La Chronique Agora

SoftBank, un baromètre systémique

Porteuse d’espoirs insensés pour les « licornes », SoftBank est désormais en difficulté, enlisée dans des investissements douteux, emblématiques d’un marché à bout de souffle.

Les investissements de SoftBank dans WeWork et Uber semblent désormais être de colossales erreurs. Erreurs que l’on peut expliquer à plusieurs niveaux :

– avidité, appétit pour des gains spectaculaires, rapides, effectués en grande partie avec l’argent de tiers, le fameux « tiers payant » gogo ;

– SoftBank c’est du pseudo-investissement de très long terme réalisé avec des motivations courtes et en plus beaucoup de levier – c’est l’incompatibilité assurée, laquelle incompatibilité est totalement dépendante du momentum et des modes boursières ;

– la structure de pensée de SoftBank, c’est l’analogie et non pas la connaissance organique, interne des choses de l’entreprise. Dossiers survolés, bâclés et jamais approfondis ;

– SoftBank a recours non seulement au levier et au carry, mais la conception même de ses investissements repose sur le carry, l’arbitrage au sein de l’univers financier. C’est un jeu anglo-saxon de type parasite sur des différences, ce qui est l’opposé du capitalisme d’entreprise à l’allemande, le capitalisme rhénan ;

– abus du modèle utilisé par SoftBank : financements conçus en fonction du débouché sur le marché boursier et non pas pour l’accompagnement à long terme d’une entreprise solide et innovante. SoftBank, c’est tout le contraire du modèle Warren Buffett où on considère que la rentabilité d’un investissement est interne, procurée par l’exploitation de l’entreprise et ses cash-flows futurs. La société n’imagine la rentabilité que par les culbutes sur le marché boursier.

En résumé, il faut s’intéresser à SoftBank parce que c’est l’oiseau de beau temps par excellence, celui qui vole de plus en plus haut parce que l’air monétaire du temps le porte de mieux en mieux… mais qui s’écroulera lorsque cet air viendra vraiment et durablement à manquer.

SoftBank est un bellwether, un baromètre.

Au tour de l’Inde, maintenant…

Les investissements de SoftBank dans WeWork et Uber sont catastrophiques : ces sociétés ont perdu collectivement environ 100 Mds$ de valeur cette année. Ceci a incité les investisseurs à se poser des questions.

Les mésaventures de Softbank pourraient d’ailleurs se répéter en Inde, écrit Henny Sender de la Nikkei Asian Review. Il explique que le surfinancement et les évaluations démesurées ont « déstabilisé les jeunes entreprises du pays ».

Le premier grand investissement indien de SoftBank, la société de paiement Paytm, est sous surveillance. Après le succès initial dû à la « démonétisation » de l’Inde, elle se débat maintenant pour survivre.

« Elle a dû faire face à une concurrence croissante alors qu’elle dépensait beaucoup d’argent – jusqu’à 650 millions de dollars, selon le responsable d’une société de commerce électronique qui a eu des relations avec Paytm », rapporte M. Sender. « Les pertes de la société ont été multipliées par 2,5 pour l’exercice clos au mois de mars. »

La chaîne hôtelière indienne Oyo a reçu plus d’1,5 Md$ de SoftBank, une initiative qui soulève également quelques sourcils. Son modèle économique promet des frais importants aux hôteliers locaux pour leur adhésion à la société et la mise à niveau de leurs propriétés, mais rien n’est actuellement rentable.

« Ces derniers mois, les branches chinoises de Sequoia et Warburg Pincus ont refusé d’investir dans l’opération chinoise d’Oyo, Oyo Jiudian, estimant que ses chiffres n’avaient aucun sens, d’après les personnes ayant une connaissance directe des deux décisions », écrit le journaliste.

« Lorsque SoftBank cessera de verser de l’argent, personne d’autre ne fera un chèque », a déclaré le président indien, basé à Mumbai, d’une grande société internationale de capital-investissement.

[NDLR : Retrouvez toutes les analyses de Bruno Bertez sur son blog en cliquant ici.]

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