La Chronique Agora

On flirte avec la catastrophe

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À mesure que les bombes tombent sur l’Iran, une question persiste : à quoi rime cette fuite en avant ? Entre illusion stratégique et réalités économiques de plus en plus sombres, la guerre semble moins résoudre les problèmes qu’elle n’en crée de nouveaux — souvent bien plus dangereux.

« Bombarder, bombarder, bombarder… Bombarder, bombarder l’Iran » – Sénateur John McCain sur l’air du tube des Beach Boys, Barbara Ann

La chose la plus remarquable, à propos des bombardements en Iran, c’est le raisonnement qui en est à la base. Nous y reviendrons dans un instant.

Voici les dernières actualités économiques communiquées par le Washington Post :

« Le département du Commerce a revu à la baisse ses prévisions de croissance économique du quatrième trimestre de l’année dernière, déclarant qu’au cours des trois derniers mois de 2025, le produit intérieur brut n’a augmenté qu’à un rythme annualisé de 0,7 %, ce qui est bien inférieur au rythme de 1,4 % indiqué ‘à l’avance’ le mois dernier par le Département.

L’indicateur d’inflation préféré de la Fed, l’Indice PCE (‘Personal Consumption Expenditures’) a progressé de 2,8 % par rapport à l’an dernier, soit en légère baisse par rapport à décembre, mais tout de même bien au-dessus de l’objectif de 2 % de la Fed. Plus inquiétant aux yeux de certains économistes, l’inflation de base (‘core PCE Inflation’) – qui exclut les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie, et surveillée de près comme indicateur des tendances de prix sous-jacentes – a grimpé à 3,1 % en janvier, par rapport aux 3 % enregistrés en décembre. »

Une faible croissance ? Des prix qui augmentent ? Cela ressemble à la stagflation.

Quoi que ce soit, les frappes en Iran l’ont aggravé. Le secteur de l’armement s’enrichit. Tous les autres s’appauvrissent.

Et maintenant que Kristi Noem est partie, Pete Hegseth doit être le membre le plus embarrassant du cabinet présidentiel des États-Unis. Il pense que l’on gagne une guerre en faisant tout exploser.

Mais quel est l’intérêt de tout cela ?

Jusqu’à présent, la seule explication qui tienne la route nous vient de M. Hegseth, qui suggère que l’objectif était de détruire les défenses de l’Iran pour que l’on puisse bombarder encore plus le pays.

Selon le Wall Street Journal : 

« Hegseth dit que les États-Unis et Israël sont en train de gagner. 

‘Les États-Unis sont en train de décimer l’armée du régime radical iranien, d’une manière que le monde n’a encore jamais vue’, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse du Pentagone, vendredi.

‘Jamais auparavant une armée moderne et opérationnelle — comme celle que possédait l’Iran — n’avait été détruite aussi vite, rendue inapte au combat, dévastée. Nous avions dit que ce ne serait pas un combat équilibré, et c’est le cas.’ »

« Ce sont des ‘méchants’ », dit le président des États-Unis. Peut-être qu’en les bombardant, ils deviendront gentils ?

D’après ce que l’on peut dire, le motif sous-jacent, tant pour les frappes en Irak que celles en Iran, étaient les mêmes : rendre ces pays plus attirants aux yeux des États-Unis… et plus dociles à leur politique. C’est-à-dire que nous avons essayé de transformer ces méchants en amis et alliés.

Mais l’idée de bombarder un pays pour en faire un ami, c’est un peu comme agresser une femme pour conquérir son cœur. Elle ne coopère pas ? Donnez-lui une bonne gifle. C’est quelque chose dont Hegseth et Trump auraient une expérience personnelle, d’après leur réputation, alors nous nous en remettrons à leur jugement.

Mais nous imaginons que cela ne fonctionne qu’avec une femme vraiment très spéciale. L’Iran n’est peut-être pas de ce genre-là.

Selon le Wall Street Journal :

« La nouvelle réalité du marché du pétrole : Les perturbations dans le Golfe ne sont pas près de se terminer 

Quand les États-Unis et Israël ont attaqué l’Iran pour la première fois, certains traders se sont d’abord attendus à quelques jours de perturbations. Et maintenant, ils pensent que les turbulences pourraient durer des semaines ou même des mois. Jeudi, le Brent a rebondi au-dessus de 100 $ le baril, sur fond d’inquiétudes croissantes concernant une perturbation prolongée des marchés pétroliers. Les contrats à terme se sont stabilisés à 100,46 $, en hausse de plus de 9 % sur la journée. »

Il s’est avéré que l’Irak n’était pas non plus ce genre de femmes.

Même après avoir dépensé 5 000 Mds$ pour l’impressionner, elle ne coopérait toujours pas. Au Parlement irakien, les députés chantent « mort à l’Amérique ». Et dans les rues, les Américains pourraient récupérer autre chose que des sourires.

Selon le Financial Times :

« Mardi soir, des milices chiites ont visé avec plusieurs drones des sites diplomatiques et logistiques américains dans l’enceinte de l’aéroport de Bagdad, selon des personnes informées de la situation. Ils ont tous été interceptés, sauf un. Les gens ont déclaré que des frappes en représailles avaient été lancées sur les positions de la milice, mercredi. Les groupes armés ont également attaqué des installations pétrolières, un aéroport et plusieurs hôtels hébergeant des citoyens américains à Erbil, et ont revendiqué des frappes en Jordanie et au Koweït. Une base militaire italienne au Kurdistan irakien a également été frappée. »

Le New York Times ajoute :

« L’ambassade américaine à Bagdad a été visée, alors que l’Irak est entraîné dans la guerre régionale »

Apparemment, nous ne les avons pas assez bombardés.

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