La Chronique Agora

La création monétaire ne crée pas la richesse

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Augmenter la masse monétaire peut donner l’illusion d’une reprise en stimulant les dépenses et l’activité de certains secteurs. Mais sans hausse réelle de la production, de l’épargne et de l’investissement, cette croissance reste artificielle. Loin de renforcer durablement l’économie, l’inflation monétaire finit par fragiliser ses fondations.

La monnaie ne produit rien.

L’idée selon laquelle une augmentation de la masse monétaire pourrait relancer l’économie repose sur le principe que la monnaie agit par l’intermédiaire de la dépense globale. Avec davantage d’argent en poche, les individus seraient en mesure de dépenser davantage, ce qui entraînerait le reste de l’économie dans leur sillage.

Pourtant, la monnaie permet seulement à un producteur d’échanger le fruit de son travail contre celui d’un autre producteur. Comme l’explique Murray Rothbard :

« La monnaie, en elle-même, ne peut être consommée ni utilisée directement comme bien de production dans le processus productif. Elle est donc improductive : c’est un stock inerte qui ne produit rien. »

Les véritables moyens de paiement sont toujours les biens et les services, qui servent à acquitter d’autres biens et services. La monnaie ne fait que faciliter ces échanges et rendre certains paiements possibles.

Prenons l’exemple d’un boulanger. Il échange son pain contre de la monnaie, puis utilise cette monnaie pour acheter des chaussures. En définitive, il ne paie pas ses chaussures avec de la monnaie, mais avec le pain qu’il a produit. La monnaie lui permet simplement de réaliser cette transaction. Il faut également noter que c’est la production de pain du boulanger qui fait naître sa demande de monnaie.

Ce que les individus recherchent, c’est du pouvoir d’achat

Lorsque nous parlons de demande de monnaie, nous désignons en réalité la demande de pouvoir d’achat de la monnaie. Après tout, les individus ne cherchent pas à posséder davantage d’unités monétaires, mais à disposer d’un pouvoir d’achat plus élevé. Comme l’écrit Ludwig von Mises :

« Les services rendus par la monnaie dépendent de son pouvoir d’achat. Personne ne souhaite conserver dans son encaisse un nombre déterminé de pièces ou un poids déterminé de monnaie ; chacun veut détenir une encaisse correspondant à un certain pouvoir d’achat. »

Sur un marché libre, comme pour les autres biens, le prix de la monnaie est déterminé par l’offre et la demande. Toutes choses égales par ailleurs, si la quantité de monnaie diminue, sa valeur d’échange augmente. À l’inverse, si la quantité de monnaie augmente, sa valeur d’échange diminue.

Dans le cadre d’un marché libre, il ne peut donc exister de quantité de monnaie « trop faible » ou « trop importante ». Tant que le marché peut s’ajuster librement, aucune pénurie de monnaie ne peut apparaître.

Il n’existe pas de quantité « optimale » de monnaie.

Dès lors que le marché a choisi une marchandise particulière pour servir de monnaie, le stock disponible de cette marchandise suffit toujours à assurer les services rendus par la monnaie. Dans une économie libre, l’idée même d’un taux optimal de croissance de la masse monétaire est donc absurde. Selon Mises :

« Puisque le fonctionnement du marché tend à établir le pouvoir d’achat final de la monnaie au niveau où l’offre et la demande de monnaie coïncident, il ne peut jamais y avoir ni excès ni insuffisance de monnaie. Chaque individu, comme l’ensemble des individus, bénéficie toujours pleinement des avantages que lui procurent l’échange indirect et l’usage de la monnaie, que la quantité totale de monnaie soit grande ou faible. […] Les services rendus par la monnaie ne peuvent être ni améliorés ni réparés par une modification de son offre. […] La quantité de monnaie disponible dans l’ensemble de l’économie est toujours suffisante pour permettre à chacun de bénéficier de tout ce que la monnaie peut accomplir. »

La consommation doit être financée par la production

Dans une économie de marché, la production a pour finalité la consommation. Les individus produisent et échangent des biens et des services afin d’améliorer leur situation et de répondre aux insatisfactions qu’ils éprouvent.

La consommation ne peut donc exister sans production, tandis qu’une production dépourvue de toute consommation n’aurait aucun sens. Dans une économie de marché libre, production et consommation sont ainsi en harmonie. La consommation tend à y être entièrement couverte par la production.

Ce qui permet au boulanger de consommer du pain et d’acheter des chaussures, c’est précisément sa production de pain. Une partie de cette production est destinée à sa consommation personnelle, tandis qu’une autre lui sert à payer ses chaussures. Sa consommation est donc intégralement couverte — autrement dit, financée — par sa production.

Toute tentative visant à accroître la consommation sans augmentation correspondante de la production engendre une consommation non couverte, qui s’effectue nécessairement aux dépens de quelqu’un d’autre.

L’inflation crée une demande sans contrepartie

C’est précisément ce que provoque l’inflation monétaire. Elle crée une demande qui n’est soutenue par aucune production. Lorsqu’elle s’exerce, cette demande fragilise les flux de production et d’épargne. Elle entrave à son tour la formation du capital et freine la croissance économique, au lieu de la stimuler.

Ce sont la production, l’épargne et l’investissement productif — et non la monnaie — qui financent et rendent possible le développement d’une structure de capital plus importante. Grâce à des biens d’équipement concrets, tels que de meilleurs outils et de meilleures machines, il devient possible d’accroître la production de biens et de services destinés à la consommation finale.

Voilà ce qu’est la véritable croissance économique.

Contrairement à une idée largement répandue, stimuler la consommation et les dépenses non couvertes par la production au moyen de l’inflation monétaire ne favorise pas la croissance économique : cela l’étouffe.

En réalité, cette politique produit une croissance artificielle. La consommation non couverte affaiblit les flux de production et d’épargne, et donc les fondements mêmes de la croissance économique. S’il en allait autrement, la pauvreté aurait depuis longtemps disparu dans le monde. Après tout, tout le monde sait réclamer et consommer.

L’illusion d’une croissance retrouvée

Si les politiques monétaires accommodantes peuvent donner l’impression de faire croître l’économie, c’est uniquement parce qu’elles provoquent une hausse visible de la production et de l’emploi dans certains secteurs. Il est également possible que le niveau d’épargne demeure suffisamment élevé pour absorber, pendant un temps, l’augmentation de la consommation non couverte.

Mais dès que cette consommation atteint un niveau tel que les flux d’épargne finissent par disparaître, l’économie entre en récession. La structure de production a en outre été déformée par le lancement de projets qui ne pourront jamais être achevés de manière rentable.

Toute tentative de la banque centrale pour sortir l’économie de cette récession en créant davantage de monnaie, afin d’abaisser les taux d’intérêt et de « stimuler » l’activité, ne fait qu’aggraver la situation. Elle accentue en effet la consommation improductive.

Quand le crédit finit par se tarir

L’effondrement des véritables sources de croissance économique révèle alors la fragilité du crédit bancaire fondé sur les réserves fractionnaires et accroît le risque de panique bancaire. Pour se protéger, les banques réduisent leur création inflationniste de crédit.

Dans ces conditions, une nouvelle expansion monétaire ne peut plus entraîner une hausse des prêts bancaires. Au contraire, elle détruit davantage d’épargne, déforme encore la structure de production et provoque la disparition de nouvelles entreprises. Les banques deviennent alors de plus en plus réticentes à accorder des crédits.

Elles n’accepteront probablement de prêter qu’aux entreprises présentant une solide qualité de crédit. Mais à mesure que la récession s’aggrave, il devient de plus en plus difficile de trouver un nombre suffisant d’entreprises solvables.

La banque centrale peut donc constater que, malgré ses efforts pour injecter de la monnaie dans l’économie, la masse monétaire commence à diminuer.

Elle pourrait évidemment compenser ce recul par une création monétaire encore plus agressive. Elle pourrait également monétiser le déficit budgétaire de l’État ou envoyer directement des chèques à chaque citoyen.

Mais toutes ces mesures ne feraient qu’affaiblir davantage la production, l’épargne et l’investissement productif, et finiraient par dévaster l’économie.

Une hausse de la demande suffit-elle à créer de la croissance ?

La plupart des commentateurs estiment qu’une augmentation de la masse monétaire renforcera la demande de biens et de services de consommation. La production serait alors stimulée.

Toutefois, pour répondre à cette hausse de la production de biens et de services, l’économie doit disposer d’une structure de capital adaptée. Or, si cette structure n’a pas été développée parce qu’une quantité insuffisante d’épargne a été consacrée à l’investissement productif, l’augmentation de la demande ne pourra engendrer aucune véritable croissance économique.

Aussi forte soit-elle, une augmentation de la masse monétaire ne pourra jamais produire une croissance économique authentique et durable. Au contraire, les expansions inflationnistes de la masse monétaire affaiblissent le processus de formation de l’épargne et retardent les perspectives de reprise économique, au lieu de les favoriser.

Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.

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