La Chronique Agora

Distribuez des dollars, récoltez la misère

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One hundred 100 american dollars bills background. Pile of USA banknotes. Heap of american money background. Hundred dollar bills

Donald Trump promet des milliers de dollars aux Américains, mais cette générosité électorale pourrait bien se retourner contre eux. Car distribuer davantage de monnaie ne crée pas davantage de richesses. Et comme le montre l’histoire, même l’or et l’argent peuvent finir par ruiner une nation.

L’argent a toujours quelque chose de trompeur. Quand tout le monde s’enrichit, plus personne n’est vraiment plus riche que les autres. Mais distribuez suffisamment d’argent gratuit — même de la vraie monnaie — et tout le monde finira par s’appauvrir.

Car la richesse qui compte, c’est celle que l’on possède par rapport aux autres.

Vous avez probablement la climatisation chez vous… Peut-être même un système de climatisation centralisé. Cela vous donne-t-il le sentiment d’être supérieur à Ramsès II, qui devait pourtant suffoquer sous la chaleur des étés égyptiens ? Non ? C’est bien ce que nous pensions.

Les gains de productivité peuvent améliorer les conditions de vie de chacun. Mais nos petits cœurs mesquins, eux, réclament de l’argent. Et surtout, davantage d’argent que nos voisins. Voilà ce que nous voulons vraiment.

5 000 dollars pour acheter le sentiment de richesse

Donald Trump promet justement aux Américains de leur distribuer davantage de dollars — 5 000 très exactement — si les républicains sont réélus. Comme le rapporte CNBC :

« À moins d’un mois des élections, le président Donald Trump met en avant deux programmes fédéraux de versements directs déjà en cours, tout en renouvelant une promesse bien plus ambitieuse : un chèque de 5 000 dollars, à condition que les républicains conservent le contrôle du Congrès.

Vendredi, Trump a annoncé un versement exceptionnel de 90 dollars à 20,8 millions de bénéficiaires de Medicare. Le lendemain, il a ressorti une promesse antérieure : verser 5 000 dollars à chaque citoyen américain majeur, mais uniquement si les républicains conservent leur majorité au Congrès en novembre. »

Les Américains auront le sentiment de s’enrichir lorsqu’ils recevront cet argent. Ils pourraient même se sentir plus riches avant de l’avoir touché. Et c’est précisément sur cet effet que Donald Trump semble compter.

Mais, une fois encore, il nous faut poser la question qui gâche toutes les promesses électorales de distribution d’argent : d’où viendra cet argent ? Trump n’a aucune intention de puiser dans sa fortune personnelle. Et même s’il acceptait de la partager, elle serait très loin de suffire.

L’État fédéral affiche déjà un déficit budgétaire de plus de 2 000 milliards de dollars par an. Il n’a donc pas davantage d’argent à distribuer.

Tout ce que le président pourrait offrir aux électeurs, ce serait de l’argent fraîchement créé, de la « fausse » monnaie, adossée à des richesses qui n’ont pas encore été produites… et qui ne le seront probablement jamais.

C’est ainsi que fonctionne l’inflation.

Imaginez une certaine quantité d’enchiladas et une certaine quantité de pesos pour les acheter. Doublez le nombre de pesos en circulation ; le nombre d’enchiladas, lui, reste inchangé. Mais il y a désormais deux fois plus de pesos pour chaque enchilada. Résultat, pour simplifier : les prix doublent.

Ainsi, même si Trump tenait sa promesse — ce qui est très improbable — les effets seraient loin de ceux qu’imaginent les Américains.

Ce serait tout simplement un cas d’inflation, tel qu’on le décrit dans les manuels d’économie.

Trump peut imprimer autant d’argent qu’il le souhaite. Il ne peut pas, par ce seul moyen, enrichir les Américains ni améliorer leur niveau de vie. Il ne peut pas faire apparaître une seule enchilada supplémentaire.

Cette promesse est une supercherie.

L’inflation, cette taxe que personne ne vote

Mais voici un autre élément qui mérite réflexion.

Depuis quatorze ans, la Réserve fédérale américaine soutient qu’une petite dose de supercherie — 2 % d’inflation par an— est bénéfique à l’économie.

L’inflation réduit la valeur réelle des dettes. Et tant que les prix n’augmentent que légèrement, personne ne semble vraiment s’en apercevoir ni s’en préoccuper.

Nous nous faisons dépouiller d’une partie de notre pouvoir d’achat. Nous nous y attendons. Et nous l’acceptons.

Mais lorsque l’inflation dépasse sensiblement les 2 %, les citoyens ordinaires commencent à protester.

Voilà des années que l’inflation reste élevée. Et pour les consommateurs, les pertes de pouvoir d’achat s’accumulent.

Au cours des sept dernières années, par exemple, le prix du café a augmenté de 124 %. Celui du fioul domestique a grimpé de 84 %. Quant à la viande de bœuf hachée, elle coûte 79 % de plus.

Et la liste pourrait se poursuivre dans presque tous les rayons des supermarchés.

Toutes ces hausses finissent par peser lourd. Et même si l’inflation s’arrêtait net demain, les prix resteraient à leurs niveaux actuels.

Quand la dette prend le contrôle de la Fed

Comme nous l’avons vu dans nos précédentes chroniques, dans les premières phases de l’inflation, la Fed peut encore traiter la dette comme un animal domestique docile.

Elle peut lui faire remuer la queue et lui gratter la tête en jouant sur les taux d’intérêt. Mais à mesure que la dette grossit, le gentil animal se transforme en bête féroce. Il se met à grogner, et la Fed lui jette quelques morceaux de viande rouge pour le calmer.

Désormais, c’est la dette qui commande à la Fed, et non l’inverse.

Que peut faire la pauvre Fed ? Elle ne peut pas relever les taux d’intérêt : le pays n’en a plus les moyens. Mais elle ne peut pas non plus les abaisser. Des taux plus faibles relanceraient l’endettement, alimenteraient l’inflation… et finiraient par provoquer une remontée spontanée des taux.

Partout dans le pays, les ménages sont pris à la gorge.

Mais au Capitole, à Wall Street et à la Maison-Blanche, la grande fête de l’argent facile continue.

L’an prochain, il faudra déjà financer ou refinancer quelque 13 000 milliards de dollars de dette fédérale. Et si Trump tient sa promesse, il faudra y ajouter 1 300 milliards supplémentaires.

C’est alors que notre monstre dévoilera ses griffes acérées et ses crocs redoutables.

Au début, les autorités fédérales prennent la population par surprise en « imprimant » davantage d’argent que prévu.

Mais à la fin, c’est la population qui surprend les autorités en dépensant cet argent si rapidement qu’elles ne parviennent plus à suivre.

Les presses à billets surchauffent… et tout le système inflationniste finit par voler en éclats.

Dans les dernières phases de ce processus, la monnaie nationale se déprécie si rapidement que les prix réels — exprimés en monnaie véritable — finissent même par baisser.

Rendez-vous dans un pays frappé par une forte inflation, avec de la vraie monnaie en poche, et vous pourrez le constater par vous-même : vous y vivrez comme un sultan au milieu d’un asile de fous.

Même l’or peut ruiner une nation

Mais voici une autre surprise.

Il est arrivé que certaines sociétés souffrent d’un excès de véritable monnaie.

C’est précisément ce qui s’est produit en Espagne aux XVIe et XVIIe siècles.

Les conquêtes espagnoles dans le Nouveau Monde ont fait affluer de telles quantités d’or et d’argent que la masse monétaire du pays a considérablement augmenté.

Et les prix ont suivi.

Il s’agissait de vraie monnaie… et d’une véritable inflation. Les prix ont augmenté pour s’ajuster à l’accroissement de la masse monétaire.

Cet argent n’avait pas été « imprimé ». Il avait été volé ou extrait des mines. Et lorsque cet afflux s’est tari, l’inflation s’est arrêtée.

Mais même la vraie monnaie peut ruiner une nation, lorsqu’elle devient trop abondante.

À l’image des États-Unis à la fin du XXe siècle — qui ont tiré parti du statut de monnaie de réserve du dollar pour accumuler des déficits commerciaux persistants —, les Espagnols et les Portugais ont utilisé leurs nouvelles richesses pour acheter à l’étranger tout ce dont ils avaient envie.

Ils ont ainsi « négligé leurs propres industries », comme le soulignent les historiens.

Et la péninsule Ibérique est devenue « l’homme malade » de l’Europe pour les deux siècles suivants.

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