La Chronique Agora

Donald Trump face à l’adversaire qu’il ne peut vaincre

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Las Vegas, USA - October 28, 2016: Trump International Hotel in Las Vegas, NV set against a dramatic blue sky. Named for US real estate developer and politician Donald Trump, the 64-story luxury property's exterior windows are gilded with 24-carat gold.

Donald Trump a bâti toute sa vie sur une règle simple, rendre les coups plus fort que les autres. Mais à l’approche de ses 80 ans, le temps lui impose une bataille où ni les insultes, ni les menaces, ni les victoires passées ne peuvent encore le sauver.

Pauvre Donald Trump.

Il venait du Queens, pas de Manhattan. Quelques kilomètres seulement séparent les deux quartiers. Il y a l’East River, bien sûr, mais surtout un abîme de mépris social.

Les gens distingués, les intellectuels et tous ceux qui étaient passés par une Ivy League avant d’aller faire leurs dévotions annuelles au Met ne voyaient en lui qu’un clown vulgaire.

Mais Donald Trump allait leur montrer de quoi il était capable.

Son père était riche. Et très dur.

Le jeune Donald comprit très tôt ce qu’il fallait faire pour s’imposer lorsque l’on était le fils d’un homme riche et dur. Il serait plus riche encore. Et plus dur.

Pour parfaire son éducation, il se choisit un professeur. Roy Cohn, avocat connu dans tout le pays pour sa méchanceté et son venin, lui enseigna l’essentiel.

« Si quelqu’un vous frappe, rendez-lui le coup dix fois plus fort. »

Voilà son code.

Sa méthode.

Son catéchisme.

Il fallait gagner.

Comment ? Peu importe.

En multipliant les affaires. En accumulant l’argent. En apposant son nom sur tout ce qui pouvait le porter.

Lorsqu’un journaliste new-yorkais l’attaqua au début de sa carrière, Trump lui opposa cette réplique devenue culte : « Je ***** plus de femmes que toi. »

Toujours aussi distingué.

La méthode donna, disons-le, des résultats inégaux. Ses nouvelles entreprises avaient une fâcheuse tendance à faire faillite. Ses petites amies allaient et venaient comme les rames du métro new-yorkais. Et lui passait une grande partie de son temps avec des avocats. Les uns s’efforçaient de lui éviter des ennuis. Les autres étaient payés pour l’y enfoncer davantage.

Honor and Shame Archive résume ainsi son parcours :

« Donald J. Trump a bâti une carrière aussi médiatisée qu’empêtrée dans les affaires judiciaires. Des procès liés à ses casinos en faillite et à ses contrats de construction jusqu’aux inculpations pénales concernant la sécurité nationale et les interférences électorales, Trump a été impliqué dans plus de 4 000 procédures. Aucun autre président américain n’a jamais atteint un tel chiffre. »

Il existait pourtant un domaine dans lequel le principe du « frappez dix fois plus fort » fonctionnait à merveille : la politique.

Dans les affaires, la coopération est souvent payante. On donne pour recevoir. On compose avec les autres. On s’arrange. La politique ressemble davantage à une bagarre de bar.

Trump le comprit immédiatement. Il se jeta sur ses adversaires sans perdre une seconde. Marco Rubio devint « le petit Marco ». Elizabeth Warren, « Pocahontas ». Quant à Lindsey Graham, Trump le qualifia de « l’un des êtres humains les plus stupides [qu’il ait] jamais rencontrés ».

C’était rafraîchissant. Libérateur, même.

Finies les politesses de façade, les courbettes et les faux-semblants.

Il y avait quelque chose d’étrangement réjouissant à regarder Donald Trump au sommet de son pouvoir. Toujours prêt à décocher une insulte. Sûr de lui au-delà du raisonnable. Lancé à pleine vitesse, libre et inconscient, comme un train de marchandises dévalant une montagne sans conducteur.

Nous avons savouré le spectacle… tout en attendant avec impatience qu’il se termine.

Le sommet de son existence fut probablement atteint dans les heures qui suivirent l’élection de 2024.

Pendant quatre ans, Trump avait répété que les élections américaines étaient une escroquerie. Une fraude. Une mascarade organisée à l’avance. Puis les voix furent comptées, le 6 novembre 2024. Et, curieusement, pas un mot de doute ne lui échappa.

Cette élection-là avait été parfaitement conforme.

Donald Trump avait déjà été donné pour mort à plusieurs reprises.

Au début des années 1990, sa faillite semblait presque inévitable. Money Digest raconte :

« De la compagnie aérienne Trump Shuttle aux casinos qu’il avait ouverts pour profiter de la légalisation des jeux d’argent à Atlantic City, les difficultés s’accumulaient. Au début des années 1990, sa situation était devenue critique. Trump Shuttle disparut en 1992, tandis que la récession entraîna ses autres entreprises dans une spirale qui le laissa endetté à hauteur de 3,4  milliards de dollars. »

Son empire de dettes fut sauvé par Alan Greenspan, qui fit baisser le coût du crédit et grimper la valeur des biens immobiliers achetés à crédit.

Après sa défaite de 2020, cependant, tout le monde en était certain.

Cette fois, il était fini.

Condamné pour fraude financière, contraint de verser des millions à la suite d’une accusation de viol, mis en accusation par le Congrès et poursuivi par les procureurs du camp adverse, comment aurait-il pu revenir d’aussi loin ?

Et pourtant…

Il se releva.

Un zombie furieux. Un mort-vivant échappé de sa tombe politique.

Il rugit. Il parada. Il aboya. Il dansa.

Et il remporta de nouveau la Maison-Blanche.

Un homme plus sage aurait savouré lentement son triomphe, puis quitté la scène publique avec ce qu’il lui restait de dignité.

À près de 80 ans, après avoir été élu deux fois à la plus haute fonction du monde, Donald Trump n’avait plus nulle part où aller.

Sinon vers le bas.

Mais au lieu de se retirer, il se mit en quête d’immortalité.

Il lui fallait un arc de triomphe. Une salle de bal Trump. Un Trump Kennedy Center. Un « Conseil de la paix » Trump destiné à remplacer l’ONU. Son visage sur un billet de 250 dollars, sur les passeports américains ou gravé dans la roche du mont Rushmore.

Cela ressemblait moins à la célébration de véritables accomplissements qu’au débordement d’une vanité devenue incontrôlable.

Les brimades et les fanfaronnades avaient fait de Trump un champion de la politique. Mais lorsqu’il fallut réellement gouverner, conduire une politique, négocier ou diriger, ce fut une tout autre affaire.

Une calamité.

Il s’entoura en outre de la plus triste collection d’incapables et de courtisans que la Maison-Blanche ait jamais abritée.

Deux têtes valent souvent mieux qu’une. Trump, lui, n’avait que la sienne à consulter. Une tête vieillissante, fatiguée, dans laquelle on trouvait bien peu de connaissances solides et encore moins d’expérience utile.

Tout avançait par à-coups, au rythme de la lenteur des tribunaux ou des brusques sautes d’humeur du président.

Les droits de douane, l’immigration, la guerre… À peine les citoyens avaient-ils eu le temps de comprendre une mesure qu’elle était annulée, modifiée ou désavouée.

Les recettes douanières devaient permettre de rembourser la dette nationale. C’était la promesse.

À présent, l’État fédéral s’efforce surtout de restituer l’argent qu’il avait prélevé illégalement.

DOGE, les déficits, les expulsions et la guerre contre l’Iran ont tous connu à peu près le même sort. Beaucoup de trompettes au départ. Puis quelques gémissements lorsqu’il fallut discrètement abandonner, retirer ou oublier le projet.

Et maintenant, pauvre Donald Trump.

Il se retrouve face à un ennemi qui refuse de céder, à des tribunaux qui ne relâchent pas leur pression et à des élections susceptibles de dresser le Congrès contre lui.

Mais il affronte surtout le seul adversaire contre lequel sa méthode ne sert à rien.

Il n’y a aucun marché à conclure. Aucun accord possible.

Il ne peut pas rendre les coups. Pas même une fois. Encore moins dix.

Et aucune insulte au monde ne saurait atteindre cet ennemi.

Chaque jour qui passe l’éloigne un peu plus de l’homme qu’il fut — quel qu’il ait été — et le rapproche de ce que nous sommes tous condamnés à devenir.

Ses pensées se suivent de moins en moins. Ses décisions deviennent toujours plus incohérentes. Ses phrases se défont en chemin et sombrent, mot après mot, dans un flot confus.

Qu’il le veuille ou non, Donald Trump est mortel.

Et tout ce qui est mortel finit par décliner.

La vie est cruelle.

Pauvre Donald Trump.

Il est monté si haut.

La descente n’en sera que plus douloureuse.

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