La Chronique Agora

Le piège du repli américain

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Donald Trump affirme que les États-Unis auraient beaucoup à gagner à moins commercer. L’Histoire raconte plutôt l’inverse : les nations qui se ferment prennent du retard — jusqu’au jour où d’autres leur imposent le rythme.

« Je croyais que le libre-échange tendrait à unir l’humanité par les liens de la paix, et c’est cette conviction, bien plus que toute considération financière, qui m’a soutenu et guidé dans ce combat, comme mes amis le savent. » — Richard Cobden

Hier, nous évoquions le projet de redessiner la carte du monde.

L’ONU a approuvé une carte jugée plus « réaliste », sur laquelle les grands pays de l’hémisphère Nord ne paraissent pas plus vastes qu’ils ne le sont réellement.

Les États-Unis ont voté contre.

Puis Trump, gagné à son tour par la fièvre cartographique, a réveillé son Mercator intérieur… ou peut-être son Teddy Roosevelt. Il a drapé le drapeau américain sur toute l’Amérique du Nord, jusqu’aux îles des Caraïbes.

Alors, qu’en est-il ? L’empire américain est-il en train de s’étendre, comme le suggère Trump ? Ou bien est-il au contraire en train de rétrécir et de se dégonfler ?

Tout ce que nous savons, c’est que toutes les bulles finissent par se dégonfler. Et les empires-bulles, comme un bœuf trop repu, le font généralement de façon particulièrement bruyante et désagréable.

Nous rappelions également hier que les États-Unis avaient perdu la meilleure note de crédit, qu’ils détenaient depuis 1919.

Voici deux autres éléments à relier.

Modern Diplomacy :

« Le fonds norvégien de 2 300 milliards de dollars réduit son exposition aux Treasuries. Qui reste pour financer la dette de Washington ?

Le Government Pension Fund Global, doté de 2 300 milliards de dollars et plus grand fonds d’investissement au monde, a demandé à son propre ministère des Finances l’autorisation de faire quelque chose qu’il n’avait encore jamais fait à cette échelle : réduire la part des obligations souveraines dans son portefeuille. Dans une lettre datée du 1er septembre, il propose de ramener les obligations d’État de 70 % à 50 % de son indice obligataire, ce qui pourrait représenter à lui seul environ 80 milliards de dollars de Treasuries américains en moins. Cette demande intervient la même semaine où de nouvelles statistiques sur l’emploi ont poussé le rendement du 10 ans américain vers 4,8 %, tandis que les stocks de Treasuries détenus par Pékin et Tokyo sont proches de leurs plus bas depuis plusieurs années. »

Le Financial Times :

« La banque centrale néerlandaise retire des lingots d’or de New York en raison des ‘tensions géopolitiques’

La DNB préfère désormais Londres à la ville américaine. »

Les Néerlandais ne sont pas connus pour céder facilement à l’hystérie.

Alors, lorsqu’ils retirent leur or de vos coffres, peut-être devriez-vous songer vous aussi à déplacer une partie de votre argent.

Mais l’argent — et les biens et services qu’il permet d’acheter — circule en permanence.

Se couper du monde, c’est aussi se couper de l’argent… et du progrès.

Et tôt ou tard, ceux qui ne se sont pas isolés finissent par prendre le dessus.

Cobden se trompait sur un point. Le commerce ne garantit pas nécessairement la paix. Mais il reste probablement le meilleur moyen de se prémunir contre la guerre.

Trump, lui, semble être arrivé à une conclusion différente :

« Nous pourrions nous faire énormément de bien en cessant tout simplement de commercer avec certains pays. »

Si c’était vrai, l’Histoire n’en offre guère de preuve.

Les pays qui se coupent du reste du monde prennent du retard.

Et tôt ou tard, quelqu’un disposant d’une meilleure artillerie finit par forcer leur porte.

C’est exactement ce qui est arrivé au Japon.

Le pays avait choisi de vivre isolé pendant 220 ans. Puis, en 1853, le commodore Perry débarqua avec seulement 250 Marines, appuyés par l’artillerie navale la plus moderne de l’époque. Les autorités japonaises comprirent immédiatement qu’elles ne pouvaient pas résister. Et elles en tirèrent une leçon essentielle : fermez vos portes, et vous finirez par prendre du retard.

Parmi les cadeaux diplomatiques apportés par le commodore Perry figuraient un train miniature, ainsi que les fusils et pistolets les plus modernes. Quelques années plus tard, des voies ferrées traversaient le Japon. Le pays était de retour sur la carte… et prenait de l’importance, économiquement comme militairement. Quelques décennies plus tard, le Japon possédait l’une des armées les plus redoutables d’Asie.

Dans les années 1930, il avait conquis une grande partie de la Chine continentale.

En 1940, il attaqua l’Indochine française.

Puis, en 1941, le Japon bombarda Pearl Harbor… avant que les États-Unis ne dévastent Tokyo sous les bombes incendiaires en 1945 et n’utilisent, à Hiroshima et Nagasaki, les premières — et jusqu’ici les seules — armes atomiques jamais employées en guerre.

Et en 1989, la Honda Accord devenait la voiture la plus vendue aux États-Unis.

Ce n’est que par le commerce, les échanges et la concurrence qu’un pays peut rester au niveau de ses rivaux… tout en améliorant le niveau de vie de sa propre population.

La Grande-Bretagne libre-échangiste de Richard Cobden l’a démontré.

Le Japon l’a démontré deux fois.

D’abord avec ses navires de guerre.

Puis avec ses automobiles.

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