Les indicateurs économiques fédéraux masquent une réalité bien plus sombre : le coût d’une vie « normale » a explosé, piégeant des millions d’Américains dans une « vallée de la mort » financière.
Le magazine Fortune rapporte :
« Un stratège de Wall Street explique la colère politique actuelle par un seuil de pauvreté qui devrait être fixé à 140 000 dollars, et par la ‘vallée de la mort’ qui piège les personnes se trouvant en dessous de ce seuil. »
Les analystes estiment que l’élection de Mamdani à New York City a été déterminée par la question de « l’affordability » [NDLR : ce que l’on peut se permettre d’acheter et, généralement, l’accessibilité à des choses essentielles].
Les autorités fédérales publient des chiffres plutôt corrects : chômage, inflation, PIB, rien d’alarmant. Mais dans la rue, il devient de plus en plus difficile pour les gens ordinaires de mener une vie normale. A première vue, cela s’explique par le fait que la vie « normale » est devenue beaucoup plus chère. Mais en réalité, la vie « normale » est devenue un piège.
Ainsi, lorsque Mamdani a proposé des mesures sociales (baisse des loyers, transports gratuits, garde d’enfants, etc.), les électeurs ont adhéré à son programme.
Les chiffres du gouvernement fédéral ne reflètent pas la réalité. Même si les gens ont encore un emploi et un logement, le coût d’une vie « normale » est beaucoup plus élevé. Et quand on regarde les choses de manière réaliste, au niveau de la rue, on se rend compte que des millions d’Américains sont pris au piège. Michael Green appelle cela la « vallée de la mort ».
Il souligne que le seuil de pauvreté a été calculé en 1963 et défini comme étant trois fois le coût d’un régime alimentaire minimum.
Green explique :
« La formule a été mise au point par Mollie Orshansky, économiste à l’Administration de la sécurité sociale. En 1963, elle a observé que les familles consacraient environ un tiers de leurs revenus à l’alimentation. Comme il était difficile d’obtenir des données sur les prix de nombreux articles, par exemple le logement, si l’on pouvait calculer un budget alimentaire minimum adéquat à l’épicerie, on pouvait le multiplier par trois et établir un seuil de pauvreté.
Cela semblait être une façon assez raisonnable de voir les choses, à l’époque. Si les gens pouvaient couvrir leurs dépenses alimentaires avec un tiers ou moins de leurs revenus, ils seraient libres de dépenser le reste de leurs revenus comme ils le souhaitaient. »
Le problème, explique-t-il, c’est que depuis 1963, les dépenses ordinaires ont considérablement augmenté. Le logement est désormais beaucoup plus cher. Une maison type se vend 420 000 dollars. Mais une famille type ne peut prétendre qu’à une maison coûtant moins de 300 000 dollars.
Et l’assurance maladie n’existait pratiquement pas en 1963. A l’époque, Blue Cross/Blue Shield coûtait environ 10 dollars par mois aux familles. Aujourd’hui, il faut compter environ 600 dollars par mois sur le marché ACA.
La garde d’enfants est également considérée aujourd’hui comme une dépense nécessaire. En 1963, les mères restaient à la maison. Dans les années 1960, nous payions également nos frais de scolarité à l’université du Maryland grâce à un emploi d’été. Aujourd’hui, les frais de scolarité pour les étudiants de l’Etat s’élèvent à 11 000 dollars… ceux des étudiants hors de l’Etat paient 40 000 dollars.
Et lorsque vous preniez votre retraite dans les années 1960, vous aviez généralement déjà remboursé votre prêt immobilier et votre voiture vous appartenait, sans aucune dette ; avec une pension modeste et la sécurité sociale, vous pouviez vous en sortir.
Aujourd’hui, l’alimentation ne représente que 5 % à 7 % du budget familial type. Le logement coûte désormais 40 %. Les soins de santé représentent environ 20 %. Et pour les jeunes familles avec enfants, la garde d’enfants représente 20 % supplémentaires, voire plus.
Cela nous amène à un calcul tout à fait différent du seuil de pauvreté. Green :
« Si l’on mesurait aujourd’hui l’insuffisance des revenus comme Orshansky l’a fait en 1963, le seuil pour une famille de quatre personnes ne serait pas de 31 200 dollars. Il se situerait plutôt entre 130 000 et 150 000 dollars. »
Green présente ses calculs, en commençant par les coûts « ordinaires » moyens par famille :
- Garde d’enfants : 32 773 dollars ;
- Logement : 23 267 dollars ;
- Alimentation : 14 717 dollars ;
- Transport : 14 828 dollars ;
- Soins de santé : 10 567 dollars ;
- Autres produits de première nécessité : 21 857 dollars.
Revenu net requis : 118 009 dollars. Ajoutez à cela les impôts fédéraux, étatiques et FICA d’environ 18 500 dollars, et vous obtenez un revenu brut requis de 136 500 dollars.
Tout ce qui n’était pas soumis à la concurrence des importations a vu son prix augmenter : garde d’enfants, frais de scolarité, soins de santé… et logement.
De plus, dans le monde moderne, vous devez rester connecté, à votre travail et à votre famille. En 1955, selon M. Green, le coût de la « participation » à la vie moderne était de 5 dollars par mois pour une ligne téléphonique fixe. Aujourd’hui, vous avez besoin d’une connexion haut débit et d’un smartphone. Il faut compter 200 dollars par mois, dit-il.
Bien sûr, cela varie selon les endroits. Dans certaines régions du pays, comme San Francisco ou New York, par exemple, il vous en faudra plus. En Arkansas et au Mississippi, peut-être beaucoup moins.
Mais Green décrit plus qu’un simple nouveau calcul. Il parle d’une nouvelle forme de misère. C’est une pauvreté où vous pouvez encore disposer de la plupart des attributs de la vie bourgeoise. Mais votre relation avec l’élite financière a changé : vous êtes lié à l’industrie du crédit, à vie.
Lorsque les enfants grandissent, ils peuvent aller à l’université. Comme l’explique le calcul ci-dessus, relativement peu de familles sont en mesure d’économiser suffisamment pour payer les frais de scolarité. Elles empruntent donc.
Et les enfants sortent de l’école avec un contrat à vie : d’abord pour les frais de scolarité, puis pour les voitures… ensuite pour le logement… et enfin pour le reste des nécessités d’une vie « normale ». Ils passeront toute leur vie adulte à traverser péniblement la vallée de la mort… et ne parviendront peut-être jamais à l’autre côté.
