La Chronique Agora

Inflation : le pillage légal des épargnants (2/2)

fictional looting or demonstration, robbery or theft, masked men on a street in a city commit violence. Generative AI

Derrière le discours rassurant des autorités monétaires, la politique « accommodante » de la Fed engendre une longue chaîne de distorsions économiques et sociales : érosion du pouvoir d’achat, découragement de l’épargne, illusions de prospérité, conflits commerciaux, alourdissement fiscal et appauvrissement progressif des populations.

Dans notre précédent article, nous avons vu que l’inflation constitue un impôt caché, utilisé par l’État via une banque centrale toute-puissante pour financer ses dépenses en dévaluant la monnaie. Voyons maintenant quelles conséquences économiques, sociales et politiques entraîne concrètement cette politique lorsque la Fed se montre « accommodante » en augmentant sans limite la masse monétaire.

Premièrement, cela réduit la valeur du dollar. Plus il y a de dollars en circulation, plus le pouvoir d’achat de chaque dollar s’amenuise, ce qui exerce une pression à la hausse sur les prix. Le progrès technologique et l’augmentation de la productivité tendent naturellement à tirer les prix vers le bas, mais à cause de l’inflation, les consommateurs ne peuvent pas véritablement en profiter.

Pour vous donner une idée de l’ampleur de l’effondrement du dollar, sachez qu’avec 5 000 $ en 1913 vous aviez un pouvoir d’achat équivalent à 164 040 $ en 2025. Autrement dit, le coût de la vie a augmenté de 3 180 %.

Deuxièmement, la dépréciation du dollar décourage l’épargne. Pourquoi mettre de l’argent de côté s’il est voué à perdre de sa valeur ? À la place, des millions de néophytes en investissement placent leurs fonds en bourse pour tenter de se protéger contre la planche à billets de la Fed.

Troisièmement, les injections de nouvelle monnaie donnent l’illusion d’une prospérité en réalité factice, et la Fed ne cesse d’injecter des liquidités pour entretenir ce « boom » artificiel. Tandis que les consommateurs s’inquiètent du coût de la vie, un glissement sémantique s’opère : l’inflation finit par désigner non plus l’augmentation de la masse monétaire à l’origine de la hausse des prix, mais la hausse des prix elle-même. Dès lors, les entreprises qui augmentent leurs prix en sont tenues coupables, tandis que les responsables gouvernementaux qui menacent de bloquer les prix passent pour des justiciers.

Comme la plupart des gens ignorent le rôle de la Fed, le gouvernement peut pointer du doigt les entreprises et se poser en défenseur du bien commun. La majorité ignore également que le plafonnement des prix entraîne inévitablement des pénuries en encourageant la consommation tout en freinant la production. Ces pénuries entraînent à leur tour l’imposition de mesures de rationnement par l’État, lesquelles favorisent la corruption, le marché noir et la criminalité.

Quatrièmement, au fur et à mesure que l’afflux de dollars fait grimper les prix, certaines industries se retrouvent désavantagées face à la concurrence étrangère, ce qui les incite à faire pression sur Washington pour mettre en place des mesures protectionnistes. Bien entendu, les tarifs douaniers et les quotas font grimper les prix encore davantage, tout en risquant de déclencher des guerres commerciales si jamais d’autres pays décident d’exercer des représailles. Et les guerres commerciales peuvent mener à des conflits armés.

En juin 1930, alors que l’économie souffrait déjà d’une grave récession provoquée par la politique monétaire de la Fed, le président Hoover a signé la loi Smoot-Hawley, augmentant les tarifs douaniers à leur niveau le plus élevé de toute l’histoire des États-Unis. D’autres pays ont alors immédiatement exercé des représailles, les marchés étrangers se sont fermés les uns après les autres et les conditions économiques se sont aggravées à travers le monde entier.

Cinquièmement, l’inflation augmente les revenus nominaux, poussant les contribuables dans les tranches d’imposition supérieures du barème de l’impôt sur le revenu, ce qui accroît les recettes fiscales. Ainsi, l’impôt vient dévorer une part toujours plus grande des revenus des citoyens, en même temps que la valeur de leur épargne est érodée sous l’effet de la dépréciation du dollar.

Sixièmement, l’inflation transfère la richesse de ceux qui ne peuvent pas ou ne savent pas se défendre contre ce processus de destruction monétaire, vers ceux qui le peuvent. Pour prendre un exemple simple, une personne vivant d’un revenu fixe peut voir son pouvoir d’achat diminuer au point qu’elle se retrouve contrainte de vendre des bijoux de famille pour faire face à une dépense imprévue. Ou, pire encore, une banque ayant participé à la frénésie de crédit qui a contribué à l’explosion des prix peut décider de saisir les maisons de certains de ses clients, devenus incapables de rembourser car leurs revenus ont été ravagés par cette débauche monétaire.

Septièmement, les mesures « accommodantes » de la Fed contraignent les gens à continuer de travailler bien plus tard dans leur vie, car ils n’ont plus les moyens de subsister à leurs besoins avec des pensions de retraite qui ne cessent d’être érodées par l’inflation.

Huitièmement, comme le gouvernement est souvent le premier à recevoir la monnaie nouvellement créée, il peut financer des mesures controversées, telles que le sauvetage des banques ou les guerres, sans s’attirer les foudres des contribuables. L’État se contente de financer ses dépenses à crédit, sachant qu’il peut compter sur la Fed pour monétiser la dette publique d’un coup de baguette magique. Bien sûr, finalement, c’est toujours nous qui réglons la note, mais elle reste cachée dans les prix de tout ce que nous achetons au quotidien.

Neuvièmement, étant donné que l’inflation a un effet inégal sur les prix, faisant grimper certaines catégories de biens et services plus vite que les autres, il devient difficile pour les gens de distinguer l’illusion de la réalité. Alors que le crédit facile abonde, les chefs d’entreprise, les investisseurs et les cadres cèdent au chant des sirènes d’opportunités de profits jugées « immanquables ».

Dixièmement, le gouvernement peut se présenter en sauveur d’un groupe d’électeurs qu’il a en réalité lui-même appauvris, comme par exemple les retraités, en augmentant leurs pensions et en couvrant leurs frais médicaux. Ces nouveaux droits sociaux nécessitent des recettes fiscales supplémentaires, ce qui alimente encore davantage l’inflation et augmente le risque d’un effondrement total du système monétaire.

Onzièmement, comme l’observait Mises : « Dans un environnement inflationniste, les gens prennent l’habitude de considérer le gouvernement comme une institution disposant de moyens illimités : l’État, le gouvernement, peut tout faire. » Par le biais du déficit budgétaire, l’État peut engloutir des ressources toujours plus importantes pour tenter de maintenir cette illusion.

Si l’or n’est que la « relique barbare » que ses nombreux détracteurs dénoncent, nous serions en droit de s’attendre à ce que la monnaie fiduciaire émise par la Fed soit une meilleure affaire pour les épargnants et les consommateurs. Pourtant, même l’ancien président de la Fed, Alan Greenspan, admet que ce n’est pas le cas. Il a reconnu en 2002 lors d’une conférence à New York que les prix n’avaient fait que grimper en flèche au cours des décennies qui ont suivi le « hold-up » sur l’or de 1933.

Keynes, le héros des partisans du déficit budgétaire, n’a jamais précisé comment ces déficits devaient être financés, se contentant d’admettre qu’une augmentation de la fiscalité n’était pas la solution. Peut-être éprouvait-il quelques remords à appeler ouvertement à une politique inflationniste, car il savait qu’elle détruirait la société d’une manière que « pas un homme sur un million » ne saurait diagnostiquer.

Les problèmes politiques dominent l’actualité, mais on entend bien peu parler des mesures interventionnistes qui les nourrissent, à commencer par le pouvoir que s’est octroyé l’État de confisquer la richesse des citoyens grâce à la main invisible de la Fed.

Article traduit avec l’autorisation du Mises Institute. Original en anglais ici.

Recevez la Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Quitter la version mobile