Désavoué dans les urnes, Donald Trump voit son personnage d’homme fort se décomposer. Guerre contre l’Iran, droits de douane, pouvoir personnel… Derrière les coups d’éclat, le président est incapable de tenir un cap. Il lui reste pourtant un outil dont il pourrait faire bon usage : le veto.
« Donald Trump était le plus stupide de tous mes étudiants. » — Propos attribués au professeur William T. Kelley
Les élections sont terminées. Les bulletins sont comptés. Le roi est mort. Du moins, beaucoup semblent l’espérer.
Voici l’autopsie dressée par le Wall Street Journal :
« Rarement, dans la vie politique américaine, un président aura dilapidé aussi vite un tel capital politique.
Les pertes subies mardi par les républicains constituent l’un des désaveux les plus cinglants infligés à un président dans l’histoire moderne. Donald Trump était revenu à la Maison-Blanche avec des atouts dont il ne disposait pas lors de son premier mandat : une victoire au vote populaire, une équipe de collaborateurs désireux d’étendre son autorité et une popularité jusque dans la culture populaire, où des joueurs de football américain célébraient leurs touchdowns en exécutant la ‘danse de Trump’.
Deux ans plus tard à peine, son assise politique s’est effondrée… Une guerre délibérément engagée contre l’Iran et des droits de douane imposés aux partenaires commerciaux des États-Unis ont trahi sa promesse d’éviter les aventures à l’étranger et de maîtriser l’inflation. »
L’intéressé, lui, accuse les médias d’être responsables de la débâcle républicaine. Selon MSN :
« Le président Donald Trump s’en est pris à Fox News, cherchant à faire porter à la chaîne la responsabilité des lourdes pertes républicaines aux élections de mi-mandat. Selon lui, la chaîne conservatrice ‘porte une responsabilité dans ces défaites, à force de donner constamment et systématiquement la parole à l’opposition ‘démocrétine’, et pire encore’. »
De son côté, Fox News accuse Trump :
« Les conservateurs sidérés par un raz-de-marée démocrate ‘catastrophique’ aux élections de mi-mandat : ils mettent en cause la guerre de Trump contre l’Iran et les prix élevés de l’essence. »
Un César sans boussole
Le véritable problème, c’est que Trump voulait incarner un « homme fort »… un César… un Duce… un héros des masses. Mais il n’était pas plus doué pour le despotisme que pour diriger un casino ou une université. Ses entreprises ont presque toutes échoué. À présent, sa présidence d’homme fort a fait naufrage à son tour.
« L’État, c’est moi », aurait-il pu dire s’il avait eu un peu plus de perspective historique. Il aurait pu prendre Juan Perón pour modèle, s’il avait jamais ouvert un livre d’histoire… ou même Jules César. Les ressemblances étaient d’ailleurs frappantes. César avait franchi le Rubicon ; Trump n’avait-il pas traversé l’East River ?
Depuis le début, les capacités intellectuelles de Trump ont été considérablement surestimées… surtout par lui-même. On les disait si exceptionnelles qu’il pouvait se passer d’instruction, de convictions et d’idéologie. La vérité lui venait sans étude ni réflexion, comme la manne aux Israélites. Il pouvait jouer aux « échecs en trois dimensions », guidé par son instinct infaillible et ses dons de « génie stable ».
Il ne reprenait ni les refrains progressistes ni les vieux classiques conservateurs. Lui, il concluait des « deals ». Il bousculait l’ordre établi. Mais à la manière d’un ivrogne qui tourne à gauche quand le GPS lui indique la droite. Encore aurait-il fallu qu’il sache où il allait.
Les choses auraient pu se passer tout autrement. S’il était resté éveillé pendant ses cours à Wharton, par exemple, il aurait su ce que sait tout étudiant de deuxième année : les droits de douane risquent de faire monter les prix dans le pays qui les impose.
Et s’il avait pris la peine de s’intéresser à la désastreuse expédition athénienne en Sicile… aux croisés de Guy de Lusignan, accablés par la soif sur les cornes de Hattin… ou même à la Wehrmacht transie de froid aux portes de Moscou… il aurait peut-être compris que la « létalité » est un mot de sergent recruteur, pas de stratège. Les vrais chefs n’oublient pas de réfléchir lorsqu’ils enfilent leur casque.
Et s’il n’avait pas évincé ses conseillers militaires compétents pour les remplacer par des imbéciles comme Pete Hegseth, ceux-ci lui auraient expliqué qu’une guerre contre l’Iran risquait de lui apporter davantage d’ennuis que de bénéfices.
Le temps des comptes
À présent, c’est lui, sa famille et ses acolytes qui se retrouvent sous le feu. Ils accordent déjà leurs versions, répétant leur récit comme des écoliers qui attendent devant le bureau du directeur. Bientôt, ils devront le servir à des enquêteurs hostiles. MSN :
« Un haut responsable démocrate conseille à Trump et aux républicains de prendre un avocat après leur défaite aux élections de mi-mandat. »
Et le pauvre Trump distribuera les grâces présidentielles comme des bonbons à Halloween.
Quel dommage. Après tant de moments exceptionnels au cours de sa longue carrière, en voici un de plus. Trump est désormais le plus boiteux des « canards boiteux » ayant jamais traversé les pelouses de la Maison-Blanche. Nous n’avons jamais rien vu de tel. Désavoué à tous les échelons, aux quatre coins du pays… dans le retournement électoral de mi-mandat le plus spectaculaire de l’histoire américaine… que peut-il encore faire ?
La bonne nouvelle, c’est qu’il annonce vouloir faire ce qu’il aurait dû faire depuis le début. El Cronista :
« Veto, veto, veto : Donald Trump affirme qu’il bloquera tous les textes qu’un Congrès démocrate lui soumettra après mardi — et il sera presque impossible de passer outre. »
Le veto est l’outil idéal pour lui. Il ne demande ni compétence particulière ni préparation. Il suffit de dire « non ». Et s’il refuse suffisamment de dépenses… qui sait… peut-être finira-t-il par se racheter.
Un rôle trop grand pour lui
Mais le problème de Trump, depuis toujours, c’est son incapacité à définir une ligne de conduite raisonnable et à s’y tenir. Même son rôle d’homme fort n’y a pas échappé : une esquive par-ci, une pirouette par-là, un tourbillon d’agitation et de propos sans suite… Il n’arrivait tout simplement pas à se concentrer sur la tâche à accomplir.
Dans les affaires, c’était pareil. Il sautait d’un navire en perdition à un autre, prenant habilement soin de laisser créanciers et investisseurs à bord, sans même une bouée de sauvetage.
C’est à la télévision que Trump a réussi : ses répliques et son personnage y étaient écrits pour lui. Mais à la Maison-Blanche… à deux heures du matin sur Truth Social… il était seul. Il devait écrire son propre texte et construire son propre personnage. Et une part étonnamment importante de la population n’a pas aimé le scénario.
Il a dit ce qu’il n’aurait pas dû dire. Conclu des accords qu’il n’aurait pas dû conclure. Il s’est fait des ennemis là où il aurait dû se faire des amis. Il a fait la guerre là où il aurait dû faire la paix.
Et maintenant que sa course est achevée… qu’il a passé son heure sur scène à se pavaner et à s’agiter… il grognera comme un vieux chien à l’approche du facteur. Il montrera les crocs à la presse, puis s’éloignera en boitant, oubliant parfois à qui il parle… s’assoupissant de temps à autre en réunion du cabinet… et se comportant, dans l’ensemble, comme le vieillard déchu qu’il est.
