La Chronique Agora

La grande faillite des promesses publiques

dette-promesses-publiques

African American woman at voting booth during US elections.

Les États occidentaux ont promis toujours plus, dépensé toujours plus… et la facture arrive. Dette, intérêts, démographie : le modèle craque, tandis que les électeurs se tournent vers les extrêmes. Et face à cette fuite en avant, les gouvernements semblent n’avoir qu’une arme : gonfler encore la bulle.

« Les gouvernements qui cherchent à défendre les prix contre les fondamentaux finissent toujours par perdre. La seule inconnue, c’est combien ils dépenseront avant de céder. » — Stanley Druckenmiller

« Le vrai problème, avons-nous commencé d’un ton grave, c’est que financièrement, ils ne tiennent plus. »

C’était samedi, au cours d’un dîner. Notre voisine de table, une journaliste parisienne, venait de nous décrire le dilemme auquel sont confrontés les électeurs français :

« La prochaine élection s’annonce comme un effroyable chaos. Ce sera soit l’extrême droite, soit l’extrême gauche. Dans les deux cas, beaucoup de Français font déjà leurs valises. »

Nous lui avons alors exposé notre hypothèse…

En Europe comme aux États-Unis, les gouvernements commencent à manquer d’argent.

Dans l’Ancien Monde, ils ont privilégié les dépenses sociales. Dans le Nouveau, c’est l’armée qui a reçu les enveloppes les mieux garnies. Des deux côtés, ils ont promis aux électeurs davantage qu’ils ne pouvaient se permettre. Ils ont trop dépensé et trop peu délivré.

Et aujourd’hui, avec la baisse de la natalité, l’alourdissement de la charge d’intérêts et l’explosion de la dette, les gouvernements « éclairés » de l’après-guerre ressemblent de plus en plus à de gigantesques systèmes de Ponzi.

Ce furent même les systèmes de Ponzi les plus prospères de l’Histoire.

Pendant le demi-siècle qui a suivi la fin de la guerre, l’argent affluait grâce à des économies en plein essor et à des populations en croissance. Au début, les citoyens recevaient davantage de l’État qu’ils ne lui versaient.

Mais aujourd’hui, les poussettes se font plus rares dans les rues, et les recettes fiscales n’arrivent plus à flots. Elles tombent au compte-gouttes.

Autrefois, les gouvernements occidentaux pouvaient combler leurs déficits en empruntant. Mais désormais, la dette est colossale, les intérêts à payer dépassent les dépenses consacrées à la défense nationale et les taux d’intérêt remontent.

Autrement dit, les autorités ont gonflé presque tout —surtout leurs propres budgets.

Elles ont, en pratique, créé une immense bulle artificielle. Et maintenant, les marchés commencent à la dégonfler.

Comme nous l’avons vu hier, une grande partie de cette déflation reste invisible. Les gens voient les prix monter… les marchés grimper… et même leurs salaires augmenter. Mais sous ces chiffres en hausse, les valeurs réelles s’érodent.

Le New York Times :

« L’inflation dévore les hausses de salaire et les travailleurs décrochent »

Les gens ordinaires n’ont pas besoin d’en comprendre le mécanisme. Ils le ressentent.

On n’enseigne peut-être pas l’économie réelle dans les universités américaines, mais on l’apprend très vite dans les rayons du supermarché.

Et les électeurs veulent des solutions.

Seulement voilà, les « modérés » n’en ont aucune. Ce sont eux qui ont créé le problème… et ils sont désormais eux-mêmes devenus le problème. Alors les électeurs se tournent vers les extrêmes.

« Ici, en France, le choix pourrait se résumer à Mélenchon ou Le Pen », poursuit notre interlocutrice.

Politico Europe :

« Le tribun d’extrême gauche Mélenchon progresse dans la course à la présidentielle française, selon un sondage »

Une confrontation entre les extrêmes politiques devient de plus en plus probable.

Mélenchon, le socialiste, a une proposition bien à lui pour régler le problème de la dette française. Prenez les obligations, dit-il, et « jetez-les au feu ». À vrai dire, c’est peut-être la solution la plus honnête.

Elles ne seront jamais remboursées. Autant l’admettre.

Et à droite, Marine Le Pen n’a rien non plus d’une conservatrice budgétaire. Elle promet d’abaisser l’âge de départ à la retraite à 62 ans. Autrement dit, elle propose de redresser le navire de l’État… en perçant un nouveau trou dans la coque.

La situation n’est guère différente aux États-Unis.

Les candidats traditionnels proposent « toujours plus de la même chose ».

Mais lorsque votre bateau prend l’eau, « toujours plus de la même chose » n’a rien de très séduisant.

Et en ce moment, les Américains commencent à avoir les pieds mouillés.

Ils ne contrôlent pas les événements à l’étranger… pas plus qu’ils ne maîtrisent leurs propres dépenses chez eux.

Ils se tournent donc vers les « socialistes démocrates », qui promettent toujours davantage de largesses publiques.

Ou vers les républicains trumpisés, qui promettent d’enfiler leurs bottes à embout d’acier et d’aller distribuer des coups de pied aux quatre coins du monde – du Groenland à Ouagadougou.

Mais aucun des deux camps ne songe même à s’attaquer au véritable problème.

Ce problème est pourtant très simple à comprendre.

Le National Review l’a résumé ainsi :

« Le problème, c’est la dette. »

Un débiteur lourdement endetté n’a aucun intérêt à donner l’impression qu’il joue avec ses créanciers. C’est pourtant ce que beaucoup ont estimé que le secrétaire au Trésor Scott Bessent avait fait il y a quelques semaines.

Après avoir gonflé toute l’économie à coups de taux d’intérêt artificiels, de renflouements, de puts implicites et de fausse monnaie, les responsables politiques se retrouvent face au choix habituel.

Continuer à gonfler la bulle… ou laisser les marchés l’enterrer dignement dès maintenant.

Mais au lieu de reconnaître ne serait-ce que l’existence du problème, le pauvre Bessent a ressorti les vieilles ficelles. Et elles n’ont pas fonctionné.

Les absurdités de Bessent n’ont fait que confirmer ce qu’il cherchait précisément à nier : les États-Unis se dirigent vers une crise de la dette.

L’or a monté.

Le dollar a baissé.

Et le Bitcoin s’est envolé.

Gonfler la bulle ou mourir ?

Ce sera donc l’inflation.

Préparez-vous à un voyage mouvementé, fait de tours de passe-passe financiers, de chaos, de chiffres truqués, de fausse monnaie, de pauvreté imméritée et de richesses indues…

… pour finir, malgré tout, dans la déflation et la mort.

Accrochez-vous.

Recevez la Chronique Agora directement dans votre boîte mail

Quitter la version mobile