce à Joe Biden et Donald Trump, qui ont, à eux deux, ajouté 20 000 milliards de dollars à la dette américaine au cours des dix dernières années, nous avons désormais atteint cette zone de mort.

À ce stade, même une légère hausse des taux d’intérêt peut déclencher un engrenage incontrôlable.

Les déficits obligent l’État à emprunter davantage. Ces emprunts font grimper les taux d’intérêt. La hausse des taux alourdit à son tour la charge de la dette dans le budget fédéral, contraignant Washington à emprunter encore plus.

Et ainsi de suite.

Comme le souligne Tom, dans cette situation, la solution consistant à « faire tourner la planche à billets », censée permettre de choisir l’inflation plutôt que la faillite, ne vous sauve plus.

Elle vous achève.

Quand l’inflation échappe à tout contrôle

Les investisseurs et les consommateurs ont déjà compris que l’on cherchait à les berner.

Ils s’attendent à de l’inflation. Mais ils l’imaginent encore relativement civilisée, certainement inférieure à 10 % par an.

Voici donc notre première surprise : l’inflation, ce gentil animal de compagnie qui sommeille tranquillement devant la cheminée, va redevenir une bête sauvage.

Peut-être l’année prochaine.

Peut-être dans dix ans.

Elle dévorera votre déjeuner. Votre dîner. Vos meubles.

Comme un loup monstrueux, animé d’une faim insatiable, elle engloutira toutes vos économies.

« Hyperinflation, hurleront alors les médias. Personne ne l’avait vue venir ! »

Et c’est précisément ce qui donnera au Trésor américain l’occasion de nous réserver sa deuxième grande surprise.

La deuxième surprise : la fin du dollar tel que nous le connaissons ?

Le dollar sera dévalué, peut-être à raison de 100 anciens dollars pour un nouveau. Ou bien une nouvelle forme de monnaie sera inaugurée… inventée par Elon Musk, pourquoi pas ?

Elle fera des pirouettes avant d’atterrir directement sur votre compte bancaire. Une monnaie numérique, dopée à l’intelligence artificielle et reposant sur les crypto-monnaies.

Et nous serons ravis de l’accueillir !

Les autorités fédérales annonceront alors que vos « anciens » dollars n’ont plus cours et ne valent plus rien.

Une décision purement symbolique, puisque ces dollars auront déjà perdu toute leur valeur.

Le président prendra la parole pour annoncer la nouvelle.

La main sur le cœur, il jurera ses grands dieux que jamais, au grand jamais, les États-Unis ne connaîtront à nouveau une inflation aussi dévastatrice.

Et le plus surprenant, dans toute cette histoire ?

C’est que beaucoup d’électeurs le croiront.

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