La Chronique Agora

Le brouillard de la paix

A grayscale image portrays a desolate landscape riddled with rubble and ruins, suggesting a scene of devastation and conflict. A white flag billows in the overcast sky, implying a potential ceasefire or surrender. The image is composed in a dramatic style with dark tones and hints of smoke, suggesting a harsh environment.

On a proclamé la trêve comme on avait proclamé la victoire : avec aplomb, sans trop se soucier de ce qui se passait réellement sur le terrain. À mesure que les versions s’entrechoquent, une évidence s’impose : ni la guerre ni son interruption ne ressemblent à ce qu’on nous avait annoncé.

« Dans ce plan, les États-Unis s’engagent à garantir la non-agression, à maintenir le contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz, à accepter l’enrichissement, à lever l’ensemble des sanctions, à mettre fin à toutes les résolutions du Conseil de sécurité et du Conseil des gouverneurs, à indemniser l’Iran pour les dommages subis, à retirer les forces de combat américaines de la région, et à faire cesser la guerre sur tous les fronts, y compris celle menée contre l’héroïque Résistance islamique du Liban. » — Le Conseil suprême de sécurité nationale d’Iran, à propos du cessez-le-feu

Comme la naissance virginale ou la monnaie imprimée à volonté, la prétendue victoire sur l’Iran demeure incompréhensible pour les esprits simples. Mais il en va ainsi, plus largement, de l’histoire de la guerre et de la politique étrangère en général.

En quête d’un semblant de clarté… force est de constater que l’essentiel de ce que nous croyons savoir est probablement faux… et que même les fragments de vérité font figure de simples fantassins dans une guerre de farce : ils sont là, bien réels, promis au sacrifice, sans que personne ne sache vraiment pour quelle cause.

Hier, les médias ont passé la journée à tenter d’y voir plus clair. Un cessez-le-feu était-il réellement en vigueur… ou non ? S’appliquait-il aussi aux Israéliens… ou non ? Le trafic avait-il repris dans le détroit ? Quelle proposition de paix avait été acceptée… la version américaine ou celle de l’Iran ? Le Liban en faisait-il partie ?

Quoi qu’il en soit, le général Caine a déclaré qu’un « cessez-le-feu n’est qu’une pause ».

On a vite découvert qu’il s’agissait d’une pause si brève que, si vous étiez allé aux toilettes, vous auriez peut-être tout simplement manqué l’épisode.

Vers 10 heures, NBC rapportait ceci :

« Israël lance une offensive massive au Liban après l’accord sur un cessez-le-feu »

À 11 heures, le détroit était de nouveau fermé. Jackson Hinkle :

« DERNIÈRE MINUTE : l’Iran FERME OFFICIELLEMENT le DÉTROIT D’ORMUZ jusqu’à nouvel ordre, à la suite de l’attaque israélienne contre le Liban — agence Fars »

À 13 heures, le Wall Street Journal apportait des précisions :

« L’Iran a indiqué aux médiateurs qu’il limiterait à une douzaine environ par jour le nombre de navires autorisés à franchir le détroit d’Ormuz et qu’il imposerait des droits de passage dans le cadre du cessez-le-feu conclu par le président Trump, montrant ainsi que Téhéran entend conserver la maîtrise de la plus importante voie maritime énergétique au monde.

Les navires autorisés à passer devront se coordonner avec le Corps des gardiens de la révolution islamique, puissante force paramilitaire désignée comme organisation terroriste par les États-Unis et l’Union européenne, ont indiqué des médiateurs arabes. »

Et à 15 heures, le cessez-le-feu n’en était déjà plus un. World Politics Review titrait : « Quel cessez-le-feu ? » Et écrivait :

« En réalité, peu de choses ont changé sur le terrain au cours des vingt-quatre dernières heures. Les frappes aériennes iraniennes continuent de viser des cibles à Bahreïn, au Koweït et aux Émirats arabes unis. L’Arabie saoudite a signalé qu’un oléoduc stratégique est-ouest, qui achemine du pétrole vers la mer Rouge, avait été touché.

Le trafic n’a pas repris dans le détroit d’Ormuz.

Pendant ce temps, Israël a lancé la plus violente vague de frappes aériennes à ce jour contre le Liban, tandis que le Premier ministre Benjamin Netanyahou affirmait que le Liban était exclu de l’accord, contredisant frontalement la déclaration de Sharif. En réalité, les Américains semblent avoir été les seuls à cesser le feu. »

À 16 heures, nous avons découvert que quelqu’un n’avait manifestement pas lu entre les lignes. Reuters :

« Les États-Unis n’ont jamais accepté que le cessez-le-feu soit appliqué au Liban, affirme Vance »

Quoi qu’on en dise, ce cessez-le-feu était à l’image de la guerre qu’il était censé interrompre : ni l’un ni l’autre ne correspondait à ce qui en avait été annoncé.

Le marché boursier n’avait pas pris la fin du monde très au sérieux. Il s’est envolé dès l’ouverture hier.

Et ce matin, le brouillard de la guerre a cédé la place au brouillard de la paix. Seuls les combattants américains ont déposé les armes… et se demandent désormais pourquoi ils les avaient levées en premier lieu.

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