La Chronique Agora

Déficits records et dépenses militaires records : la fuite en avant de Trump

Malgré des promesses de coupes dans les dépenses fédérales, l’administration Trump réclame une augmentation de 500 milliards de dollars du budget du Pentagone. Une décision qui risque d’aggraver durablement les déficits et d’alourdir encore la dette publique américaine.

Le président Donald Trump a déclaré qu’il demanderait au Congrès un budget de la défense de 1 500 milliards de dollars pour 2027, soit une augmentation colossale de 500 milliards de dollars par rapport au budget militaire de 2026.

Cette proposition témoigne de la volonté de l’administration Trump de s’engager dans de nouveaux conflits, et montre à quel point la Maison-Blanche aime dépenser l’argent des contribuables.

La promesse de Trump d’augmenter le budget militaire de 50 % intervient alors même que les dépenses fédérales se maintiennent à des niveaux stratosphériques.

À peine trois mois après le début du nouvel exercice budgétaire (qui a commencé le 1er octobre), le gouvernement fédéral a déjà dépensé plus de 1 800 milliards de dollars. Il s’agit du deuxième niveau de dépenses le plus élevé de l’Histoire, même après avoir ajusté les données pour tenir compte de l’inflation.

Sans surprise, le gouvernement fédéral a donc accumulé un déficit de 602 milliards de dollars sur ce premier trimestre. C’est le troisième déficit trimestriel le plus élevé de l’Histoire (ajusté à l’inflation). Il n’a été surpassé que par le déficit résultant du « quoi qu’il en coûte » face à la crise du COVID, ainsi que par le déficit qui a marqué le début de la dernière année du mandat de Biden.

Déficit au cours du premier trimestre de chaque exercice budgétaire, en millions de dollars

Bien que les partisans de Trump affirment depuis des mois que nous verrons « bientôt » des coupes massives dans les dépenses fédérales, rien ne laisse présager un tel changement. Au contraire, c’est l’inverse qui se produit : Trump réclame désormais 500 milliards de dollars supplémentaires au profit du complexe militaro-industriel.

Ces fonds serviront à acquérir davantage de matériel militaire, dans le but de menacer des partenaires commerciaux et alliés de longue date des États-Unis, tels que le Danemark.

Dépenses fédérales, exercice budgétaire 2026 (1er trimestre), en dollars de 2025 (T1)

Ce sera le premier exercice budgétaire au cours duquel l’administration Trump aura été pleinement aux commandes sur toute sa durée, et si l’on se base sur les premiers chiffres, il est difficile de voir le moindre changement par rapport aux années Biden. Si Trump obtient ce qu’il veut en matière de dépenses militaires, les dépenses fédérales risquent même d’atteindre des niveaux encore plus élevés que pendant les années Biden.

Une augmentation de 50 % des dépenses militaires ?

Trump a déclaré sur son réseau social Truth Social la semaine dernière :

« Après de longues et difficiles négociations avec les sénateurs, membres du Congrès, ministres et autres représentants politiques, j’ai jugé que, dans l’intérêt de notre Pays, particulièrement en ces temps troublés et particulièrement dangereux, notre budget militaire pour l’année 2027 ne devrait pas être de 1 000 milliards de dollars, mais plutôt de 1 500 milliards de dollars. Cela nous permettra de bâtir l’armée de rêve à laquelle nous avons droit depuis longtemps et, plus important encore, qui nous gardera en SÉCURITÉ et à l’ABRI, quel que soit l’ennemi. »

Les dépenses militaires américaines ont tendance à augmenter presque chaque année, bien que, ces dernières années, l’inflation des prix ait été si importante que les dépenses militaires ajustées de l’inflation sont restées globalement stables, autour de 915 milliards de dollars depuis 2024.

À ce niveau, les dépenses militaires sont déjà supérieures à ce qu’elles étaient durant les années 1980, lorsque les États-Unis et l’Union soviétique se livraient à une course effrénée aux armements. Bien que l’Union soviétique – une superpuissance dont la superficie était trois fois supérieure à celle des États-Unis, ait disparu – les États-Unis ont recommencé à augmenter leurs dépenses militaires depuis les guerres en Irak et en Afghanistan.

Après avoir dépensé des milliers de milliards de dollars pour « démocratiser » le Moyen-Orient et vaincre « l’axe du mal », force est de constater que ces guerres ont été un échec, mais le fardeau de ces dépenses subsiste.

Une augmentation supplémentaire du budget de la défense à hauteur de 500 milliards de dollars serait absolument hors normes par rapport aux hausses habituelles. Cela saute aux yeux si l’on trace un graphique incluant une telle augmentation pour l’année 2027 :

Dépenses fédérales, en millions dollars constants (corrigées de l’inflation)

En y ajoutant les dépenses liées aux anciens combattants, qui ne sont que des dépenses militaires différées, classées dans une catégorie distincte pour des raisons politiques, les dépenses militaires totales atteindraient 1 800 milliards de dollars si Trump parvient à ses fins.

L’envolée des dépenses et des déficits

Où l’administration va-t-elle trouver ces 500 milliards de dollars supplémentaires ?

Il est fort à parier qu’une grande partie proviendra d’un accroissement de la dette fédérale et de déficits plus importants. Gardez à l’esprit qu’au cours du premier trimestre de l’exercice budgétaire actuel, le gouvernement fédéral a accumulé 200 milliards de dollars de déficit par mois. Au regard de la trajectoire actuelle, cela devrait se traduire par un déficit annuel d’au moins 1 800 milliards de dollars.

Mais si Trump obtient l’augmentation des dépenses militaires qu’il demande, le déficit annuel devrait à l’avenir largement dépasser la barre des 2 000 milliards de dollars. Même si Trump se contente d’obtenir la moitié de son objectif et que le gouvernement fédéral ne dépense « que » 250 milliards de dollars de plus pour le Pentagone, cela poussera le déficit annuel à des niveaux jamais vus auparavant, excepté lors de la crise sanitaire.

Les tarifs douaniers (c’est-à-dire les taxes sur les importations) ne permettront pas non plus de générer des recettes supplémentaires significatives. Plusieurs mois après la mise en place des nouveaux tarifs douaniers, le gouvernement fédéral continue d’augmenter ses dépenses plus rapidement que les recettes issues de ces tarifs ne rentrent. Bien que l’administration ait affirmé à tort que les recettes douanières atteindraient 600 milliards de dollars, les données officielles se situent largement en deçà, autour de 280 milliards de dollars en 2025.

Même si le montant des taxes collectées sur les importations est en forte augmentation par rapport aux années précédentes, cela représente toujours moins de 3 % des recettes fédérales.

Recettes fiscales mensuelles du gouvernement des États-Unis, par source (Exercices 2024 et 2025)

Source : Département du Trésor

De plus, tout ralentissement significatif de l’emploi ou de la croissance économique réduira considérablement les recettes fiscales globales. Lorsque cela se produira, car la question est de savoir « quand » et non de « si » cela va se produire, alors le déficit explosera à la hausse.

Rien ne permet non plus d’espérer que l’administration ou la majorité au Congrès procéderont à des coupes significatives dans d’autres programmes. Nous ne verrons aucune réduction notable des budgets de la Sécurité sociale, de Medicare [NDLR : assurance maladie pour les personnes âgées], de Medicaid [NDLR : assurance maladie pour les ménages à faibles revenus], ou d’autres grands programmes qui constituent l’immense majorité des dépenses fédérales.

En réponse à tout ceci, certains pourraient s’inspirer du Dick Cheney qui sommeille en eux et clamer que « les déficits n’ont pas d’importance ».

Pourtant, les Américains paient très cher ces déficits. Le dernier rapport du Trésor montre, par exemple, que les contribuables ont payé plus de 300 milliards de dollars en intérêts sur la dette nationale au cours du premier trimestre de l’exercice budgétaire actuel.

En d’autres termes, les États-Unis sont en bonne voie pour, une fois de plus, devoir payer plus de mille milliards de dollars en intérêts cette année. C’est de l’argent dépensé en pure perte, sans que les contribuables n’obtiennent le moindre service en échange.

Les contribuables doivent à présent payer des intérêts sur une dette accumulée pour financer des guerres sans fin et des programmes sociaux dispendieux qui ont profité aux générations précédentes, lorsque la plupart des contribuables actuels n’avaient pas encore fait leurs premiers pas. Donald Trump veut à présent les accabler avec des centaines de milliards de dépenses supplémentaires et des milliers de milliards de dollars d’obligations futures au titre de la dette fédérale.

Pour mettre les choses en perspective, une analyse récente suggère que le coût pour les contribuables américains de « l’acquisition » du Groenland pourrait atteindre jusqu’à 700 milliards de dollars. En d’autres termes, le contribuable américain paie désormais chaque année davantage que la valeur du Groenland uniquement en intérêts sur la dette.

Rapporté au nombre de citoyens, 500 milliards de dollars représentent plus de 1 400 dollars pour chaque homme, femme et enfant aux États-Unis. Pour un ménage composé de deux adultes et d’un enfant, cela équivaut à plus de 4 200 dollars par an. Étant donné que toute dépense militaire supplémentaire sera, du moins en partie, financée par un accroissement de la dette fédérale, nous devons également prendre en compte les intérêts futurs sur cette dette que les contribuables devront payer indéfiniment.

Face à ce constat, la plupart des partisans de l’administration Trump vont probablement hausser les épaules et inventer des excuses pour justifier davantage de dépenses, prétendant par exemple que les Chinois occuperont le Groenland si les contribuables américains ne rentrent pas dans le rang pour payer des centaines de milliards de plus pour la « défense ». Ce phénomène illustre à quel point les libéraux classiques d’autrefois, partisans du laissez-faire, avaient raison : la guerre a toujours été l’excuse parfaite pour les gouvernements cherchant à accroître leur pouvoir. Presque partout et de tout temps, il a été relativement facile d’effrayer les contribuables, qui ignorent généralement tout ce qui se passe en dehors de leur propre communauté, pour les amener à abandonner toujours plus de liberté et de richesses au gouvernement, au nom de la sécurité et de la « défense nationale ».

Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.

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