La Chronique Agora

Quand les taux refusent d’obéir

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Scott Bessent pensait pouvoir faire plier le marché obligataire et ramener les taux longs à la baisse. Mais les investisseurs n’ont pas suivi. Et lorsque les marchés refusent de se laisser manipuler, Washington ressort une vieille recette : davantage d’intervention, davantage de faux signaux… jusqu’à ce que la contrainte prenne le relais.

La semaine dernière, nous poursuivions notre promenade au pays des bulles, ce vaste parc d’attractions financier où tout semble factice, truqué ou carrément frauduleux… Avec, au bout du compte, toujours le même objectif : délester les braves gens de leur argent.

Le week-end venu, le cirque n’a pas baissé le rideau. Une fête de village était organisée non loin de chez nous, attirant plusieurs centaines d’habitants des environs. Un buffet improvisé accueillait une longue file de convives. Les enfants sautaient sur des trampolines et des installations à élastiques. Des danseurs de tous âges — chaussés de sabots de bois et vêtus de costumes traditionnels poitevins — se lançaient dans une démonstration de danses d’autrefois, à grands renforts de jambes et de claquements de pieds. Plus loin, des tireurs visaient des ballons dans l’espoir de repartir avec quelque babiole.

Ces petites fêtes foraines nous rappelaient celles de notre jeunesse. Nous pensions qu’elles avaient disparu depuis longtemps.

Apparemment, non.

La technologie change. La demande, elle, est éternelle.

Et ces derniers jours, deux informations — deux nouveaux points à relier — auraient elles aussi eu toute leur place sous le grand chapiteau.

D’abord, le Canada et les États-Unis sont entrés en « guerre » après l’échec de négociations commerciales pourtant très policées. CNBC :

« Les États-Unis ont imposé samedi des droits de douane de 50 % sur certains produits canadiens, après que les deux alliés historiques ont échoué à conclure un accord commercial. Chaque camp accuse l’autre d’avoir fait dérailler plusieurs jours de négociations. »

En soi, ce n’est pas une affaire énorme. Les droits de douane ne portent que sur environ 20 milliards de dollars d’échanges.

Mais qu’un pneu éclate ou qu’il se dégonfle lentement, le résultat peut être le même : vous voilà immobilisé au milieu de nulle part.

Al Jazeera :

« Le Canada riposte par des droits de douane alors que la guerre commerciale s’intensifie

Mark Carney annonce que le Canada imposera, à compter du 8 septembre, des droits de douane sur les importations américaines d’acier, de produits électroniques et d’autres marchandises. »

L’autre histoire intéressante concernait le marché obligataire.

Hier, un oiseau s’est retrouvé prisonnier dans notre bibliothèque. Il voletait d’un bout à l’autre de la pièce, incapable de trouver la fenêtre ouverte. Pourtant, il était entouré d’Homère, d’Adam Smith et de Shakespeare. Et malgré une journée entière passée parmi eux, il n’a pas lu une seule ligne.

Puis il y a Scott Bessent. Notre pauvre moineau a annoncé qu’il allait manipuler le marché obligataire. Lorsque les investisseurs ont refusé de jouer le jeu, il s’est retrouvé lui aussi pris au piège, incapable de trouver la sortie.

Nous pourrions lui conseiller d’ouvrir Mises, Bastiat ou Rothbard. Mais à quoi bon ? Il sait parfaitement ce qu’il fait.

Les prix — y compris le prix du crédit — sont avant tout une information. Ils indiquent le rapport entre l’argent disponible pour être prêté et la demande de crédit. Que ces chiffres soient élevés ou faibles importe finalement assez peu. L’essentiel est qu’ils soient vrais. Or Bessent entend améliorer la vérité… en faisant mentir les chiffres. Faites baisser les taux des obligations à long terme, s’est-il dit, et les taux hypothécaires suivront.

Ce ne serait pas la première fois que les autorités fédérales induisent les acheteurs immobiliers en erreur.

Entre 2003 et 2007, leurs taux artificiellement bas ont rendu l’endettement beaucoup trop facile. Les emprunteurs ont ainsi été préparés à subir la Grande Perte. Et quelque quatre millions d’Américains ont fini par perdre leur logement.

Une maison n’est pas seulement l’endroit où l’on pose son chapeau et nourrit son chat. Elle sert aussi de garantie à toute l’industrie du crédit hypothécaire. Or, pendant la crise de 2008, cette industrie devait des sommes considérables aux grands établissements financiers. Lorsque les prix de l’immobilier ont commencé à chuter, Lehman Brothers, IndyMac et Washington Mutual ont à leur tour encaissé la Grande Perte. Ils ont fait faillite.

Goldman Sachs et les autres géants de Wall Street étaient les suivants sur la liste.

Mais ces institutions ne maîtrisaient pas seulement les subtilités de la finance. Elles maîtrisaient aussi celles de la politique.

Elles ont trouvé le moyen de transformer Wall Street en un gigantesque jeu de « pile je gagne, face vous perdez ».

Quand tout allait bien, Wall Street empochait les profits. Quand Wall Street se trompait, le public absorbait les pertes.

Et la semaine dernière, Bessent a donc ressorti le vieux numéro du bonimenteur de foire.

Approchez, approchez ! Gonflez l’économie avec de la fausse monnaie et des informations truquées — des taux d’intérêt artificiellement comprimés pour encourager l’endettement.

Puis, lorsque la Grande Perte se profile, expliquez au public qu’il s’agit d’une « urgence »… et créez encore davantage de monnaie !

On a demandé au président Trump ce qu’il pensait de la manœuvre de Bessent.

« Le journaliste, à propos du marché obligataire : Les rendements sont remontés depuis. Avez-vous parlé avec Bessent d’un autre type d’intervention ?

Trump : L’intervention ultime, c’est notre armée. Et s’il faut l’utiliser, nous le ferons. »

Bombarder Wall Street ?

M. Trump avait probablement eu un petit moment d’égarement lié à l’âge. Ou peut-être, au contraire, un éclair de lucidité.

Lorsque la fraude ne fonctionne plus, les autorités passent à la force. Les obligations cèdent la place aux bombes. Les gouvernements déclarent des « urgences » et envoient les Marines.

Bessent a donné une petite impulsion au marché obligataire.

La prochaine fois, ce sera peut-être le coup de force.

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