La Chronique Agora

Un parfum de Weimar à Washington

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Washington compte sur la hausse des prix pour alléger sa dette. Mais lorsque les créanciers exigent des taux plus élevés, le calcul se retourne contre l’emprunteur. Jusqu’où les États-Unis pousseront-ils cette fuite en avant ?

Willkommen, bienvenue, welcome… dans l’Amérique de Weimar.

Voilà deux semaines que nous affrontons le grand dragon de l’inflation et de la déflation, tels saint Georges armé de sa lance. Nous sommes à peu près certains de l’avoir enfin terrassé… à moins que ce ne soit lui qui nous ait cloués au sol !

En résumé, plus on fait tourner la planche à billets, plus les prix baissent en termes réels. Souvenez-vous : au paroxysme du délire hyperinflationniste allemand de 1923, un touriste américain pouvait obtenir 4 200 milliards de marks contre un seul dollar adossé à l’or. Pour lui, tout était vendu à prix cassé. Literary Hub raconte :

« Les journaux publiaient des descriptions scandalisées de la vie luxueuse des étrangers : ‘soirées clinquantes, festins, mascarades, bals, soirées dansantes’, où les invitées exhibaient avec ostentation leurs perles et leurs fourrures achetées pour une bouchée de pain.

Humiliés, les journalistes racontaient comment ces étrangers se gavaient à des tables croulant sous les mets, s’enivraient du champagne le plus cher, puis s’offraient les services de sténodactylos fraîchement privées d’emploi, désormais surnommées les ‘filles aux devises’. »

Les États-Unis tenteront d’alléger leur dette colossale par l’inflation, comme l’Allemagne en son temps. L’inflation reste le premier recours du politicien sans scrupules : c’est une hausse d’impôts qu’il n’a même pas besoin de faire voter.

Mais une inflation bien sage, bien maîtrisée, comme celle de l’après-guerre, ne suffira pas.

Car Washington creuse la dette plus vite qu’une inflation modérée ne peut l’éroder. Avec une inflation de 3,4 % cette année, la valeur réelle de la dette fédérale a diminué de 1 360 milliards de dollars. Mais, comme le rapporte Reason :

« L’exercice budgétaire 2026 s’est achevé la semaine dernière. Les chiffres officiels ne sont pas encore disponibles, mais l’État fédéral semble avoir dépensé 2 000 milliards de dollars de plus qu’il n’en a encaissé. Cela fait 25 ans qu’il n’a pas équilibré ses comptes. Ce déficit de 2 000 milliards vient alourdir une dette publique déjà vertigineuse et rapprocher la catastrophe. »

On s’attend désormais à une inflation deux à trois fois supérieure à l’objectif de la Fed. Malgré les intentions affichées de Kevin Warsh, les autorités la laisseront s’emballer pour brûler une partie de cette montagne de factures impayées.

Mais les investisseurs ne sont pas idiots. Du moins, pas tout le temps. Yahoo! Finance écrit :

« L’envolée des rendements des emprunts d’État américains a peut-être été le fait le plus marquant sur les marchés au cours du mois écoulé. Elle accentue la pression sur l’économie américaine.

Mais le problème dépasse les États-Unis : les marchés obligataires mondiaux restent en proie à une forte vague de ventes, alors que les gouvernements font face à la flambée des prix de l’énergie, à l’explosion des déficits, aux changements de politique douanière américaine et à une croissance économique qui reste soutenue malgré de nombreux obstacles. »

Et voici comment le Wall Street Journal décrit les effets de cette tendance en France :

« Une dangereuse spirale financière.

La hausse mondiale des taux d’intérêt a révélé la fragilité du pays : autrefois considéré comme un îlot de relative stabilité sur les marchés financiers européens, il apparaît désormais comme l’un des maillons faibles du continent. La France emprunte aujourd’hui plus cher que la Grèce et l’Italie, jadis épicentres de la crise. Parmi les pays comparables, seuls les États-Unis affichent un déficit budgétaire plus élevé.

‘Cela fait des années, voire des décennies, que la France joue les passagers clandestins en Europe. Elle s’est permis les pires dérives budgétaires en toute impunité’, déclare Kevin Thozet, conseiller en investissement chez le gestionnaire d’actifs français Carmignac. ‘Cela fonctionnait tant que personne n’y prêtait attention. Maintenant, les gens commencent à regarder.’ »

Comme un mois d’avril à Paris, l’inflation a sa belle saison… un printemps propice aux entourloupes de Washington, lorsque ses premières pousses contribuent à réduire la valeur réelle de la dette.

Puis vient l’hiver rigoureux… L’économie se flétrit et se dessèche, car l’inflation fait grimper le coût des emprunts plus vite qu’elle n’allège le poids des dettes.

À ce stade, la seule inflation susceptible de « fonctionner » encore est celle à laquelle les Américains ne s’attendent pas, qu’ils n’ont jamais connue et contre laquelle ils n’ont développé aucun anticorps : l’hyperinflation.

Voilà le tableau d’ensemble. Au mieux, c’est une hypothèse plausible sur les dix prochaines années, une intuition à laquelle nous accordons une confiance toute relative. Si elle se confirme, l’hyperinflation s’accompagnera des habituelles politiques désastreuses, à l’intérieur comme à l’extérieur. Leur but sera de détourner l’attention du public du naufrage financier national et de continuer à alimenter en dollars ceux qui font respecter l’ordre. Attendez-vous à du pain et des jeux, avec des jeux plus bruyants et du pain plus cher que jamais.

Attendez-vous aussi à un krach boursier, qui ramènerait le Dow Jones jusqu’à notre signal d’achat : un indice ne valant plus que cinq onces d’or. Les actions — comme les pilules, l’alcool et les « filles aux devises » — se vendront à prix cassé… L’inflation aura laminé leur valeur réelle, même si leurs prix nominaux atteignent des sommets extravagants.

Alors, willkommen !?

Berlin, 1923. Violence, chaos, émeutes, criminalité et décadence. Jamais le monde n’avait vu autant de monnaie de pacotille, tandis que tant de gens sombraient dans la pauvreté et la faim. Mais les souffrances provoquées par l’hyperinflation ne faisaient que commencer. Les militants d’extrême droite de Goebbels déclarèrent la guerre aux militants de gauche du Roter Frontkämpferbund, l’Union des combattants du Front rouge.

Vous savez qui l’a emporté.

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