La Chronique Agora

Pétrole et crédit : les deux piliers fragiles de l’économie mondiale

Le crédit peut être créé à l’infini, le pétrole non. De cette tension naît une dynamique décisive : entre illusion financière et contraintes physiques, l’économie mondiale avance sur une ligne de crête, exposée aux excès de la dette comme aux chocs énergétiques.

« Quel message envoyons-nous au reste du monde ? Que nous sommes une bande d’imbéciles — que nous avons déclenché une guerre que nous ne pouvons pas gagner. » — John Mearsheimer, professeur à l’université de Chicago

Notre point de départ aujourd’hui repose sur l’intuition de Tom Dyson : le pétrole joue pour l’économie réelle le même rôle que le crédit pour Wall Street. Autrement dit, les deux évoluent de concert.

Au milieu du fracas et des bouleversements, il devient difficile de garder le regard fixé sur l’essentiel – c’est-à-dire sur la tendance de fond. Les prix fluctuent sans cesse, d’un jour à l’autre, d’un mois à l’autre. Les opinions, elles aussi, varient à l’infini. Pourtant, seule la dynamique à long terme détermine véritablement si l’on s’enrichit… ou si l’on s’appauvrit.

Sommes-nous engagés dans un marché haussier ou baissier ? Notre niveau de vie progresse-t-il ou recule-t-il ? Nous dirigeons-nous vers la paix ou vers la guerre, vers davantage de liberté ou vers une forme de servitude ? Faut-il rester positionné sur le pétrole et l’or, ou est-il temps de réorienter ses choix ?

Jusqu’à présent, notre pari sur l’or s’est avéré judicieux. Au début du siècle, il fallait 40 onces d’or pour acquérir l’ensemble des valeurs du Dow Jones. Aujourd’hui, dix onces suffisent pour acheter ces mêmes trente titres.

Cette tendance peut-elle se prolonger encore vingt-cinq ans ? C’est possible, mais rien n’est jamais certain.

Rappelons une évidence : deux forces suffisent à précipiter la chute d’un empire – l’endettement et la guerre. Sur ces deux fronts, l’équipe Trump avance avec détermination, contribuant, d’une certaine manière, à accélérer un processus déjà à l’œuvre.

Voici les dernières informations, rapportées par Fortune :

« La crise de la dette américaine – désormais supérieure à 38 000 milliards de dollars – est déjà une réalité. Le moment des comptes approche.

Les États-Unis supportent aujourd’hui une dette nationale colossale. Les intérêts versés chaque année dépassent désormais les dépenses militaires. Par ailleurs, les principaux fonds de la Sécurité sociale et de Medicare devraient devenir insolvables dans les sept ans, ce qui impliquera soit une baisse automatique des prestations, soit un recours accru au déficit pour maintenir ces programmes. Et ces tensions ne feront que s’accentuer avec le vieillissement démographique, la hausse des dépenses de santé et le ralentissement de la croissance. »

Dans ce contexte, la guerre actuelle avec l’Iran ne fait qu’aggraver la situation. Elle représente d’abord un coût direct (environ 11 milliards de dollars par semaine), mais elle fait aussi peser un risque majeur de désorganisation sur l’économie mondiale.

Dès lors, deux hypothèses se dessinent : soit l’équipe Trump poursuit une stratégie implicite, fondée sur des effets indirects de long terme, soit elle agit avec une étonnante imprévoyance. Après la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, Trump a déclaré : « Personne ne s’y attendait. Nous avons été choqués. Ils ont riposté. »

Oui, ce fut un véritable coup de théâtre… sorti de nulle part… comme l’aube ou une faillite – personne ne pouvait le prévoir. Personne. Mais désormais que les faits sont là, une question s’impose : quelles en seront les conséquences ?

Nous avons vu ce que provoque une hausse brutale et soudaine des taux d’intérêt (c’est-à-dire de la disponibilité du crédit) : les entreprises se replient, les employés sont licenciés, la consommation recule et la croissance du PIB bascule du positif au négatif – autrement dit, une récession qui peut facilement se transformer en dépression si le robinet du crédit reste fermé trop longtemps.

Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose. Le crédit excessif, non adossé à une épargne réelle, doit disparaître d’une manière ou d’une autre. En général, il s’évapore à travers la hausse des prix pour les consommateurs et des cycles d’expansion et de krach pour les investisseurs.

Le pétrole fonctionne-t-il de la même manière ? Pas exactement. Le pétrole obéit-il à la même logique ? Pas tout à fait.

Un excès de crédit artificiel est aussi dangereux, sinon plus, qu’une pénurie. L’argent facile encourage les décisions imprudentes. Et si ce crédit peut être créé de toutes pièces, les ressources qu’il mobilise, elles, sont bien tangibles. Le pétrole, la main-d’œuvre qualifiée ou les matières premières exigent du temps, des investissements et une organisation rigoureuse. Et une fois consommées, ces ressources disparaissent définitivement. Une journée de travail perdue ne se rattrape pas.

C’est ainsi que le crédit artificiel érode la richesse réelle. Dans l’économie productive, il finance des projets dépourvus de rentabilité. Sur les marchés financiers, il alimente des paris spéculatifs : crypto-monnaies, jetons, Nvidia, intelligence artificielle… Autant d’investissements dont les promesses restent incertaines.

Ce même crédit artificiel permet aux autorités fédérales de dilapider des sommes colossales. Elles mobilisent une épargne qui n’a jamais été constituée – ni gagnée, ni épargnée, ni taxée – pour financer une bureaucratie inefficace, des transferts douteux et des conflits inutiles. De ce point de vue, la guerre en Iran n’est qu’une manifestation supplémentaire de ce processus de destruction de richesse.

L’attaque contre l’Iran revient ainsi à allumer la mèche des deux côtés à la fois : elle affaiblit les fondements économiques de l’empire tout en l’entraînant dans des conflits stériles – le tout financé par du crédit fictif.

Mais contrairement au crédit, il n’existe pas de « pétrole fictif ». Et c’est précisément là que réside le levier, fragile mais déterminant, dont disposent aujourd’hui les mollahs sur l’économie mondiale. Le système monétaire américain peut créer du crédit à volonté – et même au-delà – mais il ne peut accroître facilement l’offre mondiale de pétrole.

Où tout cela nous mènera exactement, nous l’ignorons. Nous préférons donc rester en mode de sécurité maximale, jusqu’à ce que la situation se stabilise.

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