La Chronique Agora

Inflation : la prochaine hausse des prix se prépare déjà

inflation-baril-petrole

L’inflation a ralenti en France, mais cette amélioration repose en partie sur une baisse du pétrole qui appartient déjà au passé. Les matières premières repartent à la hausse et leurs effets ne sont pas encore visibles dans les chiffres officiels. Le répit pourrait donc être beaucoup plus court que prévu.

L’inflation française est revenue autour de 2 %. Après les fortes hausses de ces dernières années, cette évolution peut donner le sentiment que la situation est enfin en train de se normaliser.

Il faut néanmoins bien comprendre ce que signifient ces chiffres.

Lorsque l’inflation baisse, les prix ne baissent pas. Ils continuent d’augmenter, mais moins rapidement. Depuis janvier 2021, ils ont ainsi progressé de plus de 20 % en France. Dans la zone euro et aux États-Unis, la hausse cumulée est encore plus importante.

Les ménages ne retrouvent donc pas les prix d’avant la crise inflationniste. Ils continuent de payer leurs achats quotidiens beaucoup plus cher qu’il y a cinq ans.

Surtout, le ralentissement observé récemment risque de ne pas durer. Les facteurs qui avaient contribué à calmer l’inflation sont déjà en train de s’inverser.

Le pétrole a effacé son recul

La baisse du pétrole avait joué un rôle essentiel dans l’accalmie du mois de juin. En réduisant les coûts de l’énergie et du transport, elle avait permis de modérer l’évolution générale des prix.

Mais le baril a depuis changé de direction.

Après être retombé à 71 dollars au début du mois de juillet, il a dépassé 95 dollars trois semaines plus tard. Une grande partie de la détente précédente a donc déjà été effacée.

Cette remontée ne se retrouve pas encore entièrement dans les statistiques de l’inflation. Il existe toujours un décalage entre l’évolution du pétrole et sa transmission au reste de l’économie.

La hausse touche d’abord les carburants, l’énergie et les transports. Elle augmente ensuite les coûts supportés par les entreprises. Puis ces dernières finissent par en répercuter une partie dans leurs prix de vente.

Les chiffres publiés aujourd’hui décrivent ainsi une situation qui appartient en partie au passé. Ils intègrent encore les effets favorables de la baisse précédente du pétrole, mais pas pleinement ceux de son rebond.

C’est pourquoi la baisse de l’inflation en juin ne permet pas de conclure que le problème est réglé.

Les matières premières repartent également à la hausse

D’ailleurs, ce retournement ne concerne pas uniquement le pétrole.

L’indice CRB, qui suit l’évolution d’un large ensemble de matières premières, est lui aussi reparti à la hausse. Depuis la fin de l’année 2025, sa progression atteint désormais 33,1 %. Pour vous donner un ordre de grandeur, cet indice avait augmenté de 23 % dans les mois qui avaient suivi le début de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. La hausse actuelle est donc déjà plus importante.

Pourtant, elle n’est pas encore totalement visible dans les prix payés par les consommateurs.

Les entreprises peuvent absorber une partie de l’augmentation de leurs coûts pendant un certain temps. Elles peuvent réduire leurs marges ou repousser certaines hausses. Mais cette possibilité n’est pas illimitée. Si les matières premières restent chères, la répercussion sur les prix devient difficile à éviter.

L’inflation peut donc continuer de ralentir pendant quelque temps, alors même que les conditions de sa reprise sont déjà réunies en amont.

C’est précisément le décalage que les chiffres actuels risquent de masquer.

Les États-Unis n’ont pas vaincu l’inflation

La situation américaine confirme que les tensions n’ont pas disparu.

Aux États-Unis, l’inflation atteint encore 3,5 %. Les prix à la production, hors énergie et produits alimentaires, progressent de 4,7 %. Il s’agit d’un indicateur important car les hausses observées au niveau des producteurs peuvent ensuite se transmettre aux consommateurs.

Dans le même temps, le marché du travail reste solide. Le taux de chômage se maintient à 4,2 % et les salaires augmentent de près de 4 % par an.

Cette progression des revenus permet certes aux ménages américains de mieux absorber la hausse des prix, mais elle contribue aussi à maintenir les tensions inflationnistes. Les entreprises font face à des coûts salariaux plus élevés, tandis que la demande reste soutenue.

La remontée du pétrole intervient donc dans un environnement où l’inflation n’avait jamais totalement disparu.

Et comme l’énergie et les matières premières s’échangent sur des marchés mondiaux, leurs effets ne resteront pas cantonnés aux États-Unis. La France et la zone euro seront elles aussi concernées.

Vers une inflation comprise entre 3,5 % et 4 % ?

Dans ces conditions, je maintiens ma prévision d’une inflation comprise entre 3,5 % et 4 % en France d’ici la fin de l’année.

Nous resterions certes en dessous des sommets atteints au plus fort de la crise inflationniste. Mais le point de départ n’est plus le même.

Les ménages ont déjà subi une hausse cumulée des prix supérieure à 20 % depuis 2021. Une nouvelle accélération viendrait donc s’ajouter aux augmentations précédentes, sans les effacer.

La pression sur le pouvoir d’achat repartirait à la hausse. Les dépenses contraintes occuperaient une part encore plus importante des revenus et la consommation pourrait en pâtir.

Or, la consommation reste l’un des principaux moteurs de l’économie française. Si les ménages réduisent leurs achats, les entreprises en subissent rapidement les conséquences.

La reprise de l’inflation ne serait donc pas seulement un problème pour le niveau de vie ; elle pèserait également sur l’activité.

La hausse des prix alimente celle des taux

Le retour de l’inflation aurait aussi un effet direct sur les taux d’intérêt.

Lorsque les investisseurs anticipent une hausse durable des prix, ils exigent une rémunération plus élevée pour prêter leur argent. Les taux des obligations augmentent alors, ce qui renchérit le financement des États.

En France, le taux à 10 ans se rapproche déjà de 4 %. Le taux à 30 ans a, quant à lui, retrouvé des niveaux qui n’avaient plus été observés depuis la crise financière de 2008.

Cette hausse ne s’explique pas uniquement par l’inflation. Les déficits et l’accumulation de dette y contribuent aussi, mais la remontée du pétrole et des matières premières renforce le mouvement.

La France est d’autant plus exposée qu’elle a émis des obligations indexées sur l’inflation. Lorsque les prix augmentent, le coût de ces titres progresse lui aussi.

La charge d’intérêts de la dette devrait déjà atteindre 77 milliards d’euros cette année, selon la Cour des comptes. Une nouvelle poussée inflationniste viendrait alourdir une facture qui pèse de plus en plus lourd sur les finances publiques.

Les statistiques racontent déjà le passé

La baisse récente de l’inflation est réelle. Elle ne doit pas être niée. Mais elle ne suffit pas à garantir une amélioration durable.

Les chiffres officiels regardent nécessairement dans le rétroviseur. Ils mesurent les hausses de prix déjà intervenues, alors que les marchés permettent parfois d’apercevoir celles qui se préparent.

Or, aujourd’hui, le signal envoyé par le pétrole et les matières premières est clair : les conditions qui avaient permis à l’inflation de ralentir sont en train de disparaître.

L’accalmie du mois de juin pourrait donc ne pas annoncer la fin de l’inflation, mais seulement une pause entre deux vagues de hausse.

Recevez la Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Quitter la version mobile