La Chronique Agora

Les dettes du complexe militaro-industriel

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Comment les autorités américaines vont-elles financer des dépenses militaires avec des taux aussi élevés ?

« Pendant que nous rions, la graine de quelque trouble est placée dans la vaste terre arable des événements.  Pendant que nous rions, elle germe, pousse, et porte soudain un fruit empoisonné que nous devons cueillir. »
~ John Keats

Oui, c’était le bon vieux temps… les années 1960…

« Nous pensions chanter et danser pour toujours et un jour de plus…. car nous étions jeunes et sûrs d’obtenir ce que nous voulions. »

Jimi Hendricks… une Corvette 64… Apollo 11… Les Beach Boys… Ruby Tuesday – les Etats-Unis étaient au sommet du monde… nous étions au sommet des Etats-Unis… et nous nous attendions à ce que les choses aillent de mieux en mieux.  Mais nous n’avons pas pu faire ce que nous souhaitions.

Alors, comme l’ont dit les Rolling Stones, « nous avons crié… qui a tué les Kennedy ?  Et en fait… c’était vous et moi ».

Les bons et les puissants

Les Stones faisaient de la poésie. Ce n’est pas « vous et moi » qui avons tué les Kennedy. Charles de Gaulle a assisté aux funérailles de JFK, en compagnie d’autres dirigeants du monde entier. A son retour en France, il a affirmé à des amis que c’était la CIA qui avait fait le coup. De Gaulle, un soldat et, comme Jack Kennedy, un héros de guerre, savait à quel point le Deep State pouvait être dangereux. Deux ans auparavant, il avait échappé à un coup d’Etat militaire mené par le général Maurice Challe.

Avec le recul, la mort des Kennedy apparaît comme un « pivot » important dans l’histoire américaine. Les frères Kennedy étaient des idéalistes. Ils espéraient… et pensaient pouvoir créer… un pays juste et bon. Lincoln avait dit que c’était en étant bons, que nous pouvions devenir grands.

Mais en politique, le « bon » et le « puissant » se séparent rapidement.

Faisons une pause, pour nous rappeler pourquoi nous nous intéressons à la question. La plupart des actualités qui font la une ne sont que du « bruit ». Pour comprendre ce qui se passe réellement, il faut regarder sous la surface, dans les courants plus profonds de l’Histoire.

Les Kennedy pensaient que la promesse de l’Amérique devait être pleinement réalisée. Ils pensaient que le gouvernement devait y contribuer.

Il semble que ce soit là que tous les idéalistes et les bien-pensants s’échouent. Les oiseaux doivent voler. Les cloches des églises doivent sonner. Et les gouvernements doivent faire ce qu’ils font… ce qui n’a pas grand-chose à voir avec l’amélioration du sort de l’homme ordinaire. C’est du moins l’analyse « cynique » que nous faisons après avoir observé plus ou moins attentivement la situation depuis une soixantaine d’années.

D’un point de vue plus pratique, la règle d’investissement la plus simple et la plus efficace de ces 40 dernières années était probablement de ne pas se battre contre la Fed. Alors… déterminez ce que la Fed doit faire… et soyez prêts.

L’inflation ou la mort

Vous vous souviendrez que la Fed (et l’ensemble du gouvernement) est coincée entre le roc de l’inflation et la difficulté de l’arrêter. L’inflation ou la mort, c’est ainsi que nous l’avons formulé. Une fois que vous avez imprimé de l’argent et provoqué un faux boom, vous devez soit continuer à imprimer… soit arrêter la planche à billet et le boom se meurt.

Les deux solutions sont dangereuses. Si l’on laisse filer l’inflation, on détruit l’économie et la classe moyenne.  Mais si vous laissez le boom s’éteindre, vous aurez les riches, les décideurs et l’élite à vos trousses… y compris le groupe industriel le plus puissant au monde – le complexe militaro-industriel et d’espionnage des Etats-Unis (MISC).

La semaine dernière, la Fed n’a ni choisi l’inflation ni la mort… mais simplement d’attendre le déroulement des événements. Demain, nous nous pencherons sur les événements auxquels la Fed sera la plus susceptible de se confronter dans les mois à venir. Aujourd’hui, nous allons continuer à nous pencher sur les Kennedy et les événements du dernier demi-siècle.

Bobby Kennedy, comme son frère, et comme Caton le Jeune sous la Rome antique, a rejeté la promesse d’un grand empire. Alors qu’il montait dans les sondages, LBJ s’est retiré de la course à la présidence. Kennedy était alors en mesure d’obtenir l’investiture du parti démocrate.

Le 5 juin 1968, à l’hôtel Ambassador, Bobby Kennedy fut abattu.

Avec la mort de Bobby Kennedy, le dernier obstacle politique était levé. A partir de ce moment-là, la voie était libre pour le MISC. La guerre froide, que les Kennedy ont tenté d’arrêter, est restée brûlante pendant 23 ans. Et puis, malgré l’absence de guerre… ou d’ennemi réel… les bellicistes ont reçu encore plus d’argent du public. Lorsque le mur de Berlin est tombé, le Pentagone dépensait environ 270 Mds$ par an.

Aujourd’hui, le « budget de l’empire » – y compris le soutien aux institutions internationales telles que la Banque mondiale – est estimé à 1 300 Mds$.

Le complexe militaro-industriel en action

Les bons soldats du Pentagone ont compris le problème. Une véritable force de combat doit être efficace… et décisive. Mais lorsqu’ils ont essayé de freiner l’usage d’armes inefficaces et coûteuses… ou refusé d’encombrer le Pentagone de programmes lourds et bureaucratiques… les lobbyistes, les politiciens et les hauts gradés ont eu raison d’eux. Les initiés connaissaient la vérité : le MISC n’avait rien à voir avec la défense.

Mais aujourd’hui, le MISC est confronté à un autre défi. Cette fois, il s’agit d’une menace financière. L’année prochaine, les intérêts de la dette nationale (dont une grande partie a été contractée par le MISC) dépasseront le budget du Pentagone.

Depuis l’époque de Jimmy Carter, une économie en croissance… et des taux d’intérêt en baisse… avaient permis aux autorités fédérales de financer à la fois le beurre et l’argent du beurre. Aucun choix difficile n’était nécessaire. Mais aujourd’hui, les taux d’intérêt réels augmentent ; ce ne sera plus aussi facile. Les autorités fédérales vont devoir choisir : soit protéger le prix des actifs, la richesse et le pouvoir de l’élite, soit protéger la valeur du dollar et les engagements pris à l’égard des prêteurs et des contribuables.

Quel choix feront-ils ? Les canons ou le beurre ?

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