La Chronique Agora

Quand la monnaie vous dépouille en silence

L’inflation n’est pas seulement une affaire de pétrole, de guerre ou de « cupidité » des entreprises. Le vrai basculement remonte à 1971 : depuis que le dollar n’est plus adossé à l’or, la création monétaire a permis de financer toujours plus de dépenses… en faisant payer la facture autrement, par la hausse des prix.

« Parmi les innombrables maux qui provoquent sans cesse le déclin des royaumes, des principautés et des républiques, quatre me paraissent particulièrement graves : les dissensions civiles, une forte mortalité, la stérilité des sols et l’altération de la monnaie. Les trois premiers sont si évidents que chacun en reconnaît les ravages. Le quatrième, qui concerne la monnaie, n’est perçu que par quelques esprits particulièrement attentifs, car il n’agit ni d’un seul coup ni brutalement : il renverse peu à peu les gouvernements, de manière cachée et insidieuse. »
— Copernic

L’homme qui nous a retiré la Terre de sous les pieds pour la faire tourner autour du Soleil trouva aussi le temps de remarquer quelque chose de plus subtil : une nation peut être escroquée aussi bien que dépouillée.

NBC News ouvrait son journal vendredi sur cette information :

Le diesel atteint un record historique de 6 dollars le gallon, et presque tout va coûter plus cher

La hausse des prix est partout dans l’actualité.

Et, peut-être pour la première fois, nous apercevons un début de compréhension… une étincelle au milieu d’une forêt de bois mort… jusque dans la presse presque grand public.

Le Washington Examiner :

Arrêtez d’accuser la cupidité des entreprises : si vous ne pouvez plus rien vous permettre, c’est à cause de la fausse monnaie

Le sénateur Rand Paul (D-KY) a récemment identifié, de manière assez rare, la véritable cause du problème de pouvoir d’achat. Ce n’est ni la hausse abusive des prix par les entreprises, ni les autres boucs émissaires habituels : entreprises cupides, déréglementation, réglementation excessive ou restrictions environnementales au fameux « drill, baby, drill ».

Le problème, c’est la monnaie.

Interrogés sur l’origine de la flambée du diesel, la plupart des gens accuseraient probablement l’Iran, qui a interrompu ses exportations de pétrole, ou Donald Trump, qui a déclenché la guerre.

Les deux sont coupables.

Mais le principal responsable est celui que désigne le sénateur Paul.

À l’origine, les autorités américaines utilisaient une vraie monnaie, adossée à l’or. Pendant près de 150 ans, elle a permis de maintenir les prix relativement stables.

Puis, en 1971, elles ont introduit une nouvelle forme de monnaie : une monnaie factice, créée par milliers de milliards et qui ne reposait plus sur rien.

Or, du « rien », il y en a en abondance… et cela ne coûte pas cher.

Il est aussi beaucoup plus facile et rapide de produire de la fausse monnaie que de la vraie — pas besoin d’or.

Et il est plus simple encore d’« imprimer » cette nouvelle monnaie que de fabriquer des réfrigérateurs ou de faire pousser des avocats.

La quantité de monnaie en circulation a donc fini par augmenter bien plus vite que la quantité de biens et de services qu’elle était censée permettre d’acheter.

Et voilà toute l’affaire : débarrassée de son habillage académique, elle tient en quelques phrases simples.

Tom nous en a envoyé samedi une démonstration saisissante.

Dans le cadre d’une vaste étude portant sur 167 pays et 67 années, des chercheurs ont constaté qu’aux États-Unis, la masse monétaire avait augmenté à long terme de 7,4 % par an — soit plus de deux fois plus vite que le PIB.

Devinez de combien l’or a progressé ?

7,6 %.

Presque exactement le même rythme.

Et le S&P, hors dividendes ?

Là encore : 7,5 %.

Autrement dit, c’est la fausse monnaie qui a créé tout l’Empire de la bulle.

Dans les années 1960, les États-Unis peinaient à financer simultanément la guerre du Vietnam et les programmes sociaux de la Great Society.

Mais grâce à cette nouvelle monnaie factice, toute l’économie pouvait être gonflée artificiellement… puis « financiarisée ».

Wall Street pouvait ainsi prendre une part toujours plus importante du gâteau, tandis que le programme mêlant dépenses militaires et dépenses sociales pouvait être porté sur un compte que personne n’avait vraiment à solder.

Les interventions en Irak, en Afghanistan, en Iran et ailleurs pouvaient être financées avec de la fausse monnaie.

Les Américains n’avaient aucun sacrifice à consentir… à l’exception de ceux qui mouraient.

Cela en valait-il la peine ?

C’est précisément le genre de question que l’on n’a plus besoin de poser… lorsque l’on peut simplement « imprimer » l’argent nécessaire pour payer la facture.

Comme un gagnant du loto, l’Amérique s’est offert une gigantesque frénésie de dépenses.

Le week-end dernier, les médias ont ressorti le brassard noir, se sont tordu les mains et ont battu leur coulpe en tentant de se souvenir du 11-Septembre… et des leçons qui auraient été tirées depuis.

La plupart des commentateurs se sont concentrés sur les « erreurs » commises ensuite — notamment les errements de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient.

Mais ces « erreurs » n’étaient elles-mêmes qu’une autre conséquence de la fausse monnaie.

Une guerre qu’il faut réellement payer est une guerre qu’il faut débattre, analyser et justifier.

Il faut convaincre le public.

Pas simplement l’embobiner.

Le fonctionnement fondamental de toute société organisée est assez simple : ceux qui possèdent veulent posséder davantage.

Les élites trouvent des raisons pour que ceux qui n’en font pas partie leur cèdent une part de leur richesse et de leur pouvoir.

Ce qui les freine, c’est la monnaie réelle elle-même.

Le peuple n’en produit qu’une quantité limitée… et il ne s’en sépare pas plus volontiers qu’un rottweiler affamé n’abandonnerait un steak à l’os.

La Constitution américaine confie expressément aux représentants du peuple le droit — et la responsabilité — de décider quelle part de leur argent les citoyens devront abandonner.

Toutes les dépenses et tous les impôts doivent être approuvés par eux.

Mais la fausse monnaie permet de contourner le Congrès.

Le peuple ne l’a jamais gagnée.

Il ne l’a jamais épargnée.

Elle n’a pas été prélevée sous forme d’impôts ni directement sortie de ses poches.

Et puis les prix montent.

Les gens sentent bien qu’on les dépouille.

Mais ils sont incapables d’identifier le coupable parmi les suspects.

Alors ils maudissent les « riches cupides »… et votent pour de nouveaux escrocs.

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