Donald Trump peut encore tenter de reprendre la main sur les élections. Mais c’est surtout sur l’économie qu’il risque d’intervenir. Face à une dette devenue incontrôlable et à des marchés dopés par l’argent facile, l’inflation pourrait bientôt apparaître comme la seule issue.
Jeudi dernier, le président américain avait un message important à nous transmettre. Il s’est montré encore plus décousu qu’à l’accoutumée, mais a laissé entendre que le processus électoral pourrait être compromis. NPR rapporte :
« Lors d’une allocution de 25 minutes diffusée en première partie de soirée depuis l’East Room de la Maison-Blanche, émaillée de nombreuses affirmations sans fondement, Donald Trump a annoncé la déclassification de documents du renseignement qui révéleraient, selon lui, de ‘graves vulnérabilités dans nos infrastructures électorales’. Il a notamment évoqué de supposées tentatives chinoises d’influencer les élections américaines, des inquiétudes concernant la sécurité des machines à voter et la présence de non-citoyens sur les listes électorales de certains États. »
Selon les personnes qui ont étudié ces documents, ceux-ci n’étayent pas les affirmations du président. Mais le véritable objectif de cette allocution était probablement de voir comment la population réagirait. Que ferait-elle s’il décidait réellement de recourir à des « mesures d’urgence » pour protéger l’intégrité des élections américaines… ou pour obtenir les résultats qu’il souhaite ?
Un soutien populaire qui s’effrite
Voici où nous en sommes. Le président semble perdre le soutien de la population. CNN :
« Le dernier sondage de l’université Quinnipiac indique que 27 % des électeurs inscrits approuvent fortement l’action de Trump. Mais d’autres enquêtes donnent des chiffres nettement plus faibles : 21 % selon NPR-PBS-Marist, 20 % selon Fox News, 19 % selon AP-NORC, 16 % selon la faculté de droit de Marquette, 15 % selon le Washington Post-Ipsos et 14 % selon Reuters-Ipsos. »
Dans la plupart des sondages récents jugés fiables, la proportion d’Américains qui approuvent fortement l’action de Donald Trump se situe entre un sur sept et un sur cinq.
Très peu d’Américains observent ce qu’il fait et le soutiennent sans réserve.
Est-il en train de perdre son emprise sur son parti ? Ou ses propres ficelles commencent-elles à lâcher ? Ce recul est-il durable ou temporaire ? Une véritable paix avec l’Iran pourrait renverser la tendance. Un déluge d’argent facile également.
Voici, en substance, le propos du jour : Donald Trump tentera peut-être, ou peut-être pas, d’influencer le résultat des élections. Il aura en revanche beaucoup moins de scrupules à intervenir dans l’économie. Manipuler les votes est considéré comme une trahison. Manipuler la monnaie vous vaut des applaudissements.
Les marchés suivent leur propre calendrier
Donald Trump fait toujours la une des journaux. Mais les marchés tiennent leurs propres chroniques, bien plus anciennes. Ils ont leurs sommets et leurs creux, leurs pics de bulle et leurs abîmes.
Comme nous l’expliquions la semaine dernière, tenter d’accumuler de petits gains — cinq cents par-ci, dix cents par-là — ne rendra probablement personne riche. Un investisseur subira aussi, de temps à autre, quelques revers. Ce dont il a besoin, c’est d’un coup de circuit : un placement sur lequel il puisse se positionner assez tôt, s’assoupir, puis se réveiller des années plus tard beaucoup plus riche. Il lui faut une tendance de fond.
C’est exactement ce que lui a offert le capitalisme industriel américain dans toute sa splendeur, entre le moment où Paul Volcker a mis l’inflation en déroute, en 1980, et celui où les rendements ont finalement atteint leur plancher, en juillet 2020. Pendant quatre décennies, cette tendance aurait multiplié votre patrimoine, que vous ayez investi dans les actions ou dans les obligations. Il vous suffisait de ne pas bouger.
Une performance impossible à reproduire ?
Quelles sont les chances qu’une telle performance se reproduise ?
Elles sont probablement très faibles. Il est mathématiquement et physiquement impossible que la valeur des actifs demeure trop longtemps trop éloignée de l’économie réelle. Les prix montent et descendent, mais restent reliés à cette économie par un long élastique. Si vous recherchez un nouveau cycle prolongé de hausse, le meilleur moment pour saisir cet élastique est donc lorsqu’il est tendu aussi loin que possible vers le bas, après une longue période de baisse.
Le Dow Jones valait moins de 1 000 points en 1980. Aujourd’hui, il dépasse les 50 000 points, un niveau jamais atteint auparavant. Le scénario le plus probable — sans être aucunement garanti — est que les actions repartent brutalement à la baisse en termes réels, sinon en termes nominaux, et qu’elles y restent pendant très longtemps.
Le signal donné par le ratio Dow/or
Notre instrument de mesure favori est le ratio Dow/or. Il exprime la valeur des actions du Dow Jones en onces d’or. Nous estimons que les sommets du Dow valent plus de 15 onces d’or et que ses points bas se situent sous les 5 onces. Le ratio se trouve aujourd’hui autour de 13. Nous conservons donc notre or et attendons que l’élastique se tende davantage vers le bas avant de fermer les yeux et de réaliser notre grande opération : vendre l’or pour acheter des actions.
Cela pourrait se produire si l’or atteignait 10 000 dollars ou si le Dow Jones tombait sous les 25 000 points. Le plus probable est qu’ils se rejoignent quelque part entre les deux.
Manipuler les votes ou manipuler la monnaie
L’endroit exact où ils se rencontreront dépendra toutefois, dans une certaine mesure, du président et de la Réserve fédérale. Une tentative visant à renverser le résultat des élections pourrait révolter la vox populi. Mais si la plupart des gens désapprouveraient les efforts destinés à contrôler ou à nier les résultats électoraux, ils applaudiraient à tout rompre des mesures temporaires leur permettant de réduire leurs mensualités de crédit immobilier.
La plupart des gens, dotés par la nature de la confiance sincère d’un chien affectueux, croient qu’une économie peut être réglée, dirigée et améliorée par des techniciens bardés de diplômes et vêtus de costumes coûteux. C’est cette naïveté touchante qui nous a conduits dans le trou où nous nous trouvons aujourd’hui.
Peu de personnes ont protesté en 1971, lorsque Richard Nixon a annoncé une série de nouvelles mesures, notamment le contrôle des salaires et des prix ainsi que la fin de la convertibilité du dollar en or. Tout le monde pensait que les grands cerveaux de l’économie savaient ce qu’ils faisaient. Et le New York Times — qui soutenait alors les autorités fédérales avec le même enthousiasme qu’aujourd’hui — affirmait que ces mesures ne seraient nécessaires que « jusqu’à ce que les taux de change se réalignent ».
Un demi-siècle de dévaluation monétaire
Ils n’ont pas cessé de se réaligner depuis. Presque tous les pays se sont lancés dans une course à la dévaluation pour suivre les États-Unis. Un pays qui laisserait sa monnaie s’apprécier face au dollar rendrait ses biens et ses services plus chers pour les acheteurs étrangers. Ses produits, devenus trop coûteux, resteraient alors dans les rayons.
Mais l’inflation — autrement dit, la perte de pouvoir d’achat de la monnaie — a encouragé de mauvaises habitudes. Elle nous a poussés à dépenser de l’argent que nous n’avions pas. Elle a également été la véritable cause des immenses marchés haussiers qu’ont connus les actions, les obligations et l’or entre 1980 et 2020.
Le point bas du cycle des rendements est désormais derrière nous et les taux d’intérêt remontent. Dans le même temps, la dette a atteint de tels niveaux — plus de 300 000 milliards de dollars dans le monde — que le moindre tour de vis monétaire suffit à pousser la population à réclamer du secours.
Gonfler la bulle ou la laisser mourir
Les autorités sont prises au piège. Soit elles réduisent leurs dépenses, soit elles accélèrent la création monétaire et laissent tout le système finir dans un glorieux incendie inflationniste.
C’est « l’inflation ou la mort ». Il faut soit permettre davantage de crédit à des taux plus faibles pour aider à payer les intérêts, soit regarder l’économie de bulle se ratatiner.
Le plus probable est qu’à mesure que la bulle approchera de sa fin, les autorités fédérales créeront de l’argent. Puis elles en créeront encore davantage. Et pendant un temps, elles seront acclamées en héroïnes.
