Les émeutes qui secouent plusieurs pays européens ravivent les divisions politiques. Pour les uns, elles sont le résultat des inégalités sociales. Pour les autres, elles révèlent les dérives de l’État-providence ou les conséquences de l’immigration de masse. Mais ces explications suffisent-elles à comprendre ce qui se passe réellement dans les rues européennes ?
« Voilà ce qui attend l’Europe avec l’islamo-gauchisme. Des barbares qui ravagent tout ce qui reste de beauté et de civilisation. » — Santiago Abascal, chef du parti espagnol Vox
Que penser des émeutes qui secouent la France… l’Italie… le Portugal… l’Albanie ?
Qu’est-ce qui a mis le feu aux poudres ? Une crise de colère des générations Y et Z ? Ou le dernier soubresaut d’une civilisation occidentale à l’agonie ?
Les médias raffolent des incendies et des policiers qui jouent de la matraque. Surtout lorsque les affrontements se déroulent dans les rues de Paris, une ville si photogénique. Le reste du monde observe le spectacle avec effroi… mais aussi avec un certain soulagement. « Au moins, cela ne se passe pas chez nous », se rassure-t-on.
Pendant ce temps, les commentateurs s’efforcent de comprendre ce qui se joue. Que reprochent exactement les émeutiers à la société ? Et quelles conséquences tout cela pourrait-il avoir pour nous ?
Comme toujours, les avis divergent entre la « droite » et la « gauche ».
Dans les milieux de gauche, on trouve une certaine sympathie pour les émeutiers, nourrie par un sentiment d’envie. Certains possèdent des fortunes considérables. Beaucoup d’autres n’ont presque rien. Voilà sans doute, nous dit-on, l’origine de tant de maux qui frappent nos sociétés. La criminalité, les difficultés d’accès aux soins, les logements insalubres… Tous ces problèmes ne seraient-ils pas, au fond, la conséquence d’une répartition injuste des richesses ?
C’est précisément sur cette idée que repose le discours socialiste en général et celui de Zohran Mamdani, maire de New York, en particulier.
La solution semble évidente : prendre aux riches pour donner aux pauvres. L’État fédéral devrait, selon les partisans de cette approche, taxer davantage les plus fortunés et consacrer plus d’argent à l’amélioration des écoles, à la construction de logements respectueux de l’environnement et à la gratuité des soins médicaux, du berceau à la tombe.
Bref, tout l’arsenal habituel des progressistes. Un vieil arbre qui, malgré son âge, n’a jamais vraiment porté de fruits.
Margaret Thatcher avait résumé le problème en une formule devenue célèbre : « Le problème avec le socialisme, c’est qu’on finit toujours par manquer de l’argent des autres. »
Deux visions opposées de la société
À l’opposé de ce programme progressiste, se trouve la vision conservatrice.
On l’entend de moins en moins, tant les conservateurs qui ont encore toute leur tête semblent se faire rares. Mais ceux qui restent vous expliqueront que le problème n’est pas que l’on dépense trop peu pour les jeunes et les pauvres… mais que l’on dépense trop.
Là où la vision progressiste repose sur des considérations essentiellement matérielles, la pensée conservatrice s’appuie largement sur la morale traditionnelle et les leçons que l’on tire de l’expérience.
« Chacun devrait recevoir ce qu’il mérite », affirme le conservateur de la vieille école. Ce vieux monsieur bougon ne demande qu’à partager la sagesse acquise au fil du temps, des expériences vécues et des coups reçus. « On récolte ce que l’on sème », rappelle-t-il.
À ses yeux, la France a tellement dépensé pour ses prestations sociales qu’elle a fini par entretenir une population nombreuse, désœuvrée et, naturellement, mécontente.
« À quoi vous attendiez-vous ?, demande notre vieil homme à la barbe grise. Ces gens n’ont même pas besoin de se lever le matin pour aller travailler. »
Il s’apprête à nous rappeler que l’oisiveté est la mère de tous les vices, mais se ravise. Il sait qu’il nous a déjà servi ce sermon bien des fois et que nous commençons probablement à nous en lasser.
« Personne ne se sent bien à ne rien faire de ses journées, poursuit-il, fort de son expérience de retraité. Il faut apprendre un métier… connaître la satisfaction du travail bien fait. En les privant de cela, on prive ces gens d’une vie digne de ce nom. Pas étonnant qu’ils soient en colère. »
L’immigration, une autre explication ?
Il existe aussi une troisième interprétation.
Ni progressiste ni conservatrice, elle consiste à chercher les responsables non pas dans le destin ou dans nos propres comportements… mais du côté des immigrés.
The Independent rapporte :
« Trump et le Kremlin attribuent tous deux les émeutes françaises à ‘l’immigration de masse’, dans des déclarations similaires.
‘Fermez vos frontières et reprenez le contrôle, avant qu’il ne soit trop tard !’, a ajouté le président américain.
De son côté, Kirill Dmitriev, envoyé spécial du président russe, a estimé qu’il s’agissait du ‘suicide de la civilisation occidentale dans le chaos migratoire’. »
Cette explication séduit parce qu’elle permet de rejeter toute la faute sur les autres… tout en proposant une solution d’une simplicité désarmante : les expulser.
C’est peut-être une bonne idée. Ou peut-être pas.
Mais cela n’explique pas la vague d’émeutes qui traverse l’Europe. Pourquoi les immigrés se révolteraient-ils précisément maintenant ? Beaucoup vivent sur le continent depuis des années.
Cette théorie n’explique pas davantage comment la France a pu, par le passé, voir descendre dans ses rues des foules encore plus nombreuses, notamment en Mai 68, lors de la révolution parisienne de 1848 ou de la Révolution française de 1789… à des époques où les immigrés étaient pourtant bien peu présents.
Les Français, comme les Américains, sont parfaitement capables d’incendier leurs propres mairies. Ils n’ont nul besoin d’étrangers pour leur prêter main-forte.
Mais plus les émeutiers se montreront dangereux et incontrôlables, plus les électeurs seront tentés de vouloir s’en débarrasser.
The Independent rapporte également les propos d’Alice Weidel, dirigeante du parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) :
« Alice Weidel a qualifié les affrontements ‘d’attaque contre la civilisation occidentale menée par des foules de migrants et des agitateurs d’extrême gauche’, estimant que ‘l’ouverture des frontières et l’immigration de masse’ étaient responsables des destructions. »
Et en France, Middle East Eye annonce :
« La France au bord d’un raz-de-marée électoral de l’extrême droite. »
Les gens n’aiment pas voir les vitrines des commerces voler en éclats. Encore moins lorsque celui qui les brise est un « immigré ».
Nous ignorons si l’expulsion de catégories entières de population améliorerait réellement la vie de ceux qui resteraient.
Mais nous aurions bien quelques groupes à proposer…
Nous y reviendrons demain… avec une autre explication possible aux émeutes qui secouent l’Europe.
